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Prix alimentaires : le pire est-il derrière nous ?

panier de maïs © Curt Carnemark / Banque mondiale Un simple coup d’œil aux derniers fils d’information sur Google et vous verrez que la cherté des denrées alimentaires continue de faire l’actualité. Pourtant, à l’échelle de la planète, le prix moyen des principaux produits vivriers a en fait reculé de 11 % par rapport à son niveau de janvier 2013. C’est le constat dressé par la dernière édition du rapport trimestriel Food Price Watch du Groupe de la Banque mondiale. Doit-on en conclure que nous sommes sortis de la zone de danger ? Nous avons posé la question à José Cuesta, l’auteur du rapport.

Depuis août 2012, les prix alimentaires mondiaux reculent. Le spectre d’une crise alimentaire s’éloignerait-il ?

C’est vrai que les prix ne cessent de baisser, mais n’oublions pas qu’ils ne sont qu’à 18 % en deçà de leur pic historique de 2012. Les raisons qui avaient présidé à la flambée originelle — une demande grandissante et les inquiétudes liées aux mauvaises conditions météorologiques — n’ont pas disparu et pourraient refaire parler d’elles dans les mois à venir. Donc, je ne crois pas que nous soyons sortis d’affaire. La bonne nouvelle, c’est que les prix semblent moins volatils. Mais ils se sont plus ou moins stabilisés autour du haut de la fourchette, et restent donc élevés.

Alors que certains prix sont globalement stables ou en recul, plusieurs pays connaissent de fortes augmentations. Ainsi en un an, le blé s’est renchéri de 168 % en Argentine et de 92 % au Soudan. Pour le maïs, l’augmentation a été de 89 % au Malawi et de 54 % en Bolivie. Quels sont les ressorts de cette évolution ?

Si, en Argentine, les prix sont nettement plus élevés que l’an dernier, il faut rappeler que c’est aussi l’un des pays où la baisse a été le plus marquée au cours du dernier trimestre. Nous devons nous attendre à de fortes variations des prix, en Argentine comme ailleurs.

Plusieurs facteurs influent sur les prix intérieurs : le climat, l’inflation, des aspects logistiques, des facteurs saisonniers (l’arrivée des nouvelles récoltes sur les marchés intérieurs et les marchés d’exportation par exemple) et la demande d’importations d’autres pays. Les dynamiques à l’œuvre sont complexes. Une mauvaise nouvelle en provenance des grands pays producteurs (Russie ou États-Unis, par exemple) peut rejaillir sur les prix intérieurs d’autres pays. Au Soudan, au Malawi et en Somalie par exemple, les dépréciations des monnaies locales ont eu un impact sur les prix intérieurs : les importations et la production de produits d’exportation sont devenues plus coûteuses. Cela se répercute bien évidemment sur les prix alimentaires.

Quelles sont les régions les plus fragilisées par cette volatilité des prix et comment cela affecte-t-il les populations ?

Les prix ont joué au yoyo en Argentine et en Afrique du Sud par exemple, ce qui rejaillit sur les producteurs comme sur les consommateurs. Pour les premiers, cela complique les plans et les décisions d’investissement (savoir s’il faut changer de culture ou acheter des engrais). Pour les seconds, cela renforce l’incertitude : comment réagir à quelque chose dont on ignore tout ? On sait que les chocs sur les prix peuvent conduire les gens à prendre des décisions fâcheuses sur le plan nutritionnel, comme de se nourrir moins ou d’opter pour des aliments moins chers mais de moins bonne qualité.
 

José Cuesta présente les conclusions du rapport Food Price Watch - février 2014

La baisse des prix alimentaires internationaux a-t-elle une influence sur la faim dans le monde ?

La sous-alimentation et la faim perdent peu à peu du terrain à l’échelle planétaire, mais cette tendance s’étant ralentie, il est difficile de faire le lien avec la baisse des prix alimentaires internationaux. Souvent, les pays victimes d’une insécurité alimentaire grave et chronique sont assez peu intégrés dans l’économie mondiale. Moins vous êtes connecté aux marchés, plus les facteurs intérieurs (un conflit, la sécheresse...) prennent de l’importance. L’évolution des marchés internationaux vous affecte peu mais vous n’avez pas non plus accès à ces marchés pour pallier vos difficultés intérieures.

Quelles sont les évolutions à surveiller de près dans les mois à venir ?

À l’horizon des quatre à six prochains mois, aucun facteur ne devrait venir bouleverser la donne, que ce soit en termes de choix politiques ou de flambée des cours du pétrole par exemple. Les stocks de céréales ont atteint des niveaux corrects et tout laisse à penser que la campagne 2013-2014 sera exceptionnelle. Les prix internationaux devraient donc continuer de refluer à un rythme modéré. Nous surveillons d’autres facteurs susceptibles de tirer les prix vers le haut, comme la demande de produits vivriers et d’éthanol ou des sécheresses plus ou moins prononcées dans les grands pays producteurs et exportateurs (je pense notamment aux États-Unis). À partir du moment où nous pouvons anticiper les problèmes, nous pouvons aussi les prévenir et en atténuer l’impact.

Nous pouvons nous réjouir de cette baisse des prix, mais sans jamais oublier que la situation peut brusquement se retourner. Un petit changement, surtout s’il n’a pas été anticipé, peut avoir des conséquences redoutables.

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Auteurs

Donna Barne

Rédactrice pour les sites institutionnels

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