Au Zimbabwe, il faut recourir à une panoplie de stratégies pour mettre fin aux mariages précoces

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Pour mettre un terme aux mariages d’enfants au Zimbabwe, il faut en combattre les causes par des actions menées aux niveaux structurel, institutionnel, communautaire et individuel. On y parviendra en associant diverses stratégies socioculturelles et économiques visant à réduire la pauvreté, améliorer l’accès à l’éducation et aux compétences du quotidien, mettre en application les dispositifs réglementaires, enregistrer les mariages, sensibiliser par l’éducation sexuelle, offrir des prestations de santé accessibles et accueillantes pour les adolescent(e)s, favoriser le journalisme d’investigation, promouvoir les lieux protégés et les modèles auxquels s’identifier, suivre et évaluer avec efficacité les programmes.  

Selon la Constitution du Zimbabwe, « un enfant est une fille ou un garçon d’âge inférieur à 18 ans » (section 3, article 81). Le mariage des enfants est une union dans laquelle l’un des deux conjoints est âgé de moins de 18 ans, les filles étant largement les plus affectées. Bien que le nombre de mariages précoces soit en baisse constante dans le pays, ce phénomène demeure courant dans les localités minières, agricoles ou frontalières (UNICEF 2014 [a]).  

Il faut renforcer régulièrement les filets de sécurité qui protègent les populations contre de graves revers économiques, en particulier là où elles vivent de l’agriculture. C’est ainsi que l’on améliorera leur capacité à faire face aux difficultés, ce qui aura à son tour pour effet de réduire le nombre de mariages précoces pour raisons financières et de dissuader les jeunes filles de s’enfuir puisqu’elles prendront part à ces projets et qu’elles en seront aussi les bénéficiaires.  

L’État doit adopter des mesures incitatives dans les zones « sensibles », comme par exemple la gratuité à l’inscription aux examens pour les filles, afin d’encourager celles des milieux les plus pauvres à poursuivre des études au lieu de se marier. En milieu rural, il faut améliorer l’accès des filles à l’éducation et à l’acquisition de compétences comme la couture, la tenue d’un potager ou celle d’un poulailler, grâce auxquelles elles pourront assurer leur indépendance financière si elles abandonnent leurs études.  

L’application de toutes les dispositions légales protégeant les enfants doit devenir une priorité. Il faut en outre que devienne obligatoire, préalablement à une vie conjugale, l’inscription à l’état civil de toute union, même si elle n’est pas officialisée. Cela facilitera la détection des mariages précoces. Il importe aussi de donner toute sa valeur à l’éducation sexuelle, qui doit devenir une discipline sanctionnée par un examen, à l’instar des mathématiques. Il faudrait enfin que des services médicaux destinés aux jeunes soient accessibles dans le cadre scolaire et dans des lieux protégés.

L’existence d’un journalisme d’investigation est fondamentale car le public n’est actuellement pas suffisamment informé sur les mariages précoces. Tirer parti de la forte influence des médias sociaux contribuerait en outre à mettre un terme aux agissements des coupables. On devrait d’ailleurs impliquer les hommes et les adolescents dans l’élimination des mariages d’enfants, car ce sont eux qui vendent les filles ou qui les épousent. Il faudrait proposer aux jeunes filles des modèles auxquels s’identifier, ainsi que des lieux protégés, où elles pourraient parler des questions de reproduction sans craindre d’être stigmatisées ou discriminées.

Enfin, il faut suivre et réévaluer régulièrement les programmes visant les jeunes. Et, pour aider à la mise en œuvre de ces programmes, on doit développer les enquêtes et la collecte d’éléments probants, de façon à mieux cerner les « inconnues connues » du problème. C’est par de telles stratégies, appuyées sur une contribution des différents types d’acteurs en présence et sur un financement suffisant, que l’on mettra fin au mariage des enfants. 

 


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