L’Abolition du mariage précoce au Burkina Faso, bientôt une réalité

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Parce qu’ils sont accablés par la pauvreté ou par tradition, certains parents au Burkina Faso n’hésitent pas à marier leurs filles très tôt. Parfois aussi, l’honneur de la famille est lié à la virginité des filles. Alors, les parents les marient bien avant qu’elles ne soient prêtes à avoir des relations sexuelles.

Bien que la lutte contre le mariage précoce a débuté depuis longtemps et que de nombreuses actions sont menées dans ce sens, il est temps de trouver des solutions capables de mettre totalement fin à ce fléau.

Prêcher par l’exemple

L’une d’entre elles pourrait être de demander aux filles et femmes  ayant déjà obtenu une formation professionnelle dans le cadre du projet pour l’autonomisation des filles et le dividende démographique au Sahel (SWEDD), de s’investir dans les efforts de sensibilisation auprès de leur communauté. Elles pourraient rencontrer régulièrement les chefs de villages, les chefs religieux, les autorités locales, les parents et des maris pour les sensibiliser sur les droits des filles, l’importance de leur scolarisation et sur les dangers liés au mariage précoce.

Leur expérience pourrait servir d’exemple positif pour convaincre les parents et maris et de modèles à suivre.

Miser sur l’agriculture

Au Burkina Faso, plusieurs familles rurales vivent de l’agriculture. Offrir des formations agricoles aux jeunes filles est une autre solution contre le mariage précoce. Cela aiderait les familles à augmenter leurs revenus en permettant aux filles du foyer d’apprendre des compétences et de gagner de l’argent. Mais il faudrait parallèlement régler le problème de la faible productivité des agriculteurs. Jadis 1e pays producteur de coton en Afrique, le Burkina Faso occupe aujourd’hui le 4e rang. Ce recul s’explique essentiellement par les attaques parasitaires, la mauvaise qualité des intrants et des techniques agricoles inappropriées. Les  jeunes filles d’un même village pourraient s’organiser en coopératives et bénéficier de l’aide d’experts ou d’une agence de développement rurale pour renforcer leurs capacités de production agricole et s’adapter aux aléas climatiques grâce à l’utilisation de semences et de techniques améliorées.

Former à des métiers porteurs

Une autre solution qui fait déjà ses preuves dans de nombreuses communautés et gagnerait à être développée serait d’offrir des formations gratuites aux filles mineures ou jeunes adultes déjà mariées, pour qu’elles exercent des métiers dans des domaines stratégiques comme la santé, l’énergie et le numérique afin qu’elles puissent à leur tour participer au développement et à l’évolution des mentalités de leur communauté.

L’éducation, solution incontournable contre le mariage précoce

Chaque jeune fille a droit à l’éducation. On ne le dira jamais assez. Je propose d’intégrer dans l’enseignement primaire Burkinabè une nouvelle matière nommée « BANGRE YA SOMAN » qui signifie « Le savoir est bien ». Il s’agirait d’un cours de sensibilisation, d’information, et d’échange avec les fillettes sur leurs droits et sur leur autonomisation. L’objectif est de les préparer psychologiquement et d’attirer leur attention sur la question du mariage précoce afin qu’elles se sentent entourées et aient le courage de s’opposer à leurs parents si l’occasion se présente. Cela permettra également de valoriser les fillettes dès l’enfance et de leur faire comprendre qu’elles représentent un grand potentiel de développement pour leur communauté et qu’en poursuivant leurs études, elles pourront réaliser des choses extraordinaires comme les hommes.

Voter et appliquer les lois

Enfin, cette pratique ne disparaîtra pas sans le concours de la loi. Mais plusieurs familles ignorent l’interdiction du mariage précoce ou enfreignent la loi. Ce délit est si répandu qu’il est normalisé. Il faut absolument renforcer l’application effective des lois déjà en vigueur et sanctionner ceux qui ne les respectent pas. La célébration de mariage précoce doit également être interdite aux chefs coutumiers et chefs religieux sous peine d’emprisonnement de tous les acteurs concernés : les parents, l’autorité en charge de la célébration du mariage et le futur marié.

Contrairement à ce que beaucoup de parents pensent, le mariages précoce maintient leurs filles et leurs enfants à venir dans la pauvreté, de génération en génération.

Abolir ce fléau est plus qu’une nécessité pour le développement durable de l’Afrique et pour l’autonomisation de la Femme.

Auteurs

Samira Ouedraogo

Lauréate du concours Blog4Dev au Burkina Faso

Prenez part au débat

Sorelass
03 juin 2020

Beaucoup de courage à toi petite soeur de valeur

Ouédraogo Abdou Karim
03 juin 2020

J'ai lu avec un grand intérêt ton blog et je te félicite pour le travail déjà fait,mes encouragements aussi à persévérer parce que le chemin est encore loin pour éradiquer ce fléau. Je voudrais revenir à cette initiative "BANGRE YA SONMA" où tu appelle à l'instaurer dans le programme scolaire. L'initiative n'est pas mal en soit, mais les jeunes filles élèves ne constituent pas la racine du problème, les parents constituent la racine du problème et c'est à ce niveau il faut trouver des mécanismes adaptés, surtout la sensibilisation. Des exemples sont patents sur le terrain, des jeunes filles en classe d'examen la plupart du temps CM2 du jour au lendemain on la voit pas, après renseignement de l'instituteur on l'a marié puis partir en Côte d'Ivoire dans les plantations, ses cas même sont légion. Dans cette situation la jeune fille a beau simuler BANGRE YA SONMA mais elle n'y peut rien. Donc la source du mal se trouve dans la mentalité des parents et cette mentalité doit vraiment évoluer à travers les sensibilisations( des théâtres forums, des pots audio visuels...). Quand la source du mal est l'anaphabetisme des parents il faut l'attaquer à ce niveau. Pour paraphraser une citation de Thomas Sankara "quand la source du mal est politique le traitement ne peut être que politique". Bon vent.

Bérénice Tetchi
04 juin 2020

Félicitations Samira pour ton billet ! Et bon courage dans ce combat !