Dans le sud de Madagascar, une meilleure productivité permettra de lutter contre la famine et de transformer l'avenir

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Increasing Southern Madagascar’s productivity to reduce famine now and trigger future transformation
Photo: Henitsoa RAFALIA

J'écris ce billet depuis Ambovombe Androy, l'un des trois districts du sud de Madagascar en situation d'insécurité alimentaire critique. Plusieurs années consécutives de sécheresse sévère dans une région où plus de 90 % de la population vit toujours dans l'extrême pauvreté (moins de 1,90 dollar par jour et par habitant) ont entraîné l'une des crises alimentaires les plus graves de l'histoire du pays. En 2020 et 2021, des précipitations exceptionnellement faibles ont causé des dommages dévastateurs à la production agricole pendant la principale saison de récolte, les pertes allant jusqu'à 60 % dans trois des districts les plus peuplés. Sans réserves alimentaires ni semences pour la campagne suivante, les mères ne pouvaient plus allaiter et beaucoup de familles ont dû vendre des biens pourtant indispensables comme des outils agricoles, des ustensiles de cuisine et du bétail. Des milliers de personnes ont été contraintes de consommer des fruits de cactus ou de migrer, à la recherche de nourriture et d'assistance.

Alors que d'autres pays de la région ont subi des chocs similaires, les graves conséquences humanitaires dans le sud de Madagascar révèlent des vulnérabilités préexistantes liées à l'absence d'infrastructures, au manque de qualité des services publics et aux très faibles rendements agricoles. Ces faiblesses structurelles sont encore mises en évidence par l'échec des mesures classiques visant à réduire sensiblement la malnutrition : la réponse à la crise, qui a mobilisé plus de 200 millions de dollars de financement des donateurs, n'a pas éradiqué l'insécurité alimentaire. Selon le cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (ICP), en janvier 2022, 1,64 million de personnes étaient en situation de crise (phase 3 de l'ICP) ou d'urgence alimentaire (phase 4), soit environ 37 % de la population étudiée. On estime qu'environ 334 000 d'entre elles sont toujours en phase 4 et environ 1,3 million de personnes en phase 3 de l'IPC, qui compte cinq phases. 

Les effets limités des mesures en cours mettent en lumière la nécessité de remonter à l’origine du problème, et de se demander comment les familles pauvres sont affectées par les chocs. En fait, un choc d'offre peut affecter les ménages pauvres des pays à revenu faible de deux manières potentiellement graves. La première est la baisse des revenus des personnes qui produisent les aliments. L'ampleur d'une telle baisse est égale à l'ampleur de la réduction du rendement multipliée par la valeur prévue de la production. La seconde est l'impact des changements de prix sur ceux qui sont acheteurs ou vendeurs nets de nourriture. Selon le cas, une hausse ou une baisse des prix profite ou nuit aux vendeurs nets et, inversement, nuit ou profite aux acheteurs nets. Néanmoins, la réduction de la production peut aussi faire varier les prix, ce qui provoque alors des modifications de revenu supplémentaires dépendant de la situation de vendeur net de chaque ménage. Par conséquent, la variation de prix peut être beaucoup plus importante, ce qui peut être aggravé par la non-élasticité de la demande alimentaire.

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Increasing Southern Madagascar’s productivity to reduce famine now and trigger future transformation
Photo: Henitsoa RAFALIA

Depuis les travaux d'Amartya Sen, lauréat du prix Nobel, sur la grande famine au Bengale (a), les économistes savent que la lutte contre la variabilité des prix alimentaires est l'un des meilleurs moyens de limiter les effets des chocs des systèmes alimentaires sur les pauvres. Par ailleurs la stabilité des prix alimentaires repose sur un système agricole générateur d'excédents, soutenu par une productivité accrue grâce à l'adoption de variétés de cultures à haut rendement (a). Ainsi, une meilleure productivité implique que les producteurs nets auront suffisamment de nourriture pour leur propre consommation et aussi des excédents à vendre à des prix abordables aux acheteurs nets. Outre des denrées moins chères, un secteur agricole générateur d'excédents peut assurer une bonne alimentation de la population — notamment de sa main-d'œuvre —, et donc augmenter le montant du revenu disponible restant aux individus et aux familles après le paiement des achats de nourriture. À Madagascar, un secteur agricole générateur d'excédents pourrait déclencher la transformation économique dont le pays a tant besoin. En particulier, la production excédentaire pourra être utilisée pour fournir des matières premières à l'industrie, provoquant une réaction en chaîne positive englobant la production, la commercialisation, la distribution et toutes les autres valeurs ajoutées associées. Enfin, un secteur agricole qui génère des excédents protégera les populations contre des crises mondiales des prix alimentaires comme celle qui sévit actuellement. Par conséquent, un programme de développement agricole vigoureux, continuellement soucieux d’accroître durablement la productivité en s’appuyant sur l’amélioration des intrants et des infrastructures de base, assurerait la stabilité des prix nécessaire au renforcement de la résilience.

Cependant, il ne sera possible d'améliorer la productivité que s'il existe une réelle appropriation politique du processus. Sans volonté et implication politique au plus haut niveau, les meilleures stratégies pour augmenter durablement la productivité agricole du Grand Sud malgache ne prendront pas. À cet égard, il y a une bonne nouvelle : le gouvernement de Madagascar a préparé un plan de développement ambitieux pour inverser des décennies de négligence dans les investissements et transformer le sud de l'île. Le Plan d'émergence du Grand Sud vise à lancer plusieurs projets, dont un réseau de canalisations pour y amener l'eau, la réhabilitation de 700 kilomètres de routes, la construction de parcs solaires dans chaque district et, pour lutter contre la malnutrition chronique, l'ouverture de centres de santé dotés d'une banque alimentaire. Ce plan a également pour but de renforcer la sécurité, de construire un stade et de créer une ceinture verte en plantant des arbres pour atténuer les effets du changement climatique. Mais si tous ces objectifs sont importants, la productivité agricole doit avant tout augmenter, et vite.

 

Auteurs

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jean Yves clavreul
14 juillet 2023

Merci pour cet article . Oui dans le sud de Madagascar il est possible d'éviter ces état de malnutrition cyclique. La faim dans le sud de Madagascar n'est pas une fatalité. Il faut mettre en œuvre tous les moyens pour éviter ces famines . Une des mesures serait de réaliser des bassins de rétention des eaux de pluie quand par bonheur il pleut. Un bassin de rétention coûte environ 100.000 euros et peut garantir de l'eau disponible pendant une longue période et de recharger les nappe phréatique. La BM devrait aussi se tourner vers cette solution. Je suis expert émérite en communication et j'ai appuyé de nombreux projets et programmes de la BM exécutés par la FAO . Malgré mon âge je reste disponible pour échanger sur de nombreux thèmes relatifs aux développement .

Rabeharisoa Lilia
14 juillet 2023

Etant enseignante chercheur malgache , je milite pour une bonne gouvernance dans la stratégie d'impacts des résultats des recherches que nous avons réalisées à Madagascar depuis plus de 35 ans pour sortir Madagascar de cette situation d'extrême pauvreté qu'il ne mérite pas, étant l'un des pays le plus riche en biodiversité dans le monde avec des ressources minières qui sont à la merci des spéculateurs nationaux et internationaux et ne profitent pas aux populations très pauvres et appauvries