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École primaire gratuite en République démocratique du Congo : des progrès malgré les défis

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Joyce Sosongo, a 10-year old school girl in Kinshasa Joyce Sosongo, a 10-year old school girl in Kinshasa

Le temps ne s’est pas arrêté depuis qu'en septembre 2019 la République démocratique du Congo (RDC) a instauré la gratuité de l'éducation primaire. Si la pandémie a profondément transformé le monde, la vie a continué pour les enfants, telle la vaillante petite Joyce Sosongo. Depuis notre rencontre en 2020 avec cette élève de sept ans au sourire irrésistible, les établissements scolaires sont restés fermés sept mois durant pour cause de COVID-19. Joyce est cependant retournée à l'école dès sa réouverture, et restée bien sage, nous a-t-elle dit. Elle s’est concentrée sur ses tables de multiplication, la lecture, l'écriture et les conjugaisons. Aujourd'hui, elle a dix ans et sa matière préférée, ce sont les mathématiques. En 2020, Joyce voulait devenir institutrice, pour que les enfants puissent aider leurs familles. Maintenant, elle veut être médecin, pour les soigner.

L'exemple de Joyce poursuivant sa scolarité montre qu'en RDC, l'éducation primaire gratuite fonctionne et qu'elle produit des résultats en dépit des difficultés. L'école gratuite aide aussi Esther, la mère de Joyce, à s'en sortir. Femme de ménage à Kinshasa, la capitale, elle élève seule ses quatre enfants.

La gratuité n'évite certes pas tous les frais induits par une scolarité. Et on ne peut nier une certaine cacophonie dans la couverture des réformes par les réseaux sociaux et par les médias en général, avec comme sujets de prédilection les grèves d'enseignants, leurs revendications salariales et leurs arriérés. Certaines failles ont été bien documentées : en 2020, une enquête diligentée par l'Inspection générale des finances, organisme anticorruption placé sous l'autorité directe de la présidence, a révélé des fraudes dans le secteur de l'éducation. Elle a conduit à des arrestations et à des poursuites de hauts responsables.

Rendre le système scolaire plus performant est l'un des axes essentiels du projet pour l'équité et le renforcement du système éducatif (PERSE), financé à hauteur de 800 millions de dollars par la Banque mondiale. Ce projet vise, par exemple, à mettre à jour le registre du personnel enseignant, à remédier à la pléthore de services administratifs du secteur de l'éducation dans les provinces concernées et à généraliser le recrutement au mérite pour les postes de professeur et de chef d'établissement. Ces réformes, toutes cruciales en ce qu’elles posent les bases d'un système efficace au profit des générations futures, ne sont pas encore achevées. En cause, notamment, des situations de force majeure, dues à l'insécurité ou à des éruptions volcaniques dans l'est du pays, et la difficulté à identifier une assistance technique de qualité permettant à l'État de mener à bien ces réformes. Il n’en reste pas moins que les choses avancent.

Qu'avons-nous accompli en deux ans et de quoi pouvons-nous particulièrement être fiers ? Tous les enseignants et autres membres du personnel éducatif ont eu à signer des codes de conduite révisés, traitant explicitement de l'exploitation, des abus et du harcèlement sexuels à l'intérieur et à l'extérieur des établissements. Dans les dix provinces couvertes par le projet, chaque école primaire dispose d'un point d'accueil féminin et d'un comité chargé d'appliquer un mécanisme de gestion des plaintes et d'enregistrer celles-ci. Il existe aussi au niveau national un centre d'appels où déposer des plaintes. Baptisée « Allô École », cette plateforme en a déjà recueilli plusieurs milliers... y compris à l'encontre de son propre personnel. À ce jour, les autorités ont procuré un soutien psychosocial, juridique et médical dans 31 cas d'exploitation, d'abus ou de harcèlement sexuels dans les établissements des provinces où est mis en œuvre le projet. Un cas est un cas de trop. 31 cas, c'est inacceptable. Et sans aucun doute, des situations semblables sont encore passées sous silence et restent donc impunies. La réussite de ce projet a été de fournir une plateforme fonctionnelle permettant que les plaintes pour abus ou autres soient entendues et traitées.

Enfin, le projet PERSE a rendu possible le versement de 197 millions de dollars en juin 2022, ce qui reflète un progrès dans cinq domaines évalués à l'aide de nos « indicateurs servant de base aux décaissements ». Ces résultats ont fait l'objet d'un contrôle par un organisme indépendