L’arrêt du mariage précoce commence par moi !

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En Guinée le mal est profond, mais les mariages précoces ne sont pas invincibles. 

Je m’appelle Diariatou Diallo, j’ai 22 ans. J’ai en principe l’âge de me marier. En attendant, je reste une jeune fille célibataire sans enfants, inscrite en 5e année de médecine à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. 

Je suis pleine d’énergie, j’ai les yeux qui brillent de mille étoiles, la tête remplie de rêves. Je me prédestine à une carrière de médecin, un parcours professionnel que j’espère riche pour mon accomplissement personnel et utile pour mes proches, ma communauté et ma nation. 

J’ai, en réalité, beaucoup de chance. La chance d’être née et d’avoir grandi dans une famille émancipée. Des parents particulièrement aimants qui me donnent les outils nécessaires pour affronter la vie : l’éducation et la confiance. J’ai des loisirs et la liberté de choisir. Je m’épanouis auprès des miens. Mais hélas, c’est loin d’être le cas pour des centaines, voire des milliers de jeunes filles guinéennes de mon âge.  

Je note avec amertume que dans mon pays, 22 % de filles sont mariées avant l’âge de 15 ans et plus de 54 % avant 17 ans. J’ai cherché à rencontrer certaine d’entre elles, dont les droits sont violés. J’ai parlé avec plusieurs d’entre elles. Chacune a son propre récit du calvaire subi. Il y en a qui ont été mariées pour respecter la tradition, d’autres parce que leurs parents avaient trop de bouches à nourrir. 

Mariam est l’une d’elles. Elle a été mariée à 14 ans à un vieux commerçant qui pourrait être son père. Son père à elle n’avait plus les moyens de payer ses études au lycée, sa mère, analphabète, trouvait qu’elle avait l’âge de se marier et que l’école était réservée aux garçons. Son entourage était heureux pour elle, ignorant toutes les conséquences liées à cette pratique. Seule sa marraine institutrice était contre. Celle-ci décida alors de passer par les autorités pour faire entendre raison aux parents de Mariam, mais cette option était peine perdue car elle n’avait pas d’acte de naissances pour prouver son véritable âge.  

Mariam est aujourd’hui mère de trois enfants, elle subit des violences conjugales et porte encore les lourdes séquelles de ses grossesses précoces. Son constat est sans appel : « on m’a volé mon adolescence, mis un terme à mon épanouissement. On m’a tout simplement jeté en enfer. » 

Son récit m’a bouleversée. J’ai donc pris la décision de m’impliquer, de sensibiliser les personnes autour de moi sur l’importance de la scolarisation des jeunes filles et les conséquences du mariage précoce. Avec comme slogan : « l’arrêt du mariage précoce commence par moi ! »

J’ai beaucoup d’autres idées sur la manière de mettre fin à cette pratique néfaste : 

  • Créer des clubs de jeunes filles en plus de ceux qui existent déjà pour leur apprendre leurs droits, comment les revendiquer et plaider auprès des parents et des sages pour bannir cette pratique en adoptant des stratégies bien établies dans le respect de tous ; 
  • Établir des programmes de scolarisation obligatoire et gratuite d’alphabétisation et octroyer des bourses d’études aux filles. Ceci pourrait être fait par les autorités avec le soutien des institutions internationales ;
  • Les autorités devraient prendre des dispositions pratiques pour enregistrer les naissances dès l’accouchement par des agents déléguées au niveau de chaque centre de santé ;
  • Renforcer les lois existantes sur le mariage des enfants et les faire appliquer ;
  • Mettre en place un système de parrainage des jeunes filles dans les zones ou la pratique du mariage précoce est très répandue pour leur éviter ce sort, préserver leur adolescence et participer à leur épanouissement ;
  • Enfin, dénoncer reste un moyen très efficace. Début 2019, le partage sur Facebook de la photo d’une jeune fille mineure sur le point d’être mariée a permis d’annuler un mariage dans une préfecture du nord de la Guinée.

Auteurs

Diariatou Diallo

Lauréate du concours Blog4Dev en Guinée

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