Publié sur Opinions

L’accès à l’énergie, une question de justice sociale

Dignity-DTRT, a garment factory in Accra, Ghana, employs 1,500 workers, 75% of them low-income women. © Dominic Chavez/World Bank.
Dignity-DTRT, l'usine de confection à Accra, au Ghana, emploie 1.500 travailleurs, dont 75% sont des femmes à faible revenu.
© Dominic Chavez/Banque mondiale.  Plus de photos du Ghana.

ACCRA, Ghana – Vous entendrez souvent les Ghanéens évoquer le dum-sor (« marche-arrêt »), une expression qui désigne les fréquents délestages électriques liés au rationnement de l’énergie. C’est un problème commun à de nombreux pays de la région et, plus généralement, aux pays en développement. Les seules coupures d’électricité coûteraient à l’Afrique subsaharienne 2,1 % de son PIB.
 
Si le manque de fiabilité de l’approvisionnement électrique constitue l’un des défis économiques les plus importants pour le Ghana, dans les faits, l’accès de la population à l’énergie s’est amélioré. Actuellement, environ 75 % du territoire sont raccordés au réseau national, soit un chiffre bien supérieur à la moyenne régionale : en Afrique subsaharienne, seul un habitant sur trois a accès à l’électricité.

La Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté m’a récemment fourni l’occasion de me rendre au Ghana afin de célébrer les bons résultats obtenus par ce pays depuis 20 ans sur le plan de la réduction de la pauvreté et de la prospérité partagée : le taux de pauvreté a en effet été réduit de plus de moitié, de 53 % en 1991 à 21 % en 2012. Avec le développement économique, qui a conduit toujours plus de travailleurs agricoles à se tourner vers l’industrie et les services, la fiabilité de l’alimentation électrique est plus importante que jamais pour la croissance et la stabilité des performances.

Rebecca Okutu has benefited from the Livelihood Empowerment Against Poverty program. © Dominic Chavez/World Bank

Indépendamment du niveau d’investissement dans la formation ou du nombre de petites et moyennes entreprises, l’activité ne peut prospérer sans un accès fiable à une alimentation électrique moderne à un prix compétitif.

​​Blue Skies, une société située à 45 minutes à l’est d’Accra, alimente chaque année les supermarchés européens en tonnes de fruits et de jus de fruits frais. Elle emploie environ 3 000 Ghanéens, dont la plupart ont moins de 30 ans. ​

Pour gérer les coupures quasi quotidiennes d’électricité et poursuivre la production, l’entreprise a fait l’acquisition de groupes électrogènes diesel coûteux. Au cours des neuf premiers mois de l’année 2015, elle a déjà déboursé l’équivalent de centaines de milliers de dollars pour le carburant d’appoint.

Blue Skies est parvenue à absorber ces dépenses supplémentaires mais, pour bon nombre d’entreprises de moindre envergure, la situation est bien pire. Ce problème de fiabilité de l’approvisionnement est partagé par les entreprises manufacturières de la région : les périodes de blackout amputeraient de quelque 4,9 % le chiffre d’affaires annuel des entreprises subsahariennes.
 

Pour aider le pays à développer les énergies vertes bon marché, la Banque mondiale a apporté 700 millions de dollars de garantie au projet gazier de Sankofa (a). Il devrait permettre d’augmenter jusqu’à 40 % les capacités installées de production et de remplacer les combustibles polluants par du gaz naturel produit localement, à la fois plus propre et moins coûteux. Le Ghana devrait ainsi réduire ses importations de pétrole de 12 millions de barils par an et ses émissions de dioxyde de carbone d’environ 8 millions de tonnes en cinq ans. La Société financière internationale (IFC), branche du Groupe de la Banque mondiale chargée des opérations avec le secteur privé, a elle aussi soutenu les efforts du pays pour accroître ses capacités de production d’électricité (a), avec le financement d’une nouvelle centrale à haut rendement alimentée au gaz, TICO 2. L’exploitation a débuté ce mois-ci et l’installation devrait assurer près de 15 % de la production totale d’électricité.

Workers produce fresh fruit drinks at Blue Skies in Ghana. When the power goes out — a near-daily occurrence — the company relies on expensive diesel generators. © Dominic Chavez/World Bank
La société Blue Skies produit des jus de fruits frais. Pour gérer les coupures quasi quotidiennes d’électricité l’entreprise a fait l’acquisition de groupes électrogènes diesel coûteux.
© Dominic Chavez/Banque mondiale

Une alimentation énergétique fiable et bon marché contribuant largement au développement des entreprises — puisque chaque dollar investi dans la production d’électricité apporte plus de 15 dollars de croissance incrémentielle du PIB —, le Groupe de la Banque mondiale soutient des projets énergétiques porteurs de transformations dans la région et dans le monde. Sachant que l’hydroélectricité est la première source d’énergies renouvelables au monde, une exploitation responsable de l’immense potentiel de l’Afrique permettrait aux dizaines de millions d’habitants qui vivent encore dans le noir d’être raccordés à l’électricité. Le potentiel hydroélectrique sous-exploité de l’Afrique subsaharienne est évalué à 300 gigawatts, soit près de quatre fois plus que l’actuelle capacité totale de production (80 GW). À titre de comparaison, l’Europe occidentale utilise 85 % de ses ressources hydroélectriques.
 
La privation d’électricité réduit le champ des possibles pour un individu et empêche les entreprises de se développer. Si nous voulons mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 15 ans, nous devons élargir significativement l’accès à l’électricité des populations et des pays les plus pauvres. L’accès universel à l’électricité, de préférence propre et bon marché, est la seule solution dont nous disposons pour donner à toutes les nations les mêmes chances de se développer et permettre à chaque être humain d’exprimer tout son potentiel dans les années à venir.


Blog initialement publié sur Medium


Auteurs

Jim Yong Kim

Ancien président du Groupe de la Banque mondiale

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