Renforcer les capacités numériques dans un monde post-coronavirus

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La pandémie actuelle a mis en lumière l'importance capitale des technologies numériques. Si les entreprises du secteur privé considèrent les capacités numériques comme un moteur essentiel de leur compétitivité, ce concept est encore relativement nouveau pour les pouvoirs publics.  Mais qu'entend-on par capacités numériques ? On peut les décrire comme le « ciment » qui unit les cinq piliers de l'économie numérique : l'infrastructure, les plateformes, l'entrepreneuriat, les services financiers et les compétences.

À l'ère du « digital », les capacités numériques sont une condition préalable à la transformation de nos nations et de nos économies. 

La Banque mondiale a récemment organisé un événement (a) mettant en lumière l'importance de ce sujet pour ses pays clients. Les experts ont discuté de ce que devront faire les gouvernements pour réaliser la transformation numérique, en insistant sur la nécessité de redoubler d'efforts pour garantir l'accès à des outils numériques pour les citoyens, les entreprises et les administrations. Et de souligner que le secteur public doit considérer les capacités numériques comme des facteurs clés de l'amélioration des prestations de services, mais aussi du renforcement de la transparence et de la responsabilisation.

Cinq grandes recommandations sont ressorties de ces discussions :

  1. Il est primordial de déployer une infrastructure suffisante pour soutenir le développement et l'utilisation de diverses plateformes numériques dans le secteur public, afin d'accélérer la fourniture de services et la participation des citoyens.
  2. Il est tout aussi important de concevoir des contenus et des services numériques au niveau national — de l’e-santé à l’éducation en ligne en passant par les services administratifs électroniques —pour créer une culture des transactions numériques et faire comprendre la nécessité du développement fondé sur les données.
  3. Il est impératif de renforcer les compétences et de requalifier la main-d'œuvre, en particulier les fonctionnaires, les enseignants, les salariés du secteur privé et les employés du secteur informatique, afin de s'adapter à la « nouvelle normalité ». Des cursus solides et des parcours d'apprentissage ciblés doivent être mis en place de manière à développer des compétences spécifiques à des secteurs concurrentiels au sein des écoles, des universités, du secteur privé et des services de formation de la fonction publique. Il convient également de veiller à l'inclusion des femmes et des jeunes vulnérables dans les programmes de développement des compétences numériques, car celles-ci sont indispensables pour garantir l'appropriation des contenus et services dématérialisés.
  4. Il est essentiel de recentrer les stratégies de l'économie numérique sur la réalité locale afin d'exploiter toute la puissance de la technologie à l'ère de la quatrième révolution industrielle. Les pays doivent donc se pencher sur l'utilisation contextuelle de la science des données, de l'informatique en nuage, de l'intelligence artificielle et de l'analyse numérique avancée.
  5. La croissance globale des services numériques peut constituer une protection contre la récession et une chance de croissance au vu de conditions macroéconomiques où les ressources sont limitées.

Les exemples suivants ont été présentés pour illustrer la manière dont les gouvernements appliquent certaines des stratégies ci-dessus pour promouvoir les capacités numériques des femmes et des jeunes citoyens vulnérables au Nigéria. Ce pays est la plus grande économie d'Afrique et il est bien placé pour mettre sur pied une économie numérique solide (a).

Festo Didactic, un grand fournisseur d'équipements et de solutions dans le domaine de la formation technique, a lancé un programme pilote de développement des capacités numériques qui cible les jeunes femmes en Afrique. Il s'appuie pour cela sur un pôle numérique basé au Nigéria afin de contribuer à combler le fossé entre les sexes et d'offrir aux jeunes femmes des perspectives d'emploi dans ce secteur.

Tableau : Pôle numérique pour les jeunes Africaines :


Autre exemple : dans l'État de Kaduna, au nord-ouest du Nigéria, le gouvernement a lancé le programme « Click-On Kaduna » (a), en partenariat avec le Groupe de la Banque mondiale et la Fondation Rockefeller, afin de donner aux jeunes et aux femmes défavorisés de 18 à 20 ans les moyens de prendre leur avenir en main. Ce programme utilise les technologies numériques pour stimuler l'innovation, les compétences digitales et la création d'emplois, et pour briser le cycle du chômage, de la fragilité, de la violence et des conflits dans cet État nigérian. En effet, dans l'État de Kaduna, il est particulièrement important d'ouvrir aux jeunes sans emploi ou sous-employés les portes de l'économie numérique, car ils sont nombreux à n'avoir qu'un accès limité à des possibilités d'emploi rémunéré sur le marché local et mondial. 

Les résultats de ce programme sont encourageants : sur les 150 participants, 128 ont pu accéder à 411 emplois pilotes et gagner ainsi plus de 4 110 dollars. Un an après le lancement, les participants à Click-On Kaduna ont gagné plus de 50 000 dollars.

Les enseignements les plus précieux tirés de ces deux projets sont que les pays qui adoptent rapidement des solutions numériques sont les mieux placés pour maintenir la continuité des activités en cas de crise comme celle que le monde traverse aujourd'hui. Par ailleurs, les partenariats entre les pouvoirs publics et le secteur privé sont essentiels. La Banque mondiale, l'Union internationale des télécommunications (UIT), l'association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA) et le Forum économique mondial se sont associés pour élaborer un plan d'action (a) visant à établir des priorités de collaboration entre secteur public et secteur privé, car l’engagement collectif est indispensable au développement de la connectivité numérique.

Auteurs

Samia Melhem

Experte mondiale pour les capacités numériques

Maryam Lawal

Pôle Développement numérique, Banque mondiale

Sajitha Bashir

Cheffe de secteur, Éducation, Afrique orientale et australe

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