COVID-19 : il faut une réponse spécifique dans les situations de fragilité et de conflit

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Les conflits violents exacerbent souvent la propagation des maladies infectieuses , comme le montrent la récente résurgence de la poliomyélite en Syrie, les épidémies de choléra dans les zones de conflit au Yémen et la persistance du virus Ebola dans les régions orientales instables de la République démocratique du Congo (RDC). Ainsi, 364 flambées épidémiques ont été recensées dans 108 camps de réfugiés entre 2009 et 2017. La fragilité et les conflits annulent les progrès durement obtenus en matière de développement et entravent les perspectives d’avenir des enfants, des jeunes et des personnes les plus pauvres. Ils affaiblissent profondément les systèmes de santé et rendent les sociétés plus vulnérables aux épidémies.

L'urgence sanitaire mondiale créée par l’apparition du coronavirus (COVID-19) est d'autant plus inquiétante qu'elle pourrait s'aggraver encore à mesure qu'elle s'étend aux pays en situation de fragilité, de conflit et de violence.  Ces pays enregistrent déjà une augmentation du nombre de cas d’infections et les gouvernements comme les partenaires internationaux prennent des mesures sans précédent pour sauver des vies et atténuer les conséquences socio-économiques les plus sévères de la pandémie. 

Fin avril, le Groupe de la Banque mondiale travaillait déjà au renforcement des systèmes de santé et à l'atténuation des risques épidémiques dans 19 pays parmi les plus fragiles du monde, dans l’ensemble des régions en développement  : RDC, Mali, Niger, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Haïti, Afghanistan, Yémen, Cisjordanie et Gaza... De nombreux autres pays ont demandé de l'aide et diverses opérations sont en cours de finalisation rapide avec trois principaux objectifs face à cette crise sans précédent : aider les pays à mettre en œuvre des interventions sanitaires d'urgence et à renforcer la résilience économique, protéger les ménages les plus pauvres et vulnérables, et soutenir les entreprises et sauver des emplois.

Le Plan mondial de réponse humanitaire des Nations Unies (a) vise à combattre le coronavirus dans les pays les plus pauvres du monde et à répondre aux besoins des personnes les plus vulnérables. Parallèlement, le Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies pour la riposte au COVID-19 et le relèvement (a) aide les pays à revenu faible et intermédiaire à faire face à la crise provoquée par le virus sur le plan de la santé et du développement. En outre, le Fonds pour la consolidation de la paix du Secrétaire général de l'ONU continue d'apporter un soutien adapté et déterminant pour contribuer à prévenir et atténuer les risques de conflit qui risquent aujourd'hui d'être exacerbés par la pandémie.

Combattre le coronavirus est une tâche particulièrement difficile dans les pays où les conditions sociales et économiques étaient déjà précaires  en raison des défaillances de la gouvernance et des institutions de l'État, de l’inégalité d'accès aux services pour les populations vulnérables et, très souvent, de la méfiance des populations envers les autorités. De surcroît, ces pays se heurtent parfois à des difficultés supplémentaires : conséquences du changement climatique, déplacements forcés, insécurité alimentaire. Il est primordial que la réponse immédiate des pays et les investissements à plus long terme tiennent compte de ces réalités pour ne pas renforcer les sources de fragilité existantes et, au contraire, favoriser la résilience à cette crise et aux chocs futurs.

L'étude conjointe de l'ONU et de la Banque mondiale, Chemins pour la paix : Approches inclusives pour la prévention des conflits violents, de même que la récente stratégie du Groupe de la Banque mondiale pour les situations de fragilité, conflit et violence, détaillent un ensemble de principes essentiels à prendre en compte pour orienter les plans nationaux de riposte dans ces contextes difficiles. 

  • Le poids des conflits. Les pays en situation de fragilité, qui connaissent ou sortent d'un conflit, sont tous confrontés à des risques spécifiques, et la nouvelle menace posée par la pandémie se conjuguera avec les inégalités et les tensions existantes, ainsi qu'avec les faiblesses des capacités institutionnelles. La pandémie, son impact socio-économique et la réponse mise en place sont autant de facteurs d'aggravation des risques de conflit existants. Il est indispensable de bien comprendre les causes profondes des conflits et de la fragilité ainsi que les sources de résilience dans chaque situation, en gardant à l'esprit que la pandémie, mais aussi les mesures de lutte contre le coronavirus, toucheront de manière disproportionnée les personnes déjà vulnérables ou marginalisées , notamment les personnes déplacées, les réfugiés et les communautés qui les accueillent, les populations nomades ou pastorales et les minorités. Il est donc essentiel de soutenir ces populations et de chercher à renforcer la résilience des communautés locales, par exemple via des groupes de femmes et les réseaux sociaux locaux à l'image du projet de soutien aux réfugiés et aux communautés d'accueil au Niger (a). Parfois, de nouvelles initiatives en faveur de la paix peuvent même émerger, comme on a pu le constater dans certains pays ces dernières semaines après l'appel du Secrétaire général des Nations Unies à un cessez-le-feu mondial.
  • Le poids de la confiance et de l'inclusion. Les services de base comme la santé, la protection sociale et l'éducation sont bien sûr essentiels par nature, mais ce sont aussi les principaux moyens par lesquels les citoyens interagissent directement avec l'État, dont notamment les institutions locales. Ils sont le principal vecteur d'un climat de confiance envers les pouvoirs publics. Garantir l'égalité d'accès à ces services et éviter le sentiment d'exclusion de certains groupes contribue à réduire les griefs qui sapent la légitimité des autorités locales et nationales. Une offre de services équitable atténue la rivalité entre différents groupes et aide à maintenir une confiance qui est essentielle pour mobiliser l'ensemble de la société dans la lutte contre le virus.
  • Le poids de la participation des communautés. Que ce soit pour faire face à la menace sanitaire immédiate ou pour maintenir des moyens de subsistance fragilisés, les gouvernements ont besoin d'appui pour pouvoir s’associer publiquement à de larges pans de la société — y compris les jeunes, les femmes, les syndicats, le secteur privé et les communautés marginalisées — durant la phase d'urgence et au-delà, et être ainsi mieux en mesure d’analyser, concevoir, mettre en œuvre et assurer le suivi des programmes. Lors de la récente épidémie d'Ebola dans l'est de la RDC, par exemple, la prise en compte des doléances des habitants et le renforcement de la confiance, grâce aux investissements dans l'emploi et les infrastructures sociales entrepris dans le cadre de l'Initiative de résilience communautaire (a), se sont révélés aussi importants que les interventions sanitaires. La participation des communautés et une communication efficace sont essentielles pour lutter contre « l'infodémie », ces fausses informations qui suscitent souvent la peur et la division.  Elles contribuent également à renforcer la compréhension et le ralliement aux mesures d'urgence concertées qu'il faut prendre dès à présent, mais aussi aux compromis tout aussi difficiles qu'indispensables pour gérer les conséquences socio-économiques à long terme.
  • Le poids des partenariats. Dans les pays en situation de fragilité, conflit et violence, la coopération entre acteurs de l'aide humanitaire, du développement et de la paix est capitale pour aider les gouvernements à gérer les besoins sanitaires immédiats , mais aussi pour renforcer la gouvernance et faire face aux conséquences à long terme de la crise. De tels partenariats existent déjà. Au Yémen par exemple, un don de 26,9 millions de dollars de la Banque mondiale alloué par l'IDA, son fonds pour les pays les plus pauvres, est déployé conjointement avec l'OMS en vue de limiter la propagation du coronavirus et d'atténuer les risques associés à la pandémie. Il sera essentiel que les gouvernements procèdent à des analyses et planifient leur action, avec le soutien de l'ONU, de la Banque mondiale et d'autres partenaires multilatéraux et bilatéraux, de manière à réduire le risque de conflit, à maintenir la paix et à préserver les systèmes de santé. Une telle démarche doit s'appuyer sur les capacités et les institutions existantes, plutôt que de les remplacer ou de mettre en place des systèmes parallèles qui alourdiraient encore la charge pesant sur les pays touchés.

Pour les pays en situation de fragilité, conflit et violence et pour leurs populations, la sortie de crise post-COVID-19 passera par la croissance économique, mais aussi par le renforcement des institutions et de la cohésion sociale qui permettront de mieux se prémunir contre la prochaine crise. C'est collectivement et maintenant que nous devons soutenir les pays afin de poser les fondations pour « reconstruire en mieux ».

Auteurs

Franck Bousquet

Directeur principal, fragilité, conflits et violence (FCV)

Oscar Fernández-Taranco

Sous-Secrétaire général à l’appui à la consolidation de la paix

Prenez part au débat

Ngoy Ilunga jonas
08 mai 2020

Pour atténuer la fragilité dans ces communautés,il est important à la fois qu'on renforce l'état sanitaire et aussi qu'on réaffirmer les stratégies de survies de peuples La valorisation des ressources naturelles dans une approche de la promotion de du développement économique et social de ces peuples doit être une priorité. Pour renforcer le pouvoir leur pouvoir d'agir dans la création de la richesse et le soutien à l'économie durable, il ya lieu de soutenir les initiatives comme qui prônent la promotion de la femme rurale pour la Réduction de la Pauvrette Pro Pauvre (RPPP) en milieu forestier de la RDC. Initiave pilote, que nous avons lancé à Kisangani depuis 2019. Il ya lieu de faire un pont entre la fragilité-la santé-la sécurité alimentaire et l'économie durable. Nous sensibilisons , ceux qui ont l'offre de financement de soutenir les initiatives des femmes rurales visant la promotion des cultures pérennes. En effet, investir dans les cultures pérennes , c'est assurance viellesse. ... Prof Dr Ir Ngoy Jonas, IFa yangambi,Rdc