Publié sur Opinions

Accès, capacité d’action et autonomie : les enjeux de l’inclusion du handicap dans les systèmes d’identification

Enfant trisomique tenant un smartphone. Photo : © Shutterstock Enfant trisomique tenant un smartphone. Photo : © Shutterstock

C'est une femme à mobilité réduite qui raconte sa colère après avoir dû payer une somme considérable pour pouvoir emprunter un taxi adapté afin de se rendre au centre de délivrance des documents d’identité, où elle a dû faire la queue pendant de longues heures avant de se voir refuser l’entrée et priée de revenir un autre jour.

Un homme âgé atteint d’albinisme qui dit sa crainte de subir des lésions cutanées irréversibles après avoir été contraint d’attendre en plein soleil, faute d’aménagements prévus dans le centre le plus proche.

Et un enfant trisomique qui n’a pas pu s’enregistrer pour obtenir des papiers d’identité car le logiciel permettant de le photographier n’arrêtait pas de se bloquer et l’agent chargé de l’inscription l’a renvoyé chez lui...

Ce ne sont là que quelques exemples des témoignages recueillis auprès de personnes handicapées dans le cadre de consultations nationales menées conjointement avec l’initiative Identification pour le développement (ID4D) et le pôle Viabilité et inclusion sociales de la Banque mondiale. Organisées dans toute l’Afrique, ces consultations ont permis de rédiger une nouvelle note d’orientation (a) destinée à aider les professionnels concernés à prendre en compte le handicap dans la conception des systèmes d’identité et à contribuer ainsi à une véritable intégration des personnes handicapées dans la société.

On estime qu’un milliard de personnes dans le monde (a) ne disposent pas d’une preuve d’identité reconnue par l’administration publique. Et parmi elles, les handicapés risquent de se heurter à des obstacles plus importants dans l’obtention et l’utilisation d’une pièce d’identité . Or, ce sésame est bien souvent indispensable pour accéder aux services publics et aux prestations sociales, ce qui entrave encore plus la capacité d’action et l’autonomie des personnes handicapées qui en sont privées. La possession d’un document d’identité peut transformer la vie d’une personne handicapée. C’est ce qu’explique un chef traditionnel d’une communauté de lépreux au Nigéria dans le cadre d’une étude nationale :

« En raison de la stigmatisation dont souffrent les personnes atteintes de la lèpre, nous sommes déjà victimes de discrimination. La possession d’une carte nationale d’identité nous donne la confiance nécessaire pour nous confronter aux autres. On peut aller au tribunal pour faire valoir nos droits ou au poste de police pour demander de l’aide, car le fait d’avoir une carte d’identité nous donne confiance en nous. »

Les systèmes d’identité doivent, dès leur conception, être pensés pour garantir l’accessibilité et l’inclusion des personnes handicapées , comme le préconisent les Principes directeurs pour l’identification et le développement durable (a).

Des obstacles profondément ancrés compliquent l’accès aux documents d’identité

Les personnes en situation de handicap représentent plus de 15 % de la population mondiale, et ce taux est encore plus élevé dans de nombreux pays en développement.  Rien qu’au Nigéria, les handicapés seraient 25 millions. Cette part non négligeable de la population est confrontée à des obstacles systémiques et profondément enracinés qui l’empêchent d’avoir accès à des documents d’identité. L’inaccessibilité des centres de délivrance, tant en termes de distance par rapport au domicile que de locaux et de services adaptés, est un problème majeur. Les handicapés supportent souvent des coûts indirects plus élevés, qu’il s'agisse d’effectuer des démarches longues ou complexes, de trouver un moyen de transport accessible, se faire aider pour remplir des formulaires ou encore d’obtenir une meilleure place dans les files d’attente... Les agents ne sont pas toujours bien formés pour répondre à leurs besoins ou pour gérer les exceptions, par exemple en cas de problème de saisie des données biométriques. La prestation des services et les interactions sont souvent marquées par la stigmatisation sociale et les préjugés qui touchent les personnes handicapées, jusqu’à la remise en cause même de la demande d’une pièce d’identité. 

Une approche systémique globale pour l’intégration des handicapés dans les systèmes d’identification

La mise en place d’un système d’identification inclusif nécessite une approche globale et systémique permettant de surmonter les obstacles à l’inscription et à l’utilisation de ce système par les handicapés. 

  • La mise en place de cadres juridiques et de gouvernance favorables à l’inclusion peut permettre de parvenir progressivement à « l’identité pour tous » en garantissant la non-discrimination sur la base du handicap.
  • Il est essentiel d’associer les personnes handicapées à la planification et à la mise en œuvre des systèmes d’identification. Les pays peuvent commencer par évaluer la situation à travers le prisme du handicap, faire appel dès le début à des experts dans ce domaine et veiller à ce que les personnes handicapées soient représentées dans tous les groupes de travail et équipes spéciales.
  • L’information des personnes handicapées en matière d’identification nécessite de diffuser des renseignements accessibles et de fournir les messages dans des formats multiples pour atteindre les personnes ayant différents types de handicaps.
  • Il faut exploiter et adapter les processus et les technologies liés aux systèmes d’identification : aller à la rencontre des personnes handicapées pour leur permettre d’effectuer les procédures d’inscription, veiller à l’accessibilité des centres et réduire les files d’attente, prévoir un interprète en langue des signes et former le personnel à procéder à des adaptations raisonnables en fonction des besoins. Pour que la technologie soit un outil de facilitation et ne devienne pas un obstacle supplémentaire, il est indispensable d’appliquer correctement les procédures de traitement des exceptions.

Enfin, nous pouvons promouvoir des solutions innovantes, telles que celle proposée par Special Olympics Nigeria (a), l’un des gagnants de l’édition 2020 de l’initiative « Mission Billion », pour intégrer efficacement les personnes présentant un handicap intellectuel.

Alors que nous venons juste de célébrer la Journée internationale des personnes handicapées (a), unissons nos efforts pour garantir l’inclusion des personnes handicapées dans tous les systèmes d’identification. 

LIENS UTILES

L’initiative Identification pour le développement (ID4D) (a)

La Banque mondiale et d'inclusion du handicap


Auteurs

Charlotte McClain-Nhlapo

Conseillère pour le handicap à la Banque mondiale

Vyjayanti T Desai

Chef de programme, Initiative Identification pour le développement (ID4D), Banque mondiale

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