Au Mali, la lutte contre les mariages précoces ne sera une réussite que si l’État s’implique vraiment

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Maimouna a 13 ans. Elle a été donnée à un homme de 28 ans alors qu’elle n’était qu’en classe de CM2. Malgré la taille visiblement enfantine de Maimouna, ses parents n’ont pas hésité à célébrer son mariage à la mosquée devant l’œil complice des autorités administratives de son village. Elle est rapidement tombée enceinte. Au bout de six mois, Maimouna a commencé à avoir des complications liées à sa grossesse et son accouchement est devenu une question de vie ou de mort.

Dans mon pays, le Mali, le cas de Maimouna n’est malheureusement pas isolé. En 2014, l’UNICEF classait le Mali, au 2e rang ouest-africain après le Niger et 4e place mondiale avec un taux de prévalence de 55 % de mariage précoce, malgré les conséquences assez dramatiques de ce phénomène sur les filles.

Quelles solutions pour mettre fin aux mariages précoces au Mali ? Ma première réponse est simple, il n’y en a pas. Mais, ne voulant pas laisser le pessimisme triompher, je décide de lâcher mon oreiller et de m’installer devant mon clavier pour dégager des pistes de solutions, ne serait-ce que pour Maimouna.

D’abord, la pratique du mariage précoce au Mali est favorisée par la baisse croissante du taux de scolarisation des filles ainsi que des efforts visant à les maintenir à l’école. Seulement 23, 8 % de fille au second cycle de l’enseignement primaire selon l’Institut national de statistiques. Ainsi, des milliers de filles comme Maimouna sont déscolarisées chaque année pour former un foyer conjugal. Le renforcement des efforts déployés pour l’éducation des filles contribuera à long terme à mettre fin à leur mariage prématuré car il est sans conteste que plus une fille avance dans son cursus scolaire, plus elle augmente ses chance d’éviter d’être mariée trop jeune.

Ensuite, aujourd’hui, il est évident que la lutte contre le mariage précoce passe nécessairement par l’autonomisation des jeunes filles à travers l’entrepreneuriat féminin. L’initiation des filles et la mise en œuvre d’activités génératrices de revenus à leur profit pourraient arriver à bout du mariage précoce. Une jeune entrepreneure aura plus de marge de manœuvre pour décider de son destin et de fait, sera moins susceptible d’être victime de mariage précoce.

Mettre fin à la féminisation de la pauvreté est le meilleur moyen de lutte contre le mariage des petites filles. Une femme relativement riche protégera à l’avenir ses filles contre tout mariage hâtif. En outre, au Mali, il existe une Politique nationale genre prenant en compte la lutte contre le mariage précoce. L’absence d’une politique spécifique inclusive de lutte contre le mariage précoce annihile les efforts déjà fournis. Il faut se rendre à l’évidence, cette politique n’aura les résultats escomptés que si elle implique les chefs de village et les autorités religieuses car c’est au nom de la religion et de la coutume que les mariages précoces sont pratiqués. De plus, chaque chef de village connaît sa communauté.

Par ailleurs, la persistance des mariages précoces résulte de l’éparpillement des efforts de différentes ONG et associations s’intéressant à la question. Si ces organisations interviennent sur le terrain afin de sensibiliser et d’informer les populations sur les dangers des mariages précoces, il ne faut pas perdre de vue que leurs actions ne s’inscrivent pas dans une approche d’ensemble coordonnée. C’est pourquoi, les différents acteurs doivent agir en synergie autour d’un programme spécifique de sensibilisation, de réflexion pour la recherche d’une solution durable aux mariages d’enfants sans négliger le respect par l’État de ses engagements internationaux et de ses réformes législatives. En définitive, au Mali, la lutte contre les mariages précoces ne sera une réussite que si l’État joue pleinement son rôle et il ne faut compter sur aucune autre solution à court ni à moyen terme. Lorsque le pari l’aggiornamento malien sera gagné, les mariages précoces disparaîtront au Mali.

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