Les pandémies ne connaissent pas de frontières et, en Afrique, la collaboration régionale est la clé de la lutte contre le coronavirus

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Several World Bank-funded Africa Centers of Excellence are contributing to the fight against COVID-19 and drawing on regional scientific research.
Plusieurs Centres d'excellence africains — autre opération régionale financée par la Banque mondiale — contribuent significativement à la lutte contre le coronavirus en s'appuyant sur la recherche scientifique régionale.

De nombreux pays africains ne connaissent que trop bien les bouleversements sociaux et économiques provoqués par les épidémies de maladies infectieuses. Les récentes flambées d'Ebola sont encore bien présentes dans l'esprit des populations d'Afrique de l'Ouest et du Centre, tout comme celles liées à la tuberculose et au VIH/sida en Afrique australe. Par conséquent, tous ces pays comprennent bien la nécessité d'une coordination régionale pour surmonter les problèmes de santé publique. Le Groupe de la Banque mondiale a réagi rapidement à chacune de ces urgences sanitaires, souvent en déployant une réponse régionale pour contrer les menaces immédiates tout en renforçant les capacités d’anticipation des pays pour détecter les cas et faire face aux foyers épidémiques.

Il y a d'importantes leçons à tirer de ces expériences dans le cadre de la lutte contre la pandémie de coronavirus (COVID-19).

1. Mobiliser les réseaux et programmes régionaux existants pour déclencher une réponse immédiate et de grande ampleur.

Aider les pays à renforcer la collaboration transfrontalière pour le dépistage et la réponse aux épidémies est une priorité de longue date des efforts d'intégration régionale portés par le Groupe de la Banque mondiale en Afrique. Des investissements à grande échelle, des réseaux solides et une vision commune entre les pays concernés sont des leviers déjà en place et ils sont aujourd'hui actionnés et renforcés rapidement en réponse au coronavirus.

Le programme régional de renforcement des systèmes de surveillance des maladies (REDISSE), une opération de 670 millions de dollars déployée dans 16 pays d'Afrique occidentale et centrale, a très vite mobilisé plus de 193 millions de dollars pour aider 13 pays à surveiller les points d'entrée sur leur territoire, à renforcer les capacités de tests des laboratoires, à prévenir et contrôler les infections, à accéder aux équipements et matériels médicaux essentiels et à communiquer sur les risques de contagion. Activé dans le cadre de la lutte contre Ebola au cours des dernières années, REDISSE a permis aux pays d'accéder sans délai à des financements afin de pouvoir répondre rapidement à de nouveaux besoins. Parallèlement, un financement complémentaire propre à chaque pays est débloqué dans le cadre du dispositif d’aide accélérée mis en place par la Banque mondiale pour faire face à la pandémie de COVID-19.

De même en Afrique de l'Est, pour lutter contre la pandémie, les gouvernements tirent parti des capacités mises en place dans le cadre du projet de réseau de laboratoires de santé publique en Afrique de l'Est, doté d'un budget de 128 millions de dollars et couvrant le Burundi, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie. Des laboratoires de pointe situés dans les zones frontalières ont bénéficié des dernières technologies pour réaliser des tests et détecter les maladies qui présentent un risque de santé publique. L'hôpital de référence de Wajir, situé dans le nord-est du Kenya à la frontière avec la Somalie et l'Éthiopie, a été désigné comme site de test COVID-19 et il est en mesure de traiter 60 à 100 échantillons en 24 heures. C'est là un exemple de la manière dont le financement de l'intégration régionale se combine aux actions et décisions des gouvernements pour que les groupes les plus vulnérables puissent être testés.

À l'échelon régional, les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), soutenus par un financement de la Banque mondiale d'un montant de 250 millions de dollars, ont pu mobiliser rapidement leurs infrastructures et leurs réseaux pour contrer la propagation du coronavirus. Dans le cadre d'une riposte de grande envergure, les CDC ont fédéré les ministères de la santé fin février pour garantir la coordination face à la crise. La formation dispensée par les CDC africains a permis de renforcer rapidement les capacités de dépistage et de diagnostic : deux pays seulement disposaient de centres au début du mois de février et il y en a aujourd'hui dans 43 pays.

2. Maximiser les économies d'échelle au service d’une collaboration scientifique transfrontalière

Plusieurs Centres d'excellence africains — autre opération régionale financée par la Banque mondiale — contribuent significativement à la lutte contre le coronavirus en s'appuyant sur la recherche scientifique régionale. Il s'agit notamment du Centre d'excellence africain pour la génomique des maladies infectieuses (ACEGID) à l'université Redeemers, au Nigéria, et du Centre de biologie cellulaire des agents pathogènes infectieux de l'Afrique de l'Ouest (WACCBIP) à l'Université du Ghana, qui sont tous deux à la pointe du séquençage du virus. Travaillant avec le Centre de contrôle des maladies du Nigéria, l'ACEGID a été le premier à séquencer le génome du coronavirus en Afrique. Cette tâche a été accomplie en 48 heures seulement, soit beaucoup moins que les deux à trois semaines nécessaires quand les échantillons sont envoyés à l'étranger. Le séquençage est fondamental pour les diagnostics et le développement de vaccins, et ses résultats sont importants pour les scientifiques et les responsables politiques qui doivent étudier les actions et mesures à prendre. L'ACEGID a par ailleurs été mandaté par les CDC africains pour séquencer tous les échantillons provenant des États membres de l'Union africaine dépourvus de telles capacités.

3. Apporter une aide sociale immédiate tout en jetant les bases d’une coopération régionale nécessaire à la reprise économique et à l'emploi, facteurs essentiels de réduction de la pauvreté à l'avenir.

Les mesures de confinement et de fermeture des frontières sont déterminantes pour aplanir la courbe de la pandémie de COVID-19. Cependant, elles compromettent les moyens de subsistance des personnes qui dépendent du commerce transfrontalier, dont beaucoup sont des travailleurs informels pauvres et des femmes. L'Union africaine et d'autres institutions régionales s'inquiètent à juste titre des répercussions sociales, économiques, financières et sécuritaires de ces mesures sur les populations. En outre, ces restrictions nous rappellent que la liberté de circulation — que ce soit dans un quartier, un pays ou aux frontières — est la norme que nous espérons tous retrouver bientôt. Il est donc important de réfléchir dès maintenant à la manière dont nous pouvons reconstruire en mieux pour soutenir davantage d'activités économiques et d’échanges régionaux. 

La pandémie de COVID-19 illustre parfaitement en quoi la coordination, la coopération et l'intégration régionales sont capitales pour l'avenir de l'Afrique. Compte tenu de la facilité avec laquelle les maladies peuvent se propager d'un pays à l'autre, nous continuerons à nous appuyer sur nos programmes régionaux pour aider les pays à gérer la prévention et la lutte contre les pandémies. Le virus ne connaît pas de frontières. Les efforts visant à conforter la coordination et la coopération régionales seront essentiels pour en venir à bout, tant en Afrique que dans le reste du monde.

Auteurs

Deborah Wetzel

Directrice Intégration régionale pour l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord