Publié sur Voix Arabes

Moyen-Orient et Afrique du Nord : deux stratégies de reconstruction vertes et inclusives après la crise de la COVID-19

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Comment instaurer une reprise plus verte et durable après la pandémie de COVID-19 ? Partout dans le monde, des dirigeants se posent cette question et y répondent de manière diverse. L’Union européenne, par exemple, entend faire de la nature son allié numéro un pour une relance verte (a), tandis que la Corée du Sud prévoit d’investir (a) dans des villes vertes et de soutenir de nouvelles industries et activités respectueuses de l’environnement. La clé du succès diffère selon les pays et les régions, mais comme l’a précédemment démontré une tribune publiée il y a quelques mois (a), la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) devra intégrer des pratiques vertes et durables pour une reprise plus résiliente et plus inclusive.

« Au fil du temps, beaucoup de systèmes naturels ont été négligés : la pollution de l’eau, la pollution de l’air, des phénomènes climatiques de plus en plus fréquents, sans parler de la qualité de l’eau et du fléau des déchets plastiques dans les océans », a déclaré le président de la Banque mondiale David Malpass (a). La pandémie actuelle de COVID-19 met en évidence la nécessité de se consacrer à ces problèmes pour mieux se relever de la crise sanitaire.

Aujourd’hui, deux stratégies sont particulièrement judicieuses pour la région MENA :

  1. Améliorer la qualité de l’air urbain : La région MENA possède le niveau de pollution atmosphérique le plus élevé après l’Asie du Sud (voir figure ci-dessous) : la majorité des habitants vivent avec une pollution de l’air qui dépasse de quatre à cinq fois le seuil fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour un air sain (a).

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Source : Banque mondiale (2020), d’après les données de l’OMS (2020).

Le rapport que nous publierons prochainement pointe les conséquences néfastes de la pollution atmosphérique sur la santé, dont on estime qu’elle est responsable de plus de 250 000 décès prématurés et la cause, entre autres maux, de maladies respiratoires et cardiovasculaires chez des millions de personnes dans la région. À l’échelle mondiale, la pollution atmosphérique se situe au quatrième rang des facteurs de risque de décès prématurés, derrière les risques métaboliques, les risques alimentaires et la consommation de tabac. Notons également que cette pollution est le principal facteur de risque sur lequel l’action individuelle n’a aucune prise et qui exige une action collective. Elle cause autant de décès que le nombre total de victimes dû aux accidents de la route, au diabète, à la tuberculose, au paludisme, au VIH/sida et à l’hépatite aiguë.

Parce qu’elle nuit à la santé, et ce faisant qu’elle diminue la productivité du travail, la pollution de l’air a un coût économique massif. Dans le Grand Caire, où les enjeux de santé liés à l’environnement pèsent lourdement sur la qualité de vie des habitants et sur l’économie, le tribut à payer équivaut à près de 1,4 % du produit intérieur brut (PIB) national (a). Pour y remédier, la Banque mondiale a approuvé récemment un projet de 200 millions de dollars (a) destiné à soutenir les initiatives déployées par l'Égypte en vue de réduire la pollution atmosphérique et climatique et d’accroître la résilience de sa capitale-mégalopole face à la pollution de l’air. Le projet vise les deux principales sources de pollution aérienne, à savoir les transports et l’incinération des déchets solides.

  1. Améliorer la gestion intégrée des zones côtières : Dans la région MENA, la majorité des habitants réside à une distance maximale de 100 kilomètres des côtes (a), ce périmètre concentrant aussi les activités économiques : industries, ports et sites touristiques, notamment. Le doublement attendu de la population à l’horizon 2050 (a) suscite une inquiétude croissante quant à la viabilité environnementale de ces zones, sachant par ailleurs que l’urbanisation rapide exercera une pression accrue sur les littoraux. Aujourd’hui, 80 % des charges polluantes de la mer Méditerranée (a) proviennent de sources terrestres, et en particulier des déchets plastiques. Ce phénomène est notable au Machreq et au Maghreb : plus de la moitié des déchets plastiques finissent dans la mer parce qu’ils ne font pas l’objet d’un traitement adapté (voir figure ci-dessous). Une situation encore aggravée par la pandémie de COVID-19 (a).

 

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Source : Banque mondiale (2020), d’après Jambeck et al (2015).

Le littoral de la région MENA est également exposé à l’érosion. L’élévation du niveau de la mer fait reculer les côtes et disparaître les plages. Alors que le rythme de l'érosion se situe en moyenne à environ 0,07 mètre par an à l'échelle mondiale (a), il est multiplié par dix en Tunisie, où il atteint plus de 0,7 m/an. Autre exemple : le Maroc, où la côte atlantique recule au rythme annuel de 0,12 m et le littoral méditerranéen de 0,14 m. Or ce pourtour côtier est vital pour le tourisme et le pays doit saisir l’occasion qui s’offre à lui de s’attaquer aujourd’hui à l’érosion côtière tout en soutenant la reprise de ce secteur au sortir de la pandémie.

Face à l’expansion des villes de la région MENA, notamment le long des littoraux, la relance post-COVID exige de s’engager dans une trajectoire de développement plus verte, plus résiliente et plus inclusive qui permettra de garantir la santé des populations dans des villes moins polluées. Travailler à la propreté des littoraux et des océans peut créer des millions d’emplois dans le secteur de « l’économie bleue », grâce à une gestion plus efficace et plus résiliente des ressources naturelles. Ce type de relance économique sera plus inclusif s’il intègre des solutions naturelles (a) en faveur de l’environnement, du capital naturel de la région et d’une exploitation efficace des ressources. 

Pour mettre à profit les deux stratégies mentionnées ci-dessus, il sera indispensable de réformer les politiques, les institutions et la gouvernance, d'améliorer l’offre de données et la transparence, et d’associer les citoyens. Les pays de la région MENA peuvent prendre le chemin d’un avenir vert, résilient et inclusif, avec une meilleure qualité de l’air et des côtes bien gérées. Les États et leurs citoyens ont aujourd’hui toutes les chances de relever ce défi et d’aller de l’avant.

 


Auteurs

Martin Heger

Économiste senior de l’environnement au sein du pôle Environnement, ressources naturelles et économie bleue de la Banque mondiale

Lia Sieghart

Chef de programme et spécialiste principale du changement climatique

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