Des forêts saines pour des vies résilientes : relever le défi en Afrique centrale et australe

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La Journée internationale des forêts, célébrée le 21 mars, est l’occasion de reconnaître le rôle vital que jouent les forêts pour améliorer le quotidien de 400 millions d’Africains dont la nourriture, l’énergie, les revenus et les médicaments sont tributaires de cette ressource. Les revenus tirés des forêts ont une action transformatrice en Afrique, où ils ont permis à 11 % des ménages ruraux les plus démunis (a) de s’extraire de la pauvreté.

La dépendance des populations à l’égard des forêts, qui sont aussi des puits de carbone essentiels, est au cœur des activités entreprises par la Banque mondiale pour promouvoir leur gestion durable. Des luxuriantes forêts tropicales du bassin du fleuve Congo aux forêts du Miombo au Mozambique en passant par les forêts insulaires de Madagascar, de nombreux programmes ont contribué à transformer les moyens de subsistance en Afrique centrale et australe. 

Nous aidons les pays à s’attaquer aux facteurs de déforestation et de dégradation des forêts — la deuxième cause principale du réchauffement planétaire d’origine humaine. La priorité accordée aux interventions respectueuses des forêts est un moyen de garantir que l’activité dans les secteurs de l’agriculture, du transport et de l’énergie n’érode pas le capital forestier et produit, au contraire, des résultats positifs. Notre engagement auprès des communautés, de la société civile et des populations autochtones nous a permis de concevoir des initiatives qu’elles se sont approprié et qu’elles ont soutenues.

En République démocratique du Congo (RDC) (a), nous avons mobilisé 140 millions de dollars depuis 2014 pour soutenir des réformes et des initiatives pilotes en matière de gouvernance forestière, d’aménagement du territoire et de régimes fonciers. Abritant la deuxième forêt tropicale du monde, la RDC joue un rôle central dans l’atténuation du changement climatique au niveau planétaire. Au titre du projet de gestion améliorée des paysages forestiers, 17 000 hectares de plantations agroforestières ont été créés et 20 000 autres hectares clôturés afin de favoriser la régénération naturelle. Par ailleurs, 110 000 personnes ont vu leurs revenus augmenter de 18 % et plus de six millions de tonnes équivalent CO2 d’émissions ont été évitées.

Notre action au Mozambique (a) illustrent bien la complexité d’une gestion forestière intégrée. Le pays ayant pris des mesures vigoureuses pour préserver et valoriser son patrimoine naturel renouvelable, nous avons monté des activités pour améliorer les moyens de subsistance de 60 000 personnes : l’agriculture de conservation est venue équilibrer exploitation des terres à but alimentaire et cultures commerciales ; les jeunes ont été incités à se mobiliser en ce sens grâce à des programmes d’éducation ; les droits fonciers ont été officialisés, facilitant l’accès à des financements et des investissements de long terme ; les communautés ont été formées pour réduire leur dépendance à la production de charbon de bois ; et les femmes ont gagné en indépendance grâce à la possibilité d’investir les fonds reçus des clubs de crédit et d’épargne.

À Madagascar (a), un engagement de 20 ans nous a permis de poser les jalons d’une gouvernance environnementale à travers un dispositif d’aires protégées, renforcé par des institutions solides et le transfert de la gestion des ressources aux communautés. Notre nouveau portefeuille d’activités dépasse les seules mesures de conservation pour promouvoir le tourisme, les chaînes de valeur et d’autres activités économiques prometteuses afin d’alléger la pression sur les forêts. Quand on sait que 2 300 espèces endémiques sont directement menacées par la déforestation, on comprend tout l’enjeu des mesures de préservation. Sans compter que les forêts constituent une protection naturelle contre les cyclones, les sécheresses et les inondations qui frappent la Grande Île en moyenne trois fois par an.

D’autres initiatives prometteuses qui essaiment sur le continent contribuent à préserver la santé des forêts et accroître la résilience des moyens de subsistance des populations. Mais face à l’accélération tendancielle de la déforestation, le défi est colossal. Selon une étude publiée par la revue Nature, les forêts tropicales africaines auront perdu 14 % de leurs capacités de séquestration du dioxyde de carbone en 2030 par rapport aux niveaux d’il y a dix ou quinze ans. Pour aider au mieux nos clients, nous devons privilégier une collaboration multisectorielle, développer les opportunités et faire monter en puissance les initiatives à l’efficacité avérée.

La collaboration entre secteurs amènera les différents acteurs concernés à s’accorder sur l’aménagement du territoire, permettra de mobiliser des fonds auprès du secteur privé et placera les communautés au cœur de la gestion des ressources naturelles. Les financements de la Banque mondiale relevant d’un programme pour les résultats (a), qui conditionne le décaissement des fonds à l’obtention de résultats, pourraient se révéler utile pour ces actions conjointes.

Les perspectives de constituer des chaînes de valeur associées à un secteur forestier durable, capables de créer des emplois et procurer des revenus sont réelles. Mais pour cela, il faut disposer d’un solide mécanisme de gouvernance pour veiller à l’intégration pleine et durable des investissements dans les décisions de développement.

La reproduction à grande échelle d’approches et de résultats prometteurs repose sur des instruments financiers innovants. Les contrats d’achat de réductions d’émission (CARE) conclus dans le cadre du Fonds de partenariat pour la réduction des émissions dues à la déforestation de la Banque mondiale ont permis de débloquer des financements à la performance pouvant aller jusqu’à 50 millions de dollars pour le Mozambique et 55 millions de dollars pour la RDC. De même, l’intérêt grandissant des investisseurs privés pour la capture du carbone va multiplier les possibilités d’accords innovants.

Véritables poumons du continent — et de notre planète — les forêts exceptionnelles de l’Afrique doivent être régénérées pour garantir notre avenir. Nous sommes déterminés à redoubler d’efforts au service d’une gestion durable de cette ressource.

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