Le Rwanda, le nouvel exemple à suivre en Afrique ?

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 (Credit: CIAT, Flickr Creative Commons)

Ces quelques dernières années, un élan d’optimisme a porté le Rwanda au rang d’exemple à suivre en Afrique. Ce phénomène découle, il me semble, des nombreuses réformes lancées par le gouvernement rwandais pour stimuler le secteur privé, ainsi que du taux de croissance impressionnant qu’a connu le pays. Entre 2006 et 2011, le revenu par tête du Rwanda a augmenté de 5,1 pourcent en moyenne par an, soit la cinquième meilleure performance en Afrique sub-saharienne, et bien au-delà de la moyenne régionale de 2,4 pourcent. De plus, le Rwanda se place aujourd’hui au troisième rang des pays d’Afrique sub-saharienne en matière de qualité du climat des affaires telle que mesurée par l’index Ease of Doing Business du groupe Banque mondiale. Dès lors, la question se pose: le Rwanda est-il bien le nouvel exemple à suivre en Afrique ?
 

Une enquête exhaustive menée auprès des entreprises rwandaises du secteur privé non-agricole dresse un portrait plus contrasté. L’enquête, conduite en 2011 par l’équipe Enterprise Surveys du Groupe Banque mondiale, confirme que pour certains aspects cruciaux du climat des affaires, tel que l’accès au financement, l’approvisionnement énergétique, etc., le Rwanda enregistre des performances bien meilleures que les autres pays de la région. En revanche, lorsque l’on se penche sur d’autres aspects comme le droit du travail, les transports, la fiscalité des entreprises, etc., le Rwanda ne fait pas mieux, et parfois moins bien, que les autres pays de la région. Permettez-moi d’illustrer ce point à l’aide de quelques exemples.
 
L’approvisionnement énergétique semble bien plus performant au Rwanda que partout ailleurs dans la région. Par exemple, les pertes liées aux coupures d’électricité s’élèvent à 2,2 pourcent du chiffre d’affaires des entreprises, ce qui reste bien inférieur à la moyenne régionale de 6,4 pourcent. Le pourcentage des entreprises qui communiquent à l’aide de courriers électroniques est bien plus élevé au Rwanda (76,5 contre 47,4 pourcent) et il en va de même pour la proportion des entreprises qui disposent de leur propre site Internet (34,2 contre 19,1 pourcent). De plus, les actes criminels auxquelles les entreprises sont parfois confrontées, tels que le vol, le cambriolage, le vandalisme et les incendies criminels, sont bien moins fréquents et sévères au Rwanda. Par exemple, le pourcentage d’entreprises ayant subi un incident criminel dans l’année écoulée était bien inférieur au Rwanda (18,3 contre 29,1 pourcent), et il en va de même pour les pertes dues à des actes criminels exprimées en pourcentage du chiffre d’affaires des entreprises (0,7 contre 1,7 pourcent). Par ailleurs, les entreprises rwandaises semblent bénéficier d’un accès au financement plus aisé que leurs voisines des autres pays de la région, et elles ont également une plus faible probabilité de connaître une contrainte financière. Le graphique, ci-après, illustre ce point.
 

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Source: Enterprise Surveys, plusieurs cycles. Les entreprises souffrant d’une contrainte financière sont définies comme les entreprises qui n’ont pas soumis de demande de prêt au cours de l’année écoulée pour une raison autre que l’absence du -d’emprunter. Les raisons de ne pas soumettre une demande de prêt sont, par exemple, les taux d’intérêt élevés, l’importance des garanties requises, la complexité des procédures de demande de prêt, etc.

Les inspections d’agents du fisc sont moins fréquentes et la corruption plus faible au Rwanda que partout ailleurs en Afrique Sub-saharienne. Environ 54,1 pourcent des entreprises ont été visitées par des agents du fisc lors de l’année écoulée, ce qui est bien moindre que la moyenne régionale de 72,6 pourcent. De plus, parmi les entreprises inspectées, le pourcentage de celles dont est exigé ou attendu soit un cadeau, soit un paiement informel, est bien plus bas au Rwanda (4,5 contre 17,8 pourcent). D’après les informations fournies par les entreprises, le montant payé à des agents de l’État pour “faire avancer les choses” s’élève, en moyenne, à seulement 0,1 pourcent du chiffre d’affaire des entreprises, ce qui reste bien inférieur à la moyenne régionale de 2,5 pourcent. Le degré de sévérité de la corruption constituant un obstacle à l’activité de l’entreprise (sur une échelle de 0 à 4) est également bien moindre au Rwanda que partout ailleurs en Afrique (1.0 contre 1.8).
 
Pour autant, les activités d’export sont moins fréquentes au Rwanda que dans le reste de l’Afrique, ou parmi les autres pays enclavés de la région. Cette observation se retrouve à la fois dans le pourcentage des entreprises qui exportent (directement ou indirectement) et dans le pourcentage de la production annuelle des entreprises types qui est exporté (directement ou indirectement). En particulier, avant notre enquête, 6,1 pourcent des entreprises rwandaises pratiquaient des activités d’export au cours de l’année. Ce chiffre est bien inférieur à la moyenne régionale de 10 pourcent. De même, lorsqu’on fait la moyenne de toutes les entreprises du pays (exportatrices et non-exportatrices), une entreprise rwandaise type exportait 1,6 pourcent de sa production annuelle, ce qui est bien inférieur à la moyenne de 4,1 pourcent pour les entreprise du reste de l’Afrique.
 
Les données d’Enterprise Surveys semblent confirmer que, rapporté aux standards régionaux, le Rwanda réalise une bonne performance dans plusieurs secteurs clés du climat des affaires. En revanche, dans certains autres domaines, la performance du Rwanda s’avère juste aussi bonne que la moyenne régionale, et moins bonne que les pays en pointe ou témoignant des meilleures pratiques. Ces domaines, comme l’activité exportatrice, la réglementation du travail, la disponibilité des compétences et des talents, les taux d’imposition et l’administration fiscale faisant entrave aux entreprises, les transports, etc., sont autant d’opportunités de réformes grâce auxquelles, le Rwanda, s’inspirant de ses voisins, pourrait améliorer encore davantage le climat des affaires.
 


Auteurs

Mohammad Amin

Spécialiste en développement du secteur privé, Banque mondiale

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