Comment les pays et les villes exploitent-ils l’information géospatiale pour le suivi des ODD ?

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Examen local volontaire de Mombasa   
Le relevé des zones bâties en 1990 (noir), 2000 (jaune) et 2010 (rouge) a été utilisé pour calculer l’ODD 11.3.1. à Mombasa, au Kenya (carte réalisée par Anela Layugan, analyste SIG et développeuse pour SDGs Today).

Chaque lieu raconte une histoire. Et les données derrière chaque lieu offrent des informations extrêmement utiles pour nous aider à comprendre et résoudre l'enchevêtrement de défis auxquels sont confrontées les populations et la planète.

Rien de plus normal aujourd’hui que d’obtenir des informations par imagerie satellite sur l’occupation des sols, la couverture forestière, les régimes climatiques ou l’expansion urbaine, par exemple. De même, par la télédétection, on peut mesurer et déceler les changements au sein des écosystèmes et les effets du changement climatique. Quant aux innovations de la géolocalisation, elles facilitent la collecte et l’intégration de données collaboratives qui permettent de cartographier l’impact d’une catastrophe, de cibler les interventions ou de mesurer l’accès aux services essentiels.  

Les réseaux sociaux occupent incontestablement une place centrale dans la diffusion en temps réel d’informations sur les tendances environnementales et sociales. Grâce à l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle, l’interprétation des données et les prévisions sont affinées.  

Mais comment exploiter toutes ces données et ces technologies pour améliorer la qualité de vie aux quatre coins du globe ?   

Le groupe d’experts interinstitutions chargé des indicateurs des Objectifs de développement durable (ODD) (a) a identifié plus de 20 indicateurs qui pourraient largement ou directement bénéficier de relevés géospatiaux. Alors que les chercheurs constatent les vertus des observations terrestres et des technologies géospatiales en appui à la prise de décision, les pays du monde entier se tournent de plus en plus vers des solutions innovantes pour mesurer l’avancement des progrès vers les ODD. 

Des innovations portées par les pouvoirs publics  

L’adoption des ODD, en 2015, a rendu plus nécessaire le développement de capacités permettant de déployer des méthodes innovantes et d’utiliser des sources de données géospatiales et non conventionnelles afin d’en tirer des informations précieuses.  

Les agences gouvernementales, les Nations Unies et le secteur privé s’emploient à promouvoir l’utilisation d’informations et de technologies géospatiales pour les ODD, tout en comblant le fossé entre professionnels de la géolocalisation et de la statistique. En témoigne la Feuille de route géospatiale des ODD, qui montre comment l'intégration de nouvelles sources de données et approches peut contribuer au suivi et à la mise en œuvre des ODD. De telles initiatives indiquent une volonté de tirer pleinement parti d’une diversité de données afin de favoriser la réalisation des ODD. 

Comment cela se traduit-il dans les pays ou les villes ? 

Les Émirats arabes unis (EAU) s’appuient sur l’imagerie satellite (a) pour mettre en évidence les tendances de l'urbanisation, à l’échelle d’un territoire et de l'État tout entier. Les données issues de l’éclairage de nuit jouent un rôle crucial : elles témoignent de l’expansion des infrastructures et des tendances à l’œuvre dans les modes de vie et les activités quotidiennes. Le Centre fédéral de la compétitivité et des statistiques des EAU exploite notamment les données relatives à l’éclairage nocturne pour analyser l’expansion des zones urbaines et des activités humaines. Ces données servent à mesurer l’ODD 11.3.1 (a). 

Aux États-Unis, le plan hawaïen d’évaluation du carbone (a) intègre des composantes issues d’initiatives de cartographie multiples visant à élaborer une nouvelle carte de l’occupation des sols (CAH Land Cover). Cette carte repose sur des images haute résolution et une classification hiérarchisée simplifiant l’agencement des unités cartographiées pour la production de configurations diverses, comme le détail d’associations végétales (reflet des conditions actuelles) ou des vues d’ensemble (principales unités de couverture terrestre, biomes…). Ce système de classification offre un cadre d’évaluation à la fois exhaustif et évolutif de la dynamique du carbone à Hawaï. 

En Afrique, la ville de Mombasa, dans le sud-est du Kenya, a recours à la méthode DEGURBA (a) afin d’identifier les zones urbaines désignées comme espaces ouverts à usage public pour tous (selon le sexe, l’âge et l’accès aux personnes avec handicap), conformément à l’ODD 11.7.1 (a). Cette méthode destinée à mesurer le degré d’urbanisation s’appuie sur les seuils de taille et de densité de la population pour classer le territoire national dans le continuum urbain-rural.  

Des présentations numériques pour rendre compte de l’avancement des ODD 

Depuis 2016, les administrations locales et nationales des États membres des Nations Unies sont encouragées à présenter des examens volontaires sur les ODD. Ces rapports locaux (ELV) ou nationaux (ENV) servent à la fois de base de discussion aux pouvoirs publics, en vue d’échanger ouvertement sur leurs réalisations, leurs difficultés et leurs enseignements, et de point d’étape sur l’avancement des 17 ODD. 

Soucieux d’améliorer les initiatives multipartites destinées à évaluer et suivre les progrès vers les ODD à partir de données et d’instruments géospatiaux, le programme SDGs Today (a) du Réseau des solutions pour le développement durable (SDSN) s’est associé à Esri afin d'élaborer une matrice numérique qui servirait de modèle à la réalisation de ces examens volontaires.  

