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Les transports pour tous au cœur de l’autonomisation des femmes et du développement en général

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 WRI Brasil Cidades Sustentáveis/Flickr
Photo: WRI Brasil Cidades Sustentáveis/Flickr


La séparation des femmes et des hommes dans les transports publics apporte-t-elle une réponse au plus vaste problème du harcèlement et des agressions sexuelles ? Ou bien, n’est-ce qu’une façon de contourner la question ? Comment les pouvoirs publics peuvent-ils lutter contre ce fléau sans pour autant pratiquer une ségrégation sexuelle ? L’embauche de femmes dans le secteur des transports se traduit-elle par des solutions mieux conçues pour améliorer leur sécurité et, partant, leur mobilité ? Telles sont quelques-unes des questions auxquels ont tenté de répondre des experts réunis par les spécialistes du transport de la Banque mondiale, à l’occasion d’une rencontre portant sur « les femmes en tant qu’usagers et fournisseurs de services de transport ». Des représentants des deux facettes du problème ont ainsi échangé, dans un contexte où les études montrent qu’alors que la proportion de femmes victimes de harcèlement sexuel dans les transports publics du monde entier atteint des sommets vertigineux (a), la majorité d’entre elles ne portent pas plainte.

La rencontre visait trois objectifs : analyser les conséquences de l’adoption de modes de transport réservés aux femmes sur le développement, montrer le rôle joué par les dispositions légales sur la place des femmes dans le secteur des transports et, enfin, mieux préparer les équipes de la Banque mondiale à aborder ces thèmes avec leurs clients.

Objet d’une controverse récurrente, le concept des espaces de transport exclusivement féminins revient régulièrement dans les médias. Pour ses partisans, la formule garantirait aux femmes une sécurité indispensable, leur permettant d’accéder ainsi à davantage d’opportunités d’emplois et de services. À l’inverse, ses détracteurs considèrent que la séparation accentuerait les inégalités hommes-femmes et conforterait les comportements sexistes.

Selon Karla Gonzalez Carvajal, du pôle mondial d’expertise en Transport et développement numérique de la Banque mondiale, « le cœur du débat d’aujourd’hui va au-delà des droits des femmes et ne se limite pas, non plus, à l’amélioration de leur bien-être ». Comme elle l’a exposé dans son discours d’ouverture, « il s’agit, en fait, de libérer la moitié de la population mondiale de ses entraves à la mobilité. Les projets du secteur des transports doivent faire l’objet d’une approche globale si nous voulons parvenir à agir à la fois sur le front de l’emploi et sur celui de l’accès aux services pour offrir une mobilité sans risques et un marché de l’emploi plus inclusif dans le domaine des transports ».

Fausse bonne idée…

« La ségrégation sexuelle dans les transports en commun ne traite pas les causes profondes de la discrimination et des violences à l’encontre des femmes, pas plus qu’elle ne résout le problème du harcèlement », a déploré Ximena Andion, directrice de l’Institut Simone de Beauvoir de Mexico. « Non seulement cette solution ne renforce pas les droits des femmes, mais elle ne s’attaque pas non plus au problème des stéréotypes sociaux ».

Pour Marty Langelan (Langelan & Associates), « il faut cesser de voir un prédateur derrière chaque homme. Il s’agit d’une grave erreur car beaucoup d’entre eux sont davantage des alliés des femmes. La ségrégation dans les transports est un investissement à fonds perdu et une hérésie sur les plans éthique et économique. En revanche, les campagnes de sensibilisation appelant les témoins de harcèlement à systématiquement intervenir sont largement plus efficaces pour décourager durablement de tels comportements, et ce, dans l’ensemble des transports publics ».

… Ou mal nécessaire ?

Farhad Ahmed, spécialiste senior des transports à la Banque mondiale, a cité « une étude récente de l’Organisation internationale du travail [qui] révèle que les problèmes d’accès au transports publics et de sécurité réduisent de 16,5 % les chances des femmes de participer au marché du travail dans les pays en développement. En outre, l’impossibilité pour les femmes d’utiliser en toute sécurité les transports publics pourrait avoir un impact à long terme sur l’organisation des transports en commun ».

« Dans certains pays, le harcèlement sexuel dans les transports peut conduire les filles à délaisser l’école tandis que leurs mères doivent parfois renoncer à des offres d’emplois ou se trouvent dans l’incapacité d’avoir accès aux services de santé de base », a, pour sa part, ajouté ElsaMarie D’Silva (a), fondatrice et directrice générale de la fondation Red Dot

Les Femmes, l’Entreprise et le Droit

La suite du débat a porté sur les données présentées dans l’édition 2018 du rapport de la Banque mondiale, Les Femmes, l’Entreprise et le Droit. Cette étude, qui examine notamment les restrictions à l’emploi des femmes dans le secteur des transports, indique que, pour des raisons légales, plus de 2,7 milliards de femmes dans le monde n’ont pas accès aux mêmes emplois que les hommes. En outre, 19 économies restreignent aujourd’hui le travail des femmes dans le secteur des transports tandis que le harcèlement sexuel dans l’espace public n’est pas considéré comme un délit dans 177 pays.

« Si l’objectif consistant à fournir des transports en commun sûrs pour l’ensemble des usagers, hommes ou femmes, réunit tous les suffrages, les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir divergent. Or, selon l’option retenue — système de transports publics indifférencié mettant l’accent sur la protection accrue des femmes ou offre de wagons qui leur seraient réservés — l’impact sur les économies de manière générale ainsi que sur les femmes sera très différent », a conclu Franz R. Drees-Gross, directeur au pôle mondial d’expertise en Transport et développement numérique de la Banque mondiale. « Nous devons bien comprendre toutes les implications des différentes formules pour être en mesure d’apporter à nos clients des solutions de développement adaptées à leur situation. »

L’ensemble des débats a porté sur les stratégies à adopter pour éradiquer les actes de violence à l’encontre des femmes dans les transports en commun et favoriser leur mobilité. Faisant ressortir la complexité de la problématique, ces échanges ont aussi été l’occasion de présenter quelques solutions originales. Toutes illustrent la nécessité de prendre pleinement en compte les considérations de genre dans la conception et la planification des transports publics.

Si la recette parfaite permettant d’accroître la mobilité des femmes n’a pas encore été trouvée, leur recrutement dans ce secteur d’activité pourrait apporter des infrastructures de transport plus inclusives et une offre de services élargie. Quant au débat sur la question des

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