Publié sur Opinions

Il devient plus facile de faire des affaires en Afrique — mais il est possible de mieux faire

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Leila Salifou possède et dirige une entreprise de restauration à Lomé, au Togo. Erick Kaglan/Banque mondiale Leila Salifou possède et dirige une entreprise de restauration à Lomé, au Togo. Erick Kaglan/Banque mondiale

Le Togo, petit pays d’Afrique de l’Ouest connu pour ses précieuses réserves de phosphate et ses plages de sable, vient de rejoindre le groupe des dix premiers pays réformateurs au monde dans le rapport Doing Business 2020 du Groupe de la Banque mondiale sur la facilité de faire des affaires. 

Le pays a fait un impressionnant bond de 30 places dans le classement pour avoir facilité la création d’entreprises, l’obtention de permis de construire, le paiement des impôts, l’accès au crédit et l’enregistrement des biens fonciers. Ces améliorations et d’autres ont permis au Togo de se hisser à la 97e place parmi les 190 pays évalués à l’échelle mondiale en fonction du degré de facilité de faire des affaires sur leur territoire. 

En Afrique, le Togo n’est cependant pas un cas unique. 

Le Nigéria, plus grande économie du continent dont le PIB est 100 fois supérieur à celui du Togo, s’est aussi classé cette année parmi les dix pays qui ont le plus amélioré le climat des affaires selon le rapport Doing Business. Les deux pays — l’un vaste, l’autre de petite taille — sont conscients que la promotion de politiques qui aident le secteur privé à se développer et à créer des emplois renforce l’économie et réduit la pauvreté. Au Groupe de la Banque mondiale, nous croyons beaucoup à cette formule même si elle peut paraître très simple.

L’impressionnante liste des réformes du Togo inclut la création d’un portail en ligne pour les demandes de permis de construire, grâce auquel les promoteurs gagnent du temps et s’épargnent du stress. Le Nigéria, de son côté, a simplifié la création d’entreprises en améliorant une plateforme en ligne, a réduit les frais de permis de construction et a mis en place un nouveau tribunal des petites réclamations chargé de juger les affaires commerciales. Au total, le pays a procédé à des réformes dans six des dix domaines évalués par le rapport Doing Business. 

S’il est vrai que le Togo et le Nigéria sortent du lot cette année en Afrique, plusieurs autres pays du continent — Côte d’Ivoire, Kenya et Rwanda, par exemple — ont aussi amélioré le climat de l’investissement sur leur territoire pour aider les entreprises à investir, à se développer et à créer des emplois. IFC et la Banque mondiale ont soutenu ces efforts en rapprochant les secteurs public et privé pour qu’ils s’accordent sur les priorités, surmontent les obstacles et formulent des réformes à long terme.

Depuis une dizaine d’années, l’Afrique subsaharienne est devenue la région la plus réformatrice du monde. Aujourd’hui, un entrepreneur peut enregistrer une société en 20 jours ou moins dans 26 des 48 économies subsahariennes, alors qu’il y a dix ans cela n’était possible que dans trois pays.

Il y a certes lieu de célébrer la vigoureuse dynamique de réforme observée en Afrique, mais la vérité objective est que les endroits les moins propices à l’entreprise se trouvent encore en grande partie en Afrique. Seulement deux pays subsahariens se classent parmi les 50 premières économies du classement sur la facilité de faire des affaires, tandis qu’un grand nombre des pays occupant les 20 dernières places sont des pays africains. 

Pourquoi l’Afrique est-elle en retard ? Les réformes dans des domaines tels que la fiscalité et l’accès à l’électricité et au crédit, par exemple, peuvent se révéler coûteuses et chronophages, car elles demandent de gros investissements en infrastructure et dans les systèmes de technologie de l’information. En outre, c’est en Afrique qu’on trouve la plus forte concentration d’États fragiles et de pays sortant d’un conflit, c’est-à-dire des contextes où il peut être particulièrement difficile de mettre en œuvre des réformes du secteur privé. Pour autant, tous les pays africains doivent être prêts à procéder aux investissements nécessaires pour rattraper les économies asiatiques, européennes et nord-américaines. 

Bien que réels, les défis de l’Afrique ne sont pas alarmants. Nous avons vu en effet que l’engagement de la région en faveur des réformes et du développement du secteur privé était, globalement, maintenant bien enraciné. Les pouvoirs publics ne se contentent pas de simplifier la réglementation à laquelle sont soumis les entrepreneurs : ils entreprennent des réformes fondamentales pour mobiliser l’investissement privé à l’appui de projets dans l’infrastructure, l’agriculture et d’autres secteurs. Toutes ces activités sont essentielles à la création d’emplois pour une main-d’œuvre dynamique et croissante. 

À la Banque mondiale, nous aidons les pays à mettre en œuvre des politiques et des réformes qui permettent à leurs citoyens, quelle que soit leur catégorie socio-économique, d’obtenir plus facilement des emplois de qualité. Pour sa part, IFC travaille en amont avec les autorités pour mobiliser l’investissement privé au profit des secteurs les plus cruciaux, en particulier l’infrastructure, afin d’améliorer les conditions de vie des populations et de faciliter l’activité économique. 

Dans le rapport Doing Business 2020, la République de Maurice, qui figure au 13e rang, est le pays africain le mieux classé. À Maurice, la construction d’un entrepôt prend environ 95 jours contre 213 en France et 222 en Autriche. À Kigali, il suffit de suivre trois étapes simples pour transférer une propriété en sept jours, une performance qui place le Rwanda à la troisième place pour cet indicateur derrière la Nouvelle-Zélande et le Qatar. Il ne faudra peut-être pas beaucoup de temps avant que d’autres — en Afrique et dans le reste du monde — rattrapent leur retard.

 

La version originale de cette tribune a été publiée dans Jeune Afrique

 


Auteurs

Hafez Ghanem

Former World Bank Vice President, Eastern and Southern Africa

Sérgio Pimenta

Vice-président régional pour l’Afrique à IFC

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