Créé au format ArcGIS StoryMap, ce modèle associe les recommandations du manuel officiel de l’ONU à des fonctionnalités multimédias et géospatiales. Il permet aux autorités nationales et locales de diffuser leurs données dans un format plus accessible au grand public et à l’ensemble de la communauté des ODD grâce à des présentations interactives et dynamiques. 

En marge de l’Assemblée générale des Nations unies de 2022, quelque 40 coordonnateurs responsables d’ENV de plus de 20 pays ont passé en revue cet outil, et leurs observations ont donné lieu à une nouvelle mouture. C’est ainsi que SDGs Today a pu collaborer avec le Comité national des Émirats arabes unis sur le développement durable, le Hawaii Green Growth Hub et ONU-Habitat à l'élaboration de rapports qui exploitent tout le pouvoir des données. Les résultats de ces travaux ont été présentés en marge du Forum politique de haut niveau de 2023. 

En voici les principales conclusions : 

Examen national volontaire 2022 des EAU   

Le SDGs Data Hub des EAU (a) témoigne de l’innovation et du leadership du pays pour le suivi des progrès et des politiques, et la mise en avant d’études de cas locales et nationales utiles aux ODD. L’ENV réalisé par les EAU offre une vue d’ensemble approfondie des mises à jour du SDGs Data Hub, des initiatives en cours et de l’élaboration de politiques pour la totalité des 17 ODD.  

« Dans la perspective des ODD et au-delà, les Émirats arabes unis sont convaincus des vertus des communications basées sur les données et des innovations géospatiales publiques. Nous savons que la réussite de l’Agenda 2030 repose sur la disponibilité de données de qualité qui contribuent à une prise de décision éclairée, notamment les observations terrestres et les technologies géospatiales », déclare Abdulla Lootah, vice-ministre des Affaires du cabinet pour la compétitivité et l'échange d’expériences, et vice-président du Comité national des EAU pour les ODD. « Les cartes numériques animées du SDSN et d’Esri constituent de puissants outils pour les pays du monde entier : elles permettent l'intégration harmonieuse des enjeux d’inclusion et de transparence dans le récit du développement durable. Outre la simple diffusion des progrès réalisés, ces outils favorisent le dialogue, la collaboration et l’apprentissage en commun », poursuit-il. 

Pour en savoir plus sur l’ENV des Émirats arabes unis, cliquez ici (a).

Examen local volontaire d’Hawaï 2023  

L’ELV numérique d'Hawaï présente les données du tableau de bord Challenge Aloha+ (a), fournissant ainsi des mises à jour en temps réel sur l’état des énergies propres, des ressources naturelles, des déchets solides et d’autres indicateurs de durabilité.  

« L’emploi par l'État d'Hawaï de données et de visualisations géospatiales pour son ELV, premier rapport de ce type aux États-Unis, sert à promouvoir les ODD au sein d’un cadre localisé unique », souligne Celeste Connors, directrice exécutive de Hawaii’s Green Growth et coprésidente du réseau Local2030 Islands Network. « Le tableau de bord Aloha+Challenge rend compte de l’investissement d’Hawaï en faveur des objectifs du territoire, de la culture et de la population locales : il allie la technologie à l’engagement en faveur de la sagesse traditionnelle et de la transparence, démontrant ainsi l’impact transformateur des données pour la construction un avenir durable et équitable », ajoute-t-elle. 

Pour en savoir plus sur l’EVL d’Hawaï, cliquez ici (a).   


Examen local volontaire de Mombasa   

En collaboration avec la Western Indian Ocean Marine Science Association (WIOMSA) et les acteurs concernés à Mombasa (Kenya), ONU-Habitat a présenté un point de situation sur les performances de la ville en appliquant son cadre mondial de suivi urbain (UMF) (a).  

L’exercice a donné lieu à des travaux statistiques sur divers indicateurs, au recensement des lacunes et à la formulation de recommandations adaptées aux villes côtières. Cette initiative sert de modèle aux villes cherchant à appliquer l’UMF dans le but de mesurer leurs performances et de préparer leur ELV. L’ELV numérique d’ONU-Habitat présente les données des indicateurs de l’UMF en adéquation avec les ODD, avec une visualisation géospatiale des données relatives à l’ODD 11.  

« L’écosystème des données urbaines s’est amplifié depuis peu, notamment grâce à l’innovation et aux possibilités offertes par les technologies géospatiales. De nombreuses villes peuvent désormais mesurer la dynamique de leur développement spatial au regard des ODD et rendre compte de leurs performances », indique Robert Ndugwa, chef de la section Données et analyse d’ONU-Habitat. 

Pour en savoir plus sur l’EVL d’ONU-Habitat et de Mombasa, cliquez ici (a).  

 

Perspectives  

Face à une dynamique d’innovations géospatiales toujours plus vive et à leur rôle crucial dans l’avancement des ODD, il est indispensable de renforcer ces capacités technologiques par une action concertée. C’est pourquoi les États, les organisations de la société civile, le secteur privé et toute autre partie prenante doivent se mobiliser en faveur d’initiatives de partage des connaissances, afin de favoriser l’émergence d’une communauté mondiale à même d’exploiter tout le potentiel de ces innovations.  

L’ère numérique offre de nouvelles solutions pour rendre compte des progrès accomplis dans la réalisation des ODD.  Le modèle décrit ici est un pas dans cette direction, une avancée dans cette quête d’un meilleur accès aux données et d’une plus grande transparence et responsabilisation. La recherche d’un développement durable est un travail collectif : forts des innovations géospatiales, nous pourrons écrire un chapitre de notre histoire plus résilient et équitable. 

Auteurs

Maryam Rabiee

Responsable de SDGs Today au sein du Réseau des Solutions pour le Développement Durable des Nations unies (SDSN)

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