Ensemble, nous sommes plus forts : favoriser un dialogue régional autour du lac Tchad

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Bordé par quatre pays — Cameroun, Niger, Nigéria et Tchad —, entre Afrique de l’Ouest et Afrique centrale, le lac Tchad forme un vaste bassin aujourd’hui en proie aux dérèglements climatiques et aux déplacements forcés. Selon les dernières estimations disponibles, la région du lac Tchad compte 2,5 millions de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays (a), dont la moitié d’enfants. Les populations vulnérables, et en particulier les femmes et les jeunes, paient le plus lourd tribut à une crise migratoire qui est venue aggraver la situation de communautés locales déjà en situation d'insécurité alimentaire. Le changement climatique représente également un défi majeur, avec des effets qui se manifestent principalement dans l'irrégularité et le niveau des précipitations et se traduisent par des pertes de productivité dans les zones d’agriculture pluviale.

On trouve dans la région de nombreux facteurs de fragilité. Les problèmes chroniques de développement auxquels sont confrontés les pays limitrophes du lac ont eu des effets dévastateurs sur la région. Les zones qui bordent le lac Tchad constituent en effet les territoires les plus pauvres, marginalisés et délaissés au sein de chacun de ces pays, alimentant les ferments de la violence et de la criminalité. Les promesses déçues du développement ont exacerbé les griefs des habitants et engendré chez nombre d’entre eux une perte de confiance vis-à-vis des gouvernements.

Mais le lac Tchad, c’est aussi un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et le cœur d’une région riche en ressources et dotée d’un immense potentiel économique. Quelque 49 millions de personnes pourraient en effet bénéficier d’une gestion durable des ressources naturelles et des moyens de subsistance qu’offre le bassin (a) : la pêche, mais aussi l’élevage, l’agriculture de décrue, la chasse et la cueillette. Ce potentiel économique ne pourra toutefois se réaliser que si tous les pays de la région unissent leurs forces pour s’attaquer aux causes profondes de la fragilité.

C’est dans cette perspective que la Banque mondiale a lancé le projet de collaboration transfrontalière dans la région du lac Tchad. Conçue pour soutenir un dialogue régional sur le développement du bassin et financé par le Fonds pour la construction de la paix et de l’État (SPF) (a), cette initiative est alignée sur la Stratégie régionale de stabilisation, de redressement et de résilience des zones du bassin du lac Tchad affectées par la crise Boko Haram.

Le projet a apporté son soutien à un large éventail d'activités, dont la réalisation de deux documents de discussion sur les difficultés de la jeunesse et sur la question du commerce transfrontalier et de l’économie régionale. Ces travaux ont orienté la réunion plénière du Forum des gouverneurs du bassin du lac Tchad sur la coopération régionale en matière de stabilisation, de consolidation de la paix et de développement durable, qui s’est tenue au Niger en juillet 2019.

Le projet appuie par ailleurs la conception d’une plateforme de connaissances et de suivi, qui prévoit notamment la création d’un centre de données géolocalisées. Cette plateforme, qui reposera sur le Système d’information du bassin du lac Tchad, sera également hébergée par la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT).

Le projet a parallèlement appuyé l’organisation de plusieurs séminaires régionaux réunissant des représentants des gouvernements et de la CBLT afin d’approfondir la vision régionale de chacun des pays et d’évoquer les activités en cours, dont notamment la plateforme mentionnée ci-dessus. Quatre séminaires régionaux ont été organisés à ce jour — au Cameroun, au Niger et au Tchad —, qui ont constitué une première étape pour accompagner les États dans leur transition vers une action plus axée sur le développement que sur l’humanitaire. Ces concertations appuient par ailleurs la préparation du projet pour la relance et le développement de la région du lac Tchad (PROLAC), actuellement en cours de mise au point.

Accompagner les gouvernements de la région pour qu’ils renforcent leur dialogue et leur vision stratégique n’est pas une tâche aisée. L’instauration d’une collaboration étroite et de partenariats entre les pays est un processus très long mais extrêmement important pour aider tous les acteurs concernés à mieux faire aux défis de la région, favoriser son développement et exploiter son immense potentiel socio-économique.

Les problèmes régionaux appellent des solutions régionales. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de nos avancées. Parce qu’ensemble nous sommes plus forts.

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