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La Mauritanie accélère le haut débit en stimulant l’investissement privé

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Le ministre des Affaires économiques et du développement mauritanien, M. Sidi Ould Tah, vient tout juste d'apposer sa signature au bas de l'accord WARCIP. Cet acronyme désigne un projet, financé par la Banque mondiale, qui vise à connecter à internet, à très haut débit, l'ensemble des régions du pays, d'ici 2015. Cette signature représente pour moi une nouvelle étape dans la réalisation de ce projet sur lequel je travaille depuis 2 ans maintenant.

En effet, la Mauritanie développe une stratégie afin d'assurer l'accès pour tous ses citoyens à la société de l'information en stimulant l'investissement privé dans le haut débit. Au début des années 1990, conscient de l'importance des télécommunications et des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour son avenir, le pays lance une première vague de réformes consistant en la privatisation de l’opérateur Mauritel, l’introduction de la concurrence dans les réseaux mobiles et la création d’une Autorité de Régulation  indépendante.



Avec plus de 110 % de taux de pénétration pour les services de téléphonie mobile, la croissance a été tout à fait remarquable compte tenu des caractéristiques démographiques et économiques du pays. Par comparaison, le taux de pénétration de 3 % des services haut débit (ou large bande) reste lui très inférieur à la sous-région. De plus, aucun fournisseur d’accès à Internet (FAI) indépendants des opérateurs n’a réussi à se maintenir sur le marché mauritanien.

Or il y a une très forte corrélation entre la diffusion du haut débit dans un pays et la croissance, la création d’emplois et l’amélioration du niveau de vie. La Mauritanie s’engage aujourd’hui dans une deuxième vague de réformes visant à développer le segment de l’Internet Haut Débit comme nouvelle source de croissance du secteur, et plus largement comme outil de diversification de son économie. La Banque Mondiale a accompagné le pays dans la définition d’une stratégie 2012-2016 globale reposant sur  (1) le développement des moyens d’accès pour tous à la société de l’information ; (2) l’adaptation du cadre juridique des TIC ; (3) l’amélioration de la qualité et de l’accessibilité du service public ; (4) le Développement de l’Administration électronique ; (5) le Développement de l’économie numérique ; et (6) des Appuis technologiques sectoriels.

Le nouveau cadre juridique a été rapidement adapté : nouvelle déclaration de politique sectorielle en janvier 2013, projet de loi sur les communications électroniques approuvé par le Parlement en juillet 2013, paquets de lois sur la société de l’information sur le point d’être adoptés en Conseil des Ministres. Ceci devrait fournir à l’ensemble des acteurs économiques la stabilité et la transparence nécessaires pour engager les investissements pour développer les moyens d’accès pour tous à la société de l’information.

Des expériences précédentes en Afrique de l'Est et du Sud ont montré que la mise en place des infrastructures associée à l'amélioration des politiques et du cadre réglementaire avait un impact majeur et rapide sur le marché, avec une hausse rapide du taux de pénétration haut débit dès que les prix diminuent (à l’instar de ce qui s’est produit avec la téléphonie mobile). La Mauritanie va donc déployer le plus vite possible et simultanément les trois maillons de l’infrastructure haut débit qui lui seront nécessaire pour atteindre cet objectif :

  • International Mauritania Telecom (IMT), un Groupement d’intérêt économique entre l’Etat et des acteurs prives va gérer la connectivité internationale via le câble sous-marin ACE (Africa Coast to Europe) à Nouakchott. Un tel accès ouvert aux différents operateurs ou futurs fournisseurs d’accès représente un investissement de 25 millions de dollars US financé à 65% par le secteur privé, l’Etat complétant au moyen d’un prêt auprès de la Banque Européenne d’Investissement.
  • Le backbone national qui permet de disséminer le haut débit sur l’ensemble du territoire, en utilisant un réseau fibre optique est en partie réalisé. Mais il reste encore 1100 km de tronçons à installer. Des travaux qui vont pouvoir être entrepris grâce au projet WARCIP Mauritanie cofinancé par la Banque Mondiale à hauteur de 30 millions de US$ et par la Banque Européenne d’Investissement. Avec l’accès ouvert, tous les opérateurs/fournisseurs pourront accéder à la fibre optique dans des conditions non discriminatoires, transparentes et neutres et de tarification orientée vers les coûts. Le nouveau cadre légal et réglementaire garantira l’interconnexion et l’accès à ces différents tronçons.
  • La connectivité d’accès permet d’amener le haut débit du backbone jusqu’à l’utilisateur final sous forme fixe (par exemple, avec des solutions de type ADSL ou WiMAX) ou mobile (par exemple, avec des technologies 3G ou 4G/LTE). L’investissement dans les réseaux d’accès est de la responsabilité des opérateurs, qui sont en concurrence sur l’ensemble du territoire.
L’infrastructure haut débit en place, le prochain grand chantier dans la mise en œuvre de la stratégie est le développement accéléré des applications, des usages et des contenus. La Mauritanie en a déjà posé la première pierre puisqu’elle va réaliser à Nouakchott, avec le soutien des bailleurs, un bâtiment connecté au haut débit et comprenant des salles blanches et des espaces développeurs, une infrastructure essentielle et ouverte pour installer des plateformes de services et héberger des applications et des contenus développés par des acteurs privés et publics. Par exemple, les applications e-Learning offriront aux usagers (étudiants et élèves inscrits, fonctionnaires, organisations non gouvernementales) la possibilité de bénéficier d'un apprentissage et de formation continue via le web. Les applications e-Santé permettront d’apporter des services de santé là où la distance et l’isolement sont un facteur critique par des professionnels (médecins notamment) utilisant les TIC à des fins de diagnostics, de traitement et de prévention, de recherche et de formation continue.

Auteurs

Michel Rogy

Conseiller pour les politiques TIC

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