Sortir du cercle vicieux de la fragilité et de l’insécurité hydrique

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Quelque 2,2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à des services d’eau potable et salubre , tandis que 4,2 milliards sont privées de services d’assainissement et que 3 milliards ne disposent d’aucune installation pour se laver les mains. Les populations les plus démunies et les plus vulnérables vivant dans des environnements en proie à la fragilité ou aux conflits ressentent les effets de ces privations de manière disproportionnée, les pays les plus fragiles étant souvent ceux qui disposent des services les moins développés. 

Les contextes de fragilité induisent en effet de nombreuses difficultés. Les problèmes d’insécurité rendent particulièrement difficile la fourniture de services d’eau. L’impossibilité d’accéder en toute sécurité à de l’eau potable expose davantage les populations au choléra et à d’autres maladies infectieuses et elle complique notamment aujourd’hui la lutte contre la COVID-19. Dans les pays où les conflits s’enlisent, les enfants de moins de 5 ans sont 20 fois plus susceptibles de décéder des suites de maladies diarrhéiques liées à l’insalubrité de l’eau et des installations d’assainissement que des suites de violence.

On dénombre environ 79,5 millions de personnes déplacées de force dans le monde : réfugiés, déplacés à l’intérieur de leur pays et demandeurs d’asile qui ont fui leur foyer pour échapper à la violence, aux conflits et aux persécutions. Installées dans des camps ou au sein des populations locales, elles peinent souvent à accéder aux services d’approvisionnement en eau et d’assainissement de base, l’afflux de personnes déplacées sollicitant à l’excès les systèmes de prestation de services et les ressources en eau des communautés d’accueil. 

En Jordanie, les déplacements forcés mettent à l’épreuve la capacité des pouvoirs publics à préserver leurs services d’approvisionnement en eau et d’assainissement. La masse des réfugiés ayant intégré des communautés d’accueil a considérablement fragilisé les réseaux d’adduction du pays et la fourniture de services de base. Le deuxième prêt programmatique à l’appui des politiques de développement pour la réforme des secteurs de l’énergie et de l’eau a précisément contribué à apporter des financements contracycliques destinés à maintenir l’offre de services d’eau et d’énergie en Jordanie, afin que le pays surmonte le double impact économique et social provoqué par la crise des réfugiés syriens. Ce prêt a bénéficié du soutien du Mécanisme mondial de financement concessionnel (a).

L'insécurité et la pénurie hydriques sont à la fois un facteur et une conséquence de la fragilité

L’insécurité hydrique ne se limite pas à l’impossibilité de s’approvisionner en eau et d’être privé d’installations d’assainissement. Elle se manifeste également en cas d’excédent, de pénurie ou de pollution qui rend l’eau impropre à la consommation. L’ensemble de ces aspects peut provoquer de graves perturbations et venir aggraver les fragilités des systèmes sociaux, économiques et environnementaux. Une insécurité hydrique chronique peut amplifier les risques existants, exacerber les doléances, faire surgir de nouvelles menaces et creuser les inégalités.  Cette situation déstabilise des territoires déjà fragiles, elle accroît les difficultés de gestion des ressources en eau et perpétue le cercle vicieux de l’insécurité hydrique et de la fragilité. 

Dans la plupart des cas, ce n’est pas la raréfaction qui est source de tensions, mais la manière dont on gère les ressources hydriques. Une exploitation et une gestion inefficaces, une distribution inégale, des infrastructures obsolètes et des cadres juridiques, politiques et économiques inadaptés sont autant d’éléments qui exacerbent les tensions. Une sécurité hydrique accrue — ce qui signifie non seulement assurer la fourniture de services d’eau, mais aussi protéger les populations contre les catastrophes liées à l’eau et préserver les eaux de surface, souterraines et transfrontalières — aidera les pays à renforcer leur résilience et à les prémunir contre une fragilisation encore plus grande. 

Les financements alloués par la Banque mondiale à des projets en faveur du secteur de l’eau dans des pays en situation de fragilité et de conflit ont atteint 3,5 milliards de dollars en 2020, auxquels s’ajoutent 4 milliards de dollars supplémentaires destinés à des projets multisectoriels où le secteur de l’eau complète les investissements dans l’agriculture, l’énergie, la gestion de l’environnement, l’éducation, le développement urbain et la santé dans le cadre de la lutte anti-COVID. 

En Somalie, les conflits localisés entre agriculteurs et éleveurs et entre groupes pastoraux tournent souvent autour de l’usage contesté des terres, des droits de pacage et de l’accès précaire à l’eau et aux pâturages. Ces tensions et ces risques de conflit s’accroissent lors de sécheresses prolongées, quand les moyens de subsistance des communautés pastorales s’effondrent, ce qui conduit à une insécurité sur le plan économique, à une pénurie de ressources et à un risque accru de violence et de dislocation sociale. 

Le projet pour l’eau, la productivité agropastorale et la résilience (a) s’attache à réduire ces risques de conflit par de petits investissements décentralisés dans le secteur de l’eau et à apporter des solutions pour une exploitation plus durable des ressources naturelles, ce qui permet d’allonger les périodes où l’eau est disponible. Il s'agit ainsi de limiter les déplacements des populations en quête d’eau et de contrer les facteurs des conflits liés aux ressources. 

La raréfaction de l’eau peut déclencher des conflits, notamment dans les zones où les ressources hydriques sont partagées. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, environ 60 % des ressources en eau de surface sont partagées par plusieurs pays, un chiffre qui atteste de la nécessité d’une gestion coopérative d’une ressource commune. Dans les environnements fragiles et soumis à des tensions sur les eaux transfrontalières, l’investissement dans une gestion coopérative de ces ressources contribue à apaiser les tensions, à promouvoir la stabilité et à renforcer la résilience face aux chocs hydriques. 

La création en 1999 de l’Initiative du bassin du Nil (a), un partenariat technique composé de dix États riverains du Nil, témoigne d’une telle approche. Grâce à cette initiative, les pays du bassin du Nil ont pu faire progresser la gestion et le développement coopératifs, en procédant notamment à la mobilisation de plus de 6 milliards de dollars d’investissements, dont 1,5 milliard sont déjà affectés à des projets en cours. 

La prévention et l’atténuation des conflits et de la fragilité, en faveur notamment des populations les plus vulnérables, sont au cœur de la première stratégie du Groupe de la Banque mondiale pour les situations de fragilité, conflit et violence, lancée au début de l’année 2020 afin de définir l’approche poursuivie par l’institution pour contribuer au développement dans les environnements fragiles. 

Sachant que ces situations risquent de concerner jusqu’aux deux tiers des personnes vivant dans l'extrême pauvreté dans le monde en 2030, cette stratégie bénéficie d’une enveloppe de 25 milliards de dollars sur les trois prochaines années allouée par l'Association internationale de développement (IDA) — le fonds de la Banque mondiale pour les pays à faible revenu — ainsi que d’un soutien destiné aux pays à revenu intermédiaire en proie à la fragilité et au conflit. Au moment de déployer ses investissements dans les environnements les plus difficiles, la Banque mondiale continuera d’avoir pour priorités la fourniture des services d’eau, la protection des populations contre les catastrophes liées à l’eau et la préservation des eaux de surface, souterraines et transfrontalières.

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