Publié sur Nasikiliza

Éradiquer une fois pour toutes les violences faites aux femmes

Cette page en:
Tackling gender-based violence, once and for all. Tackling gender-based violence, once and for all.

En ce 25 novembre, je vous invite à vous joindre à moi pour célébrer la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Alors que la campagne des 16 Jours d'activisme (a) qui débute aujourd’hui nous rappelle l'urgence de l'action, la violence de genre est une pandémie qui requiert chaque jour toute notre attention. Et elle a toute la mienne. À mes yeux, l'autonomisation des femmes et des filles n'est pas seulement une cause juste, c'est aussi la seule façon pour l'Afrique de réaliser ses objectifs de développement.

Selon les estimations, près d'une femme sur trois dans le monde a subi une forme de violence au cours de sa vie, et ce sont les femmes des pays à revenu faible et intermédiaire de la tranche inférieure qui en sont le plus souvent victimes. En outre, la pandémie de COVID-19 a aggravé la situation. Du fait des difficultés économiques, des fermetures d'écoles et des restrictions de déplacement, elle a favorisé l'explosion des violences faites aux femmes : les violences domestiques et sexuelles ont augmenté (a), tout comme les mariages d'enfants, les mutilations génitales féminines et les situations d'exploitation et d’abus sexuels. En Afrique de l'Est, les cas de violences sexistes signalés à la police ou sur les lignes d'assistance téléphonique ont progressé de 48 % (a) depuis le début de la pandémie.

Sur le continent, les mariages d'enfants ont également été plus nombreux pendant la pandémie, alors que l'Afrique accusait déjà auparavant le taux le plus élevé (a) de mariages précoces au monde. Trop d'adolescentes africaines ont connu des grossesses et des unions précoces pendant la fermeture des écoles, et beaucoup d'entre elles ont subi des violences. Bien que le mariage avant l'âge de 18 ans soit maintenant interdit dans de nombreux pays, il est ardu de faire respecter la loi. Ce constat m'a particulièrement frappé lors d’une conversation récente (a) avec une jeune militante du Malawi, qui a témoigné de la difficulté de briser la norme sociale du mariage des enfants, tout en affichant sa volonté sans faille pour aider les filles à réaliser leur potentiel.

Quels sont donc les facteurs à l'origine de ces phénomènes ? Les difficultés économiques et les situations de fragilité et de conflit sont un terreau fertile pour les violences interpersonnelles. En cause aussi des obstacles sociaux et culturels profondément enracinés, des normes de genre et des contraintes socioéconomiques qui continuent de peser lourdement et empêchent les femmes et les filles d'atteindre leur plein potentiel. Par ailleurs, le degré d'acceptation de la violence domestique est élevé, y compris dans la population féminine, ce qui ne fait que conforter des cultures et des normes qui alimentent la violence à l'égard des femmes. En moyenne, 44 % des femmes de la région considèrent en effet qu'un mari est en droit de frapper son épouse, ce chiffre atteignant près de 80 % dans certains pays.

Percentage of women who agree that a husband is justified in hitting or beating his wife  for at least  one specific reason

Le changement climatique entraîne une augmentation de la violence à l'égard des femmes et des filles

La crise climatique touche plus durement les femmes et les filles, et elle exacerbe le risque de violence (a). En période de sécheresse prolongée, par exemple, les femmes et les filles doivent parcourir de plus longues distances pour aller chercher de la nourriture et de l'eau pour leur famille, ce qui les expose davantage aux agressions sexuelles. L’insécurité alimentaire et financière risque aussi de pousser des familles à déscolariser, marier, voire vendre leurs filles.

L’impact et le coût des violences de genre en termes de potentiel humain, de santé et de bien-être sont des freins majeurs au développement. Cette forme de violence est non seulement dévastatrice pour les victimes et leurs familles, mais elle entraîne également des coûts sociaux et économiques importants. Les dépenses médicales ainsi que les pertes de revenus et de productivité qui en découlent peuvent représenter de 2 à 4 % du PIB.

