Tirer des leçons du choc de la COVID pour renforcer la résilience en Europe et Asie centrale

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Des personnes font la queue à Belgrade, en Serbie, pour se faire vacciner contre la COVID-19.
Des personnes font la queue à Belgrade, en Serbie, pour se faire vacciner contre la COVID-19. Photo : Dragan Mujan/Shutterstock

Depuis janvier 2020 et jusqu'à récemment, la pandémie de COVID-19 a accaparé les médias du monde entier et monopolisé notre attention. La région de l’Europe et de l'Asie centrale a été durement touchée, affichant des taux de surmortalité parmi les plus élevés au monde (a). Alors que les masques tombent et que la vie sociale reprend ses droits, nous devons réfléchir aux conséquences de la COVID-19 et à la manière dont nous aidons les plus vulnérables en Europe et Asie centrale à faire face aux pertes de capital humain qu'elle a entraînées .

D’après un nouveau rapport mondial, intitulé Effondrement et Relèvement : les effets de la COVID-19 sur l’érosion du capital humain et comment y remédier (a), la pandémie a considérablement entamé le capital humain des moins de 25 ans, la génération qui constituera la majorité de la population active en 2050. Des millions d'enfants n’ont plus eu accès aux soins de santé et ont grandi dans un environnement plus stressant. L'augmentation du nombre d'orphelins, des violences intrafamiliales et des carences nutritionnelles a entraîné une baisse du niveau de préparation des enfants à l’entrée à l’école et un déclin de leur développement socio-affectif. Les enfants d'âge préscolaire ont subi des pertes dans leur apprentissage précoce du langage, de la lecture et de l'écriture et des mathématiques. La fermeture des écoles et l'inefficacité de l’enseignement à distance ont non seulement privé les élèves de nouveaux apprentissages, mais aussi effacé des acquis antérieurs. En outre, dans de nombreux pays, un quart des jeunes n'étaient ni dans le système éducatif, ni dans l'emploi, ni en formation professionnelle en 2021.

Ces tendances délétères n’ont pas épargné les pays d'Europe et d'Asie centrale. Les données recueillies par Patrinos, Vegas et Carter-Rau (a) font clairement apparaître une relation entre la fermeture des écoles et les pertes d'apprentissages qui, pour de nombreux pays de la région, ont représenté jusqu'à une année de scolarité, soit l'équivalent de 8 % du revenu futur d'un individu tout au long de sa vie.

Les données masquent des pertes encore plus spectaculaires chez les enfants issus de familles à faibles revenus, dont beaucoup sont confrontés chez eux à des environnements d'apprentissage précaires. Et si les effets sur la santé n'ont pas encore été pleinement documentés et analysés, le niveau élevé des reports de soins et de la baisse du recours aux services de santé (a) laisse présager une dégradation de l'état de santé dans la région, en particulier pour les personnes souffrant de maladies non transmissibles.

Alors que la pandémie a infligé des dommages durables au capital humain, la région a dû faire face à une nouvelle vague de crises majeures. L'invasion de l'Ukraine par la Russie, les crises énergétique, alimentaire et économique qui en découlent, et maintenant le tremblement de terre en Turquie appellent des mesures immédiates.

Cependant, nous ne devons pas oublier les conséquences à long terme de la COVID-19 et des nouvelles crises sur le capital humain. Dans de nombreux pays d'Europe et d'Asie centrale, le capital humain stagnait même avant la pandémie, surtout en comparaison avec des régions à forte croissance comme l'Asie de l'Est-Pacifique.  Si l’on ne fait rien, la dégradation lente mais constante du capital humain, en particulier chez les jeunes générations, portera gravement atteinte à la capacité des pays à se développer et à prospérer.

Il existe heureusement des solutions pour aider les jeunes à combler leurs déficits de capital humain, et l'expérience de l'Union européenne est riche d'enseignements. La riposte à la pandémie de COVID-19 au Danemark (a) et en France (a), par exemple, montre qu'il est possible d'atténuer les pertes d'apprentissages en procédant à des évaluations afin de repérer les élèves en retard et en intervenant pour combler leurs lacunes. En outre, comme le montre un rapport à paraître de la Banque mondiale sur le développement humain en Europe et Asie centrale, la résilience et le développement à long terme sont complémentaires : les systèmes qui fournissent des services de qualité en temps normal sont, dans une large mesure, mieux à même de faire face aux crises. De nombreuses réformes, moyennant quelques modifications mineures, peuvent donc contribuer à la fois aux résultats du développement à long terme et à une plus grande résilience des systèmes de développement humain.

À l'avenir, nous devrons réussir à concilier tous ces enjeux : renforcer la résilience des pays, les aider à faire face aux crises récurrentes et soutenir leur développement à long terme. Ce faisant, nous ne devons pas oublier qu’une crise dure bien souvent nettement plus longtemps que sa cause initiale. Si nous nous efforçons de combler les déficits de capital humain engendrés par les crises, nous pourrons influer positivement sur la prospérité de nos jeunes et sur les économies dans lesquelles ils vivent, au profit des générations à venir.

Auteurs

Anna Bjerde

Directrice générale de la Banque mondiale, Opérations

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