Coordination et travail en synergie offrent aux Malgaches une aide immédiate, en réponse à la pandémie

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Il est 7 heures du matin un samedi à Anatananarivo et pourtant la grande cour du lycée technique Alarobia se remplit peu à peu. Les bénéficiaires du programme de transfert monétaire Tosika Fameno, se mettent en file indienne et attendent d’être reçus aux caisses, cartes d’identité en main, alors que les agents du Fonds d’intervention pour le développement (FID), l’agence de mise en œuvre, les invitent à respecter les gestes barrières.

Afin de lutter contre la propagation du coronavirus (COVID-19), l’état malgache a annoncé des mesures de confinement dans les quatre grandes villes les plus touchées : Antananarivo, Moramanga, Toamasina et Fianarantsoa. Ces mesures ont affecté les ménages vulnérables aux revenus déjà fragiles, et ont entraîné une brusque perte de ressources financières pour de nombreux travailleurs. Dans ce contexte exceptionnel de restrictions, les filets de protection sociale se révèlent un puissant outil pour aider les familles. Grâce à ces transferts, les bénéficiaires peuvent subvenir à leurs besoins alimentaires de base, éviter d’avoir à vendre leurs biens et moyens de subsistance, protéger leur capital humain, tout en respectant les règles de confinement.

Nous nous approchons d’un groupe et discutons avec Marcelline Rasoanantoandro. Elle était parmi les premiers Tananariviens à s’enregistrer auprès de leur fokontany (le village traditionnel et l’unité administrative de base) la semaine du 13 avril, pour bénéficier du transfert monétaire. Douze jours plus tard, elle revient pour recevoir les 100 000 ariary (soit l’équivalent de 27 dollars).

Il n’aura fallu que quatre semaines au Gouvernement pour passer de l’annonce de la mise en place d’un programme de transfert monétaire à la distribution des fonds aux bénéficiaires. La rapidité de ce déploiement est d’autant plus remarquable qu’il s’agissait du premier programme de protection sociale en milieu urbain à Madagascar.

De nombreux facteurs ont contribué à cette efficacité dans la mise en œuvre, au premier rang desquels une meilleure coordination et un travail en synergie des intervenants en protection sociale. Pour la première fois, la plateforme de coordination des interventions en transfert monétaire (le Cash Working Group, de son nom anglais), a pleinement joué son rôle de coordination. Auparavant cette structure se cantonnait au rôle de suivi et de plateforme de discussion mais elle a cette fois réussi à élaborer une stratégie unique et harmonisée pour tout le secteur de la protection sociale. Cette riposte au COVID-19 a été conjointement validée par le Gouvernement et ses partenaires.

Si la stratégie et les outils qui l’accompagnent ont pu être développés rapidement, dans la semaine suivant l’annonce du programme, c’est grâce à l’expérience acquise par le Gouvernement et ses partenaires, dont la Banque mondiale, lors de la réponse harmonisée développée pour faire face à la sècheresse qui a touché le sud du pays en 2019. La meilleure coordination des acteurs a aussi permis d’éviter le chevauchement des interventions, un défaut observé auparavant. La stratégie de riposte élaborée inclut en effet les localités d’intervention et le nombre de bénéficiaires, répartis selon les capacités financières des partenaires et la disponibilité de leur financement.

Par ailleurs, une meilleure identification des zones et des ménages vulnérables a permis de prioriser les interventions grâce aux données récentes issues du recensement de la population ainsi qu’à l’expérience de deux agences opérant des transferts monétaires à Madagascar, le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds d’intervention pour le développement (FID). Pour la première fois, un modèle économique a permis d’estimer les différents niveaux de pauvreté à l’échelle du plus petit découpage administratif, permettant ainsi de prioriser les zones les plus vulnérables. L’Institut National de la Statistique (INSTAT), outre les données du recensement général de la population, a également mis à disposition ses enquêteurs et des tablettes pour la phase de préenregistrement. Au final, le programme a pu enregistrer plus de 244 000 ménages dans les quatre zones de confinement (Analamanga, Alaotra Mangoro, Atsinanana et Haute Matsiatra). Cette phase a été confiée au PAM et au FID pour assurer le respect de la méthodologie et une bonne communication. En effet de nombreux partenaires n’avaient pas encore les fonds à disposition, ce qui aurait pu entraîner des retards. Pour la Banque mondiale, principal partenaire du programme Tosika Fameno, c’est la sous-composante de « réponse aux crises » incluse dans son projet de filets sociaux qui a permis au FID de se déployer rapidement sur le terrain.

Lors de la phase de paiement proprement dit, le secteur de la protection sociale a élargi sa collaboration pour inclure une banque principale, une agence de transfert de fonds et la poste, en plus de compagnies téléphoniques et d’institutions de microfinances. La poste a même décidé d’étendre sa prestation aux comptes électroniques et a pu ouvrir un compte pour plus de 22 000 ménages de la Commune urbaine d’Antananarivo. Cette réponse a ainsi renforcé l’inclusion financière en milieu urbain.

Enfin, une stratégie de communication et de mobilisation a été développée par l’ensemble des partenaires et validée au niveau national pour mieux accompagner les interventions et contribuer à sensibiliser aux gestes et mesures barrières face au coronavirus (COVID-19). Dès le départ, la société civile a également été pleinement impliquée afin de mieux assurer le suivi des interventions au niveau des bénéficiaires.

Dans les pays en développement comme Madagascar, les programmes réguliers de protection sociale ciblent souvent le milieu rural. La riposte à la pandémie de COVID-19 constitue donc une opportunité pour bâtir un système de protection sociale en milieu urbain. La mise en place d’un registre social et d’un programme urbain de résilience et d’inclusion économique destiné aux ménages travaillant dans le secteur informel, permettra en cas de crise d’atteindre rapidement les plus vulnérables, une fois la pandémie passée.

Auteurs

Julia Rachel Ravelosoa

Economiste Senior en Protection Sociale