TEDxWBG : Mettre fin à la pauvreté, c’est possible, à condition de faire preuve de courage, d’ingéniosité et de détermination

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Collage picture of all our presenters and everyone involved in TEDxWB

Dès les premières notes du tube du chanteur nigérian D’banj, «Top of the World », le public venu assister à cette première conférence TEDxWBG (a) s’est levé. Les flashes ont commencé à crépiter et les bras et hanches à onduler au rythme de la musique.

En plus d’être une star internationale aux multiples récompenses, D’banj, tout jeune ambassadeur du Nigéria pour la paix aux Nations Unies, est parvenu à récolter, sur son seul nom, plus de 2 millions de signatures en faveur de la campagne « Do Agric Global Africa ».

Citation du chanteur nigérian D’banj, TEDxWB says

D’autres personnalités l’ont rejoint sur la scène de l’auditorium Preston, jeudi dernier — artistes, intellectuels et hommes et femmes d’action venus du monde entier — pour évoquer les moyens de mettre fin à la pauvreté. Cette performance de 3,5 heures parfaitement chorégraphiée était animée par Tumi Makgabo, directrice exécutive de AfricaWorldwide Media et correspondante pour CNN International.

La conférence TEDxWBG s’est déroulée en trois temps, avec une première session, « Atteindre les exclus », pour mieux comprendre la pauvreté à l’aune des individus, en s’intéressant à leurs lieux de vie et aux solutions pour les aider. Pour la deuxième session, « Passer à l’échelle supérieure pour avoir plus d’impact », les intervenants ont évoqué des idées originales qui, sorties de leur phase pilote, ont permis de toucher un maximum de personnes. Quant à la dernière session, sur le thème « Transformation et innovation », elle a mis à l’honneur celles et ceux qui font évoluer leurs sociétés.

Le photojournaliste REZA, la présidente du BRAC, Susan Davis, et Marcelo Giugale, directeur principal du pôle Macroéconomie et finances publiques de la Banque mondiale, ont été invités à prendre la parole lors de la première session, « Atteindre les exclus ».

Mme Davis a évoqué l’histoire de Rupa, une fillette mariée par ses parents à l’âge de 13 ans et qui s’est retrouvée veuve, deux ans plus tard, avec un enfant. Aujourd’hui, cette « avocate aux pieds nus » montre « à d’autres femmes, qui ont vécu la même expérience, comment réaliser leur propre transformation ».

À cause de l’extrême pauvreté, a averti Mme Davis, un être humain meurt toutes les trois secondes dans le monde et il s’agit souvent d’un enfant. Pourtant, « nous en savons suffisamment, nous avons suffisamment de moyens et, ensemble, nous sommes suffisamment puissants » pour mettre fin à cette situation.

Marcelo Giugale a rappelé comment, pendant longtemps, les experts du développement envisageaient les pauvres comme un groupe indistinct. Aujourd’hui cependant, « nous commençons à pouvoir appréhender chaque situation, individu par individu ». L’époque n’est pas si lointaine où la presse mexicaine raillait le programme « Progresa » de transferts monétaires sous conditions mis en place par le gouvernement, suggérant de le rebaptiser « cerveza » (la bière) puisque les pauvres qui allaient toucher cet argent iraient forcément le boire… En fait, les bénéficiaires se sont servis de ces fonds pour extraire leur famille de la pauvreté et, aujourd’hui, 70 pays en développement (pour moitié en Afrique) ont mis en place des dispositifs de ce type dans la santé, l’éducation et d’autres secteurs essentiels.

Eleni Gabre-Madhin, cofondatrice et présidente de eleni LLC, Shelly Batra, cofondatrice et présidente de Operation ASHA, Claudia Costin, directrice principale du pôle Éducation de la Banque mondiale, et Rafael Parente, directeur de LABi, ont ensuite donné le coup d’envoi de la deuxième session, « Passer à l’échelle supérieure pour avoir plus d’impact ».

Eleni Gabre-Madhin a expliqué comment son entreprise aidait les fermiers éthiopiens à profiter de « l’explosion d’informations » disponibles sur l’état des marchés internationaux et régionaux. Ces agriculteurs, qui exploitent des terres le long de la frontière avec le Soudan, une kalachnikov en bandoulière, s’étaient montrés pour le moins sceptiques quand elle les avait assurés qu’ils pourraient toucher leur argent le lendemain de la vente de leurs récoltes.

Eleni Gabre-Meadhin,  cofondatrice et présidente  de eleni LLC, Citation TEDxWBG

Elle n’oubliera jamais ce jour où le patron de la coopérative locale a brandi le relevé bancaire prouvant que les fonds venaient d’arriver sur le compte, sous les vivats, les rires et les cris des agriculteurs. L’important, a-t-elle expliqué, c’est qu’ils avaient trouvé « un marché sur lequel ils peuvent compter ». Aujourd’hui, son ONG intervient au Kenya, au Ghana, en Tanzanie et au Cameroun pour aider les agriculteurs à tirer le meilleur prix de leurs récoltes.

La conférence s’est achevée par la session « Transformation et innovation », qui a réuni la jeune poétesse Christin Clyburn, Jeff Risom, directeur du cabinet d’architectes Gehl Studio, D’banj et Jim Yong Kim, le président du Groupe de la Banque mondiale.

L’assistance du TEDxWBG a réservé une standing ovation à Christin Clyburn, tout juste âgée de 12 ans auteur d’un poème saisissant, Nowhere to Go

L’assistance a réservé une standing ovation à Christin Clyburn, tout juste âgée de 12 ans auteur d’un poème saisissant, Nowhere to Go (« Nulle part où aller »), pour lequel elle vient de remporter l’Anacostia Watershed Prize du concours de poésie Rivers of Words.

Jeff Risom a ensuite évoqué l’approche de l’urbanisation de son cabinet d’architecture, qui cherche à « mettre les habitants au centre » des villes. Il a cité le cas de Times Square, à New York, où pendant longtemps, ceux qui circulaient à pied n’avaient qu’à se faire tout petits. Aujourd’hui, l’endroit est une longue artère piétonnière qui s’étend de Central Park à Union Square, en plein cœur de Manhattan. Et le fait de « comprendre les besoins des gens et leurs modes de circulation » a également fluidifié le trafic automobile, de sorte que tout le monde apprécie cette nouvelle configuration.

Devant une salle enflammée par la performance de D’banj, le président Jim Yong Kim a conclu la conférence en évoquant son combat contre une forme résistante de la tuberculose au Pérou, dans le cadre d’une action de santé publique visionnaire, ainsi que les traitements contre le sida qui ont pu être mis en place, d’abord en Haïti puis en Afrique.

À l’époque, a-t-il rappelé, apporter un traitement aux 25 millions d’Africains séropositifs paraissait insurmontable. Lui-même s’est entendu dire par des experts que pour ces Africains il était déjà trop tard : « ils sont tous déjà morts ». Le problème, explique le président, c’est que nous « manquions d’ambition ». Actuellement en Afrique, plus de 10 millions de malades du sida suivent un traitement.

Si nous voulons mettre fin à la pauvreté d’ici 2030, nous devons viser haut, parce que ce sont « les derniers 6 % » qui seront les plus difficiles à atteindre, a poursuivi Jim Yong Kim. Notre réussite reposera sur trois éléments : une croissance économique sans exclus ; des investissements en faveur des individus ; et le partage des connaissances et des solutions dans les régions du monde qui en ont besoin.
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