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Promouvoir l’égalité des sexes en Afrique

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Le récent Rapport sur le développement dans le monde consacré à l’égalité des sexes offre plusieurs raisons d’être pessimistes sur l’état des relations hommes-femmes en Afrique. Plus d’un million d’Africaines meurent prématurément chaque année — souvent en raison de complications liées aux accouchements et au VIH/SIDA. Les femmes gagnent moins que les hommes, que ce soit dans l’agriculture, dans les entreprises ou sur le marché du travail en général. En outre, les violences domestiques sont souvent tolérées : ainsi, 61 % des Éthiopiennes estiment normal d’être battues par leur mari quand elles laissent brûler le dîner.

Pour autant, il y a aussi des raisons d’être optimiste. Le Rwanda est le pays qui compte la plus forte proportion de parlementaires de sexe féminin au monde. En outre, les femmes participent davantage à l’activité économique en Afrique que dans la plupart des régions du monde : 61 % des Africaines font partie de la population active. Dans certains secteurs de l’économie, les disparités entre les sexes sont moindres sur le continent africain que dans d’autres parties du monde. Selon un rapport publié cette semaine sur l’accès aux services financiers, 22 % des Africaines disposent d’un compte auprès d’une institution financière officielle contre 27 % des hommes, alors qu’en Asie du Sud les pourcentages sont de 25 % pour les femmes et de 41 % pour les hommes.

 

La question est donc de savoir comment accroître les lueurs d’espoir dans ce domaine ? Réponse : en formulant un ensemble complet de politiques et de mesures visant à éliminer les obstacles sous-jacents à l’égalité des sexes. Il faut par exemple réduire le temps que les femmes consacrent aux autres membres du foyer et leur donner un accès équitable aux intrants dont elles ont besoin pour être productives d’un point de vue économique. Il faut aussi pallier les défaillances du marché et des institutions qui pénalisent les femmes de manière disproportionnée.

ImageOn constate des progrès dans plusieurs domaines. L’écart entre les garçons et les filles en matière de scolarisation primaire s’est atténué dans la plupart des pays africains (mais pas dans tous). Nous devons maintenant parvenir au même résultat dans l’enseignement secondaire et modifier les programmes scolaires qui orientent les filles vers certaines professions et les garçons vers d’autres. De nouvelles méthodes — par exemple les activités de suivi assurées par les populations locales (l’Ouganda en est un bon exemple) — sont mises au point pour résoudre le problème du manque de soins de santé de qualité. Par ailleurs, la modification de la législation dans divers domaines allant du droit de la propriété à la liberté de mouvement commence à débloquer certaines situations. Le défi consiste maintenant à faire respecter ces droits dans la pratique, à permettre aux femmes d’avoir accès à la justice — un nouveau film sur l’accès à la justice en Éthiopie traite précisément de cette question — et à leur donner la possibilité de participer aux activités économiques qui offrent les meilleurs rendements.

Afin de progresser davantage — et approcher de l’égalité des sexes —, nous avons besoin aussi de politiques et de mesures efficaces. L’un des meilleurs moyens de les identifier consiste à procéder à de rigoureuses évaluations d’impact. J’entends par là des études consistant à comparer soigneusement les données relatives, d’une part, à un groupe d’individus, de ménages ou de communautés dans lequel telle ou telle mesure a été appliquée, d’autre part un groupe identique (ou quasiment identique) qui n’a pas fait l’objet de cette mesure.

En matière de politique d’égalité des sexes, cette approche est particulièrement importante. Pourquoi ? Tout d’abord, de nombreux responsables de l’action publique — surtout ceux qui comptent le plus dans ce domaine (à commencer par les ministres des finances et de l’agriculture) peuvent être convaincus de la validité du principe de l’égalité hommes-femmes mais pas de l’efficacité et du rendement des politiques visant à le faire respecter. Ensuite, les différents aspects de l’inégalité entre les genres (capital humain, capacité de décision et d’action, opportunités économiques, etc.) étant étroitement liés, les politiques mises en œuvre ont généralement une incidence sur plusieurs d’entre eux. Il est crucial de déterminer les liens de cause à effet, non seulement pour comprendre l’impact des politiques, mais aussi pour obtenir davantage de résultats. D’un autre côté, en raison de la complexité de la question, les évaluations d’impact, dans la mesure où elles permettent d’évaluer plusieurs mesures en les comparant directement entre elles, aident à déterminer quels obstacles aux attentes des femmes méritent d’être traités en premier.

Les données tirées des évaluations d’impact peuvent être un important facteur de changement. Prenons l’exemple d’une série d’évaluations d’impact réalisées récemment en Inde sur les effets d’une politique visant à réserver aux femmes des postes de responsabilités dans les administrations locales. Les évaluations montrent que cette politique a pour effet de modifier les priorités d’investissement en fonction des préférences de la population féminine (notamment en matière d’infrastructures), d’accroître les déclarations de délis commis contre les femmes, d’améliorer l’attitude du public vis-à-vis de la compétence des femmes politiques et de favoriser l’élection des femmes. Enfin, ces évaluations montrent que la présence de femmes au pouvoir modifie les aspirations des parents pour leurs propres filles et les incitent à investir dans leur éducation.

Pour progresser vers l’égalité des sexes en Afrique, nous devons multiplier ce type d’initiatives — dans le cadre des efforts déployés pour permettre aux femmes de mieux se faire entendre et dans les domaines de l’autonomisation des adolescents, des opportunités économiques, de la santé et de l’éducation. Il est plus facile de s’approcher de l’égalité lorsque l’on sait quelles mesures donnent de bons résultats en la matière.


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