La Banque mondiale est déterminée à soutenir les actions visant à mettre fin à la violence contre les femmes et les filles

Notre institution s’emploie sans relâche à accompagner les pays africains dans leurs efforts pour autonomiser les femmes et les filles. Depuis le lancement du Plan pour le capital humain en Afrique en 2019, nous avons approuvé plus de 6 milliards de dollars d'investissements en faveur des femmes et des filles.

La lutte contre les violences sexistes exige de nous une véritable collaboration intersectorielle, afin d'agir en même temps sur de multiples fronts : combattre les normes sociales, prodiguer des soins aux victimes, sécuriser les écoles ou construire des routes sûres et bien éclairées pour y accéder... En Ouganda par exemple, nous soutenons un projet de réponse d'urgence à la COVID-19 (a) qui s'attache à renforcer la capacité de la ligne d'assistance téléphonique pour les femmes victimes de violences et à soutenir une stratégie de communication sur leur accès aux services d'aide, tout en fournissant des équipements médicaux essentiels pour une prise en charge complète.

En outre, aider les pays à adopter des lois et des réformes politiques qui améliorent la situation des femmes et des filles est l'une des bases principales sur lesquelles repose la croissance du capital humain. Ainsi à Madagascar, nous avons soutenu l'instauration d'un cadre juridique renforcé sur la prévention des violences et la poursuite de leurs auteurs. Je salue les progrès considérables réalisés par de nombreux pays du continent au cours des dernières années sur des enjeux essentiels pour l'autonomisation des femmes et des filles. Par exemple, en 2020, le Soudan a criminalisé les mutilations génitales féminines, qui sont désormais passibles de trois ans de prison. De son côté, Maurice a progressé dans la mise en place de cadres juridiques et politiques aboutis qui protègent les filles contre les abus et l'exploitation.

Néanmoins, il est tout aussi important d'accompagner les communautés pour qu'elles s'adaptent et changent leurs comportements afin de lutter contre des normes sociales profondément ancrées. Nous agissons dans ce sens grâce à des programmes impliquant la communauté au sens large, y compris les hommes et les personnes ayant de l'influence comme les chefs religieux et communautaires, afin d'aboutir à une réelle évolution des normes et des comportements en ce qui concerne notamment le mariage des enfants et les violences de genre.

Les prochaines étapes

J’ai bon espoir que la 20e reconstitution des ressources (a) de l'Association internationale de développement (IDA) — notre fonds dédié aux pays les plus pauvres — nous permettra de poursuivre et d'intensifier la lutte contre les violences faites aux femmes. Il s'agira notamment de prendre des engagements stratégiques pour renforcer les cadres politiques nationaux de prévention et de réponse aux violences sexistes, d'améliorer les services aux victimes dans les systèmes de santé et de mettre en œuvre des protocoles de prévention et de riposte dans le cadre d'institutions éducatives sûres et inclusives.

Aujourd'hui, je pense à toutes les victimes de violences sexuelles et sexistes. Rien ne justifie d’être violée ou agressée. Dans les semaines et les mois à venir, je demande que nous unissions nos forces et prenions des mesures vigoureuses pour que les violences de genre soient éradiquées une fois pour toutes. Nous pouvons y parvenir, et j’en suis d’autant plus convaincu que la promotion de l’autonomie des femmes et des filles est une condition indispensable au développement de l'Afrique.

Au cours des 16 prochains jours, nous mettrons à l’honneur sur notre compte Twitter ces militantes qui se consacrent à l'émancipation des femmes et des filles dans leur pays.


Auteurs

Hafez Ghanem

Former World Bank Vice President, Eastern and Southern Africa

Prenez part au débat

Le contenu de ce champ est confidentiel et ne sera pas visible sur le site
Nombre de caractères restants: 1000