Les programmes de filets sociaux productifs en Afrique : offrir des opportunités aux plus vulnérables

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Les programmes de filets sociaux productifs en Afrique : offrir des opportunités aux plus vulnérables
Bénéficiaires de l'inclusion productive (groupe d'épargne) au Sénégal. Crédit : Christian Bodewig / Banque mondiale

L'Afrique n'est pas en voie d'atteindre l'Objectif de développement durable d'éradication de l'extrême pauvreté. Si de nombreux pays sont parvenus à réduire la pauvreté au cours des années précédant la pandémie, la perturbation de l'économie qu'elle a causée, associée aux catastrophes climatiques et à la hausse des prix alimentaires et des carburants entraînée par l'invasion russe en Ukraine sont venus entraver les progrès. Les vulnérabilités croissantes aux évènements climatiques tels que les sécheresses et les inondations, l'insécurité alimentaire ainsi qu'une fragilité plus grande dans plusieurs parties du continent ont contribué à assombrir le tableau. La jeunesse en plein essor est aujourd'hui confrontée à des perspectives décevantes en matière d'emploi productif et à des tensions sociales. Une situation qui prive les pays africains de leur dividende démographique. 

Dans le même temps, le fardeau de la dette limite la marge de manœuvre des gouvernements pour réaliser des investissements favorables à la croissance dans l'électrification, la connectivité numérique, la santé et l'éducation. L'ensemble de ces facteurs risque d'entraîner une augmentation des inégalités et de fragiliser le contrat social. 

On relève néanmoins de bonnes nouvelles : 

100 millions d'Africains ont bénéficié de filets de protection sociale durant la pandémie

Grâce aux filet sociaux productifs, l'Afrique dispose d'un outil pour opérer une véritable différence et s'attaquer aux défis interdépendants de l'extrême pauvreté, la vulnérabilité au changement climatique, la fragilité et du manque d'opportunités pour sa jeunesse.  Les filets sociaux se sont répandus à travers le continent au cours des 25 dernières années. Juste avant la pandémie, 45 pays d'Afrique subsaharienne (a) – soit trois fois plus qu'à la fin des années 1990 – avaient introduit des programmes de filet sociaux. Au cours de la pandémie, les gouvernements ont eu recours à ces programmes de filets sociaux pour apporter un soutien rapide à leur population et pour faire face efficacement aux perturbations économiques et sociales. Quelque 100 millions de personnes en ont ainsi bénéficié. Le déploiement des filets sociaux a été conduit à une vitesse et à une échelle inédite, à l'aide de technologies innovantes – à l'image du programme togolais Novissi – pour atteindre les populations au moment où elles en avaient le plus besoin.

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Les programmes de filets sociaux productifs en Afrique : offrir des opportunités aux plus vulnérables
Paiements numériques en Sierra Leone. Crédit : Camilla Holmemo / Banque mondiale

Changer la vie les bénéficiaires et libérer les opportunités

Les filets sociaux productifs représentent une opportunité de transformation pour l'Afrique. Combinant les transferts monétaires avec des formations et des groupes d'épargne (a), ces programmes aident les bénéficiaires à développer des compétences appréciables et à lancer leur propre entreprise. Ils permettent aux personnes d’économiser et devenir économiquement autonomes. A l'échelle globale comme en Afrique, les filets sociaux ont été couronnée de succès, et ont aidé les ménages à accroître leur consommation et investir dans des actifs productifs. Ils doivent donc être envisagés comme des outils de création d'emploi et des programmes d'activation : ils permettent en effet aux personnes de sortir d’une lutte quotidienne pour la survie et de devenir des acteurs économiques investissant dans leurs moyens de subsistance. Les “registres sociaux”, qui recueillent des données sur les ménages pauvres et vulnérables, associés à d'autres innovations tels que les systèmes de paiement numérique et le déploiement de travailleurs sociaux pour sensibiliser directement les ménages bénéficiaires, ont contribué à renforcer les prestations (a) offertes par ces programmes ainsi que la présence de l'État au sein des communautés marginalisées.

S'adapter au choc climatique 

Les programmes de filets sociaux se sont également avérés “adaptatifs” (a), ce qui permet de renforcer la résilience aux chocs climatiques en étendant l'appui aux ménages touchés par les sécheresses ou les inondations. C'est notamment le cas lorsqu'ils sont déployés rapidement ou en amont des catastrophes, grâce à un déclenchement par des systèmes d'alerte précoce, comme ce fut le cas au Sahel (a), associé à des financements préalloués. Le programme éthiopien de filet sociaux-productifs (a) a ainsi permis d'accroître le couvert végétal et la production de biomasse par des travaux de terrassement, de plantation d'arbres et à la remise en état des ravins. Ces actions ont contribué à l'atténuation du changement climatique en compensant la hausse du niveau des émissions de gaz à effet de serre. Au-delà des chocs climatiques, les filets sociaux ont aidé à répondre aux situations de déplacement en fournissant un appui aux réfugiés ainsi qu'aux communautés hôtes. 

Le manque de compréhension limite le potentiel transformateur

Malgré les preuves répandues de leur potentiel transformateur, les filets sociaux restent sous-exploités et souvent mal perçus. Bien qu'ils se développent à travers le continent, leur couverture effective des pauvres reste faible et se trouve souvent limitée aux populations extrêmement pauvres des zones rurales, sans atteindre les populations urbaines exposées au chocs. Les systèmes de fourniture en sont encore à leurs balbutiements dans de nombreuses parties de la région. S'agissant d'une innovation relativement récente dans les programmes de lutte contre la pauvreté, les transferts monétaires sont encore souvent perçus comme des dons improductifs aussi bien par les décideurs politiques que les leaders d'opinion, ainsi que par une large part de la population, malgré des preuves substantielles de leurs impacts positifs. La réponse à la pandémie a rendu plus visible les programmes de filets sociaux, mais leur déploiement se trouve rarement accompagné de campagnes de communication solides. Les doutes limitent le potentiel transformateur des filets sociaux alors qu'ils pourraient faire une vraie différence.

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Les programmes de filets sociaux productifs en Afrique : offrir des opportunités aux plus vulnérables
Paiement numérique des transferts d'argent lors d'inondation au Sénégal. Crédit : Christian Bodewig / Banque mondiale

Développements à venir 

Les décideurs politiques africains peuvent tirer parti du potentiel transformateur des programmes de filets sociaux en renforçant trois dimensions de leurs politiques : la conception, la fourniture et la direction.  Tout d'abord, de nombreux pays peuvent renforcer la conception productive et adaptative de leurs programmes en intégrant pleinement les transferts monétaires aux services d'inclusion économique et en développement des protocoles clairs pour leur extension en cas de choc. Au Bénin, le programme Gbessoke offre l'exemple d'un programme intégré promouvant les moyens de subsistance productifs, la résilience, une meilleure éducation ainsi que des résultats en matière de santé en mettant les bénéficiaires en relation avec d'autres services sociaux. Ensuite, les programmes africains de filets sociaux peuvent faire un bond en avant en intégrant des systèmes numériques solides afin de fournir les services à grande échelle, comme pour le développement des registres sociaux à large couverture au Nigéria, au Sénégal et en Mauritanie, ou pour l'adoption des systèmes de paiement numérique au Nigéria, au Ghana et au Cameroun, pour apporter un appui rapide aux ménages.

Enfin les gouvernements doivent développer une orientation stratégique et une communication plus efficace pour leurs programmes de filets sociaux. Ceux-ci peuvent devenir des programmes d'adaptation climatiques efficaces et fournir des politiques pour les pertes et dommages étant donné qu'ils constituent souvent l'instrument le plus efficace pour offrir un appui ciblé aux plus vulnérables, dans les régions ou pays affectés par les chocs climatiques. Cependant, ils n'apparaissent souvent pas au titre des Contributions déterminées au niveau national qui président aux engagements climatiques des pays, dans le cadre de l'Accord de Paris. De nombreux pays d'Afrique, comme le Nigéria, réforment des subventions régressives et coûteuses à l'énergie et aux produits alimentaires au profit de programmes de filets sociaux progressifs permettant de protéger les pauvres de la hausse des prix.

Pour réaliser notre objectif de mettre fin à la pauvreté sur une planète vivable, l'extension des programmes de filets sociaux et l'établissement de registres sociaux à large couverture jouent un rôle central dans notre engagement en Afrique  et représentent une opportunité majeure de transformation.

Auteurs

Robert S. Chase

Practice Manager, Practice Manager for Social Protection and Jobs

Suleiman Namara

Practice Manager for Social Protection and Jobs

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