De nouvelles opportunités économiques pour les Jordaniens et les réfugiés syriens

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En 2016, le gouvernement jordanien, en partenariat avec la communauté internationale, s'est engagé à relever un défi de taille : améliorer les conditions de vie, les perspectives et la résilience des réfugiés syriens ainsi que celles des communautés jordaniennes qui les accueillent. Le Pacte pour la Jordanie (a) était né. Aux termes de cet instrument, non seulement la communauté internationale s'engage à aider la Jordanie à assurer un service public d'intérêt régional et mondial en accueillant les réfugiés dans les meilleures conditions possibles, mais aussi à soutenir les citoyens jordaniens et l'ensemble de l'économie du pays.

Le programme de promotion de l’emploi en faveur de la population jordanienne et des réfugiés syriens a été préparé par la Banque mondiale et le gouvernement jordanien, en étroite collaboration avec l'OIT et le HCR, mais aussi avec différents partenaires du développement travaillant en Jordanie. Depuis 2016, ce programme favorise l'octroi de permis de travail aux réfugiés syriens afin de leur permettre d'être autonomes et de contribuer à l'économie de la Jordanie. L’accès au marché de l'emploi est au cœur de la dynamique de développement face à la crise des réfugiés, qui complète la démarche humanitaire. Le programme a par ailleurs aidé le gouvernement jordanien à améliorer le climat des affaires en améliorant la promotion des investissements, en facilitant les échanges commerciaux, en appliquant des réformes réglementaires sur les licences d'exploitation et sur le travail à domicile, et en assurant davantage de visibilité sur les réglementations commerciales. Les autorités jordaniennes sont ainsi mieux en mesure de développer l'économie et d'offrir des emplois et des possibilités d'entrepreneuriat aux Jordaniens et aux réfugiés syriens.

Ce programme quadriennal de 300 millions de dollars a été prolongé de deux ans en juin 2020, prolongation assortie d'un financement supplémentaire de 100 millions de dollars. Le gouvernement jordanien pourra ainsi assouplir l'octroi de permis de travail aux Syriens afin de réduire l'emploi informel et de garantir leur protection au titre du droit du travail, car aujourd'hui, un tiers seulement des travailleurs syriens sont titulaires d'un permis de travail et seuls 4 à 8 % d'entre eux bénéficient d'une couverture sociale1. Ces permis seront délivrés aux Syriens lors du renouvellement de leur titre d'identité, mais aussi sur leur lieu de travail grâce à des unités mobiles mises sur pied avec le concours de l'OIT. En outre, la présence du HCR et de l'OIT sera essentielle pour toucher le plus grand nombre de réfugiés, notamment dans deux centres d'emploi (a) fonctionnant au sein des camps de Zaatari et Azraq, et aussi dans les 11 centres extérieurs (a) qui proposent des services à l'emploi à la fois aux réfugiés syriens et aux communautés d'accueil.

Bien que plus élevée que celle des femmes syriennes, la participation des Jordaniennes à la vie active n'est que de 15 %, un taux qui reste faible par rapport aux normes régionales et internationales. Cela peut s'expliquer par plusieurs facteurs (a), notamment le manque de possibilités d'emplois corrects, de transport et de services de garde d'enfants, ainsi que par le poids de normes sociales restrictives (a).

Il est essentiel d'encourager le développement des services de garde d'enfants dans le secteur privé afin de libérer du temps pour les mères et de créer des emplois qui bénéficieront principalement à d'autres femmes.  Néanmoins, pour faciliter la création de crèches et de gardes d'enfants à domicile, il sera indispensable d'alléger et de rationaliser les procédures administratives d'enregistrement et d'agrément, tout en garantissant la qualité des services.

Dans le contexte de la crise économique provoquée par la pandémie de COVID-19, favoriser l'esprit d'entreprise sera un autre élément clé. En effet, créer une entreprise à domicile sans avoir à louer des locaux et en bénéficiant d'un cadre réglementaire allégé (a) réduit les coûts de démarrage et permet aux femmes jordaniennes de contourner les obstacles classiques liés aux soins à domicile, aux transports, et surtout aux normes sociales, car il faudra du temps pour qu'elles évoluent. Les secteurs de l'alimentation, de l'artisanat et de la confection sont maintenant ouverts aux Syriens et ce sont principalement les femmes entrepreneures (a) qui les ont investis.

Le déclenchement de la crise de la COVID-19 a démontré toute l'importance de la protection sociale et des services financiers numériques. À cet égard, le programme de la Banque mondiale soutient l'action ambitieuse actuellement déployée par le gouvernement jordanien pour améliorer la couverture sociale des employés de petites et moyennes entreprises et des travailleurs indépendants, en améliorant et en renforçant les services de sécurité sociale. Grâce à un système d'immatriculation rapide des Jordaniens et des réfugiés, le nombre de porte-monnaie électroniques a fortement augmenté dans le pays, passant de 0,62 million il y a six mois à 1 million aujourd'hui. Les efforts déployés pour assurer une couverture sociale à davantage de travailleurs profiteront ainsi aux Jordaniens comme aux réfugiés. Mais dès à présent, et dans le cadre de la réponse humanitaire à la crise sanitaire, le HCR élargit à 500 ménages supplémentaires l'aide financière mensuelle actuellement versée sur un porte-monnaie électronique à 700 familles.

La Jordanie a décidé que 2020 serait l'année de l'agriculture (a). Ce secteur stratégique est non seulement important pour la sécurité alimentaire du pays, mais aussi parce qu'il pourrait être une source importante d'exportations à forte valeur ajoutée (a) si les défaillances de la chaîne logistique sont résolues. Grâce à la reconfiguration potentielle des chaînes de valeur après la crise sanitaire, la Jordanie pourrait en effet augmenter sa part de marché à l'exportation. Le programme permettra de combler les lacunes existantes tout en rationalisant l'utilisation de l'eau. En outre, il sera essentiel d'améliorer les conditions de travail dans l'agriculture. C'est pourquoi, en liaison avec l'OIT (a), le programme permettra d'aider le ministère du Travail à réglementer le secteur agricole et à mettre en place un nouveau système d'inspection du travail, avec le soutien d'IFC.

Une crise peut être l'occasion de franchir des étapes et de mettre en place des réformes ambitieuses. C'est ce que la Jordanie a fait ces dernières années, avec le double objectif de doper son économie et de transformer la crise des réfugiés en source d’opportunités.

L'excellente collaboration entre la Banque mondiale, l'OIT et le HCR dans leur soutien au gouvernement jordanien a été essentielle à la conception et à la mise en œuvre de ce programme. En unissant leurs forces, les trois organisations sont à même de mieux aider les réfugiés et les communautés qui les accueillent.

Auteurs

Meriem Ait Ali Slimane

Spécialiste senior du secteur privé

Fiona Allen

Directrice du développement au bureau Jordanie du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés

Maha Kattaa

Spécialiste senior de la résilience et de la réponse aux crises auprès du bureau régional de l’OIT pour les États arabes

Patrick Daru

Directeur des opérations pour le programme mondial de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur la formation permanente