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État des lieux à Haïti et enjeu de la résilience aux catastrophes

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Rachel Kyte à Haïti pour évalier les enjeux de la résilience aux catastrophes. Photo: PNUD Haïti Depuis le haut d’un bâtiment abandonné, sur une base aérienne désaffectée, nous surplombons les environs. Sur la droite, une mer de cabanes miséreuses, serrées les unes contre les autres. Sur la gauche, une étendue de béton fissuré, avec, de-ci de-là, une cabane isolée.

Cette zone à gauche qui est en train de se vider est le résultat d’efforts fructueux. Plus de trois ans après le terrible séisme qui a dévasté une grande partie de Port-au-Prince, à Haïti, des aides locatives ont permis aux familles de quitter rapidement les camps pour de vrais logements.

Il semble que ce programme qui n’a de simple que l’apparence permette de vider les camps de la plupart des familles qui y vivent. Le programme consiste d’abord à enregistrer les ménages réfugiés dans les camps en fonction des droits auxquels ils peuvent prétendre, à faire valider ces dossiers par les pouvoirs publics et à appliquer des critères pour la recherche d’un logement. Quand un ménage trouve un lieu pour vivre, une vérification est effectuée, au terme de laquelle une aide locative d’un an est versée au ménage, qui peut dès lors quitter le camp. Ces ménages, qui étaient tous auparavant locataires, bénéficient d’un suivi régulier, jusqu’à un an après leur départ du camp. À ce jour, il leur faut en moyenne 1,5 visite pour trouver un logement correspondant à leurs besoins, sachant qu’une fois installés, ils n’en partent pas.

Dans les cabanes isolées (qui se vident plus lentement), les conditions de vie sont dangereuses. Les niveaux de violence sexuelle y sont élevés, et la sécurité a dû être renforcée.

Pour les ménages qui étaient auparavant propriétaires de leur logement — une chance dans un pays sans cadastre et où les droits de propriété foncière sont souvent controversés — plusieurs programmes aident à la reconstruction dans les normes. Un tampon bleu (gage de qualité) sur le mur d’une habitation est une source de fierté, et pourrait aussi être une source de plus grande équité si l’accès aux moyens de financement était plus large. Les fournisseurs sont agréés. C’est auprès d’eux que l’on se procure du ciment, des barres d’acier et autres matériaux de construction répondant aux normes. Pour certains projets, la population participe à la localisation des zones où le risque est le plus élevé, ainsi qu’à la prise de décisions sur les installations collectives et les embellissements. Grâce à l’éclairage public solaire à LED, les rues sont non seulement devenues plus sûres, mais également plus hospitalières pour les Haïtiens, surtout pour les enfants, lorsqu’ils font leurs devoirs après l’école.

Cette reconstruction n’aurait pas été possible sans le travail minutieux qui a consisté à topographier plus de 400 000 habitations au lendemain du séisme, ce qui n’avait jamais encore été fait et n’aurait pas été envisageable si la Banque mondiale n’avait pas apporté un appui dans le cadre de son Dispositif mondial de réduction des effets des catastrophes et de relèvement (GFDRR).

Les défis à venir

L’année dernière, à quelques mois d’intervalle l’une de l’autre, les tempêtes tropicales Isaac et Sandy ont anéanti une grande partie de la production agricole haïtienne. S’ajoutant à la sécheresse (dans un pays exposé plutôt à la pluie, au vent et aux glissements de terrain), ils ont mis dans une situation périlleuse Haïti, qui se prépare en effet à affronter, d’après les projections des services météorologiques des États-Unis, une saison d’ouragans particulièrement dévastateurs. Au cours des prochains mois, il faudra impérativement reloger le plus possible de personnes dans des habitations sûres.

Champions de la résilience aux catastrophes. Photo: PNUD HaïtiPour ces raisons, et pour bien d’autres, Haïti a été le premier pays visité par une délégation présidée par la secrétaire d’État britannique au développement international et par l’administratrice du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), et composée du commissaire européen chargé de l’aide d’urgence et humanitaire, du secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires du PNUD, de l’administrateur de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et de moi-même, en tant que vice-présidente de la Banque mondiale pour le développement durable. Avec ce groupe informel de « Champions de la résilience aux catastrophes », nous voulons attirer l’attention des responsables politiques sur les efforts que nous déployons pour investir davantage dans ce domaine, ainsi qu’à mieux coordonner ces initiatives. Différentes organisations jouent un rôle de premier plan pour remédier aux problèmes et aider les pays.

Grâce à nos efforts d’intégration systématique du risque de catastrophes et de la résilience dans nos interventions au service du développement — et notamment aujourd’hui, dans la perspective de la 17e reconstitution des ressources de l’IDA — beaucoup d’enseignements que nous avons pu tirer de notre expérience à Haïti et ailleurs constituent une référence. Le travail des champions est largement axé sur le secteur privé, au-delà de la nécessité de permettre la continuité de l’activité et du fonctionnement des entreprises privées dans les jours et les semaines qui suivent la survenue d’une catastrophe. Sont particulièrement importants à cet égard les produits d’assurance, depuis la micro-assurance, le financement et l’assurance du logement, en passant par l’assurance contre le risque de catastrophes et contre les aléas météorologiques, jusqu’à la sensibilisation au risque et autres modèles d’activité qui peuvent contribuer à accélérer et intensifier le relèvement.

À Haïti, où des catastrophes se produiront encore et encore au cours de la prochaine décennie ou ultérieurement, la résilience est essentielle à la croissance économique, à la paix, à la stabilité et au développement humain. Il est fondamental de renforcer le cadre institutionnel en travaillant avec l’État, afin que celui-ci puisse définir les priorités, mener les projets jusqu’à leur terme, et encourager et orienter les actions d’une myriade d’organisations non gouvernementales et de petites entreprises agissant de la base au sommet.

À partir de maintenant, Haïti va pouvoir accéder au financement climatique, ainsi qu’à l’aide humanitaire et au financement du développement, via le Programme pilote de protection contre les chocs climatiques (a) mis en place dans le cadre des Fonds d’investissement climatiques (a). Ce pays a besoin de tous les partenaires internationaux pour partager une même vision et, si l’État s’approprie les projets, la situation pourrait s’améliorer plus vite et plus facilement.

C’est ce que nous devons tous espérer pour ces familles qui survivent dans des camps ou des zones à haut risque, au fond d’un ravin ou sur une colline nue où, avant le séisme, se trouvaient de belles maisons.

Rachel Kyte
Vice-présidente pour le développement durable
www.worldbank.org/sustainabledevelopment (a)
Twitter: @rkyte365

Photos : PNUD Haïti


Auteurs

Rachel Kyte

Directrice générale du programme SE4All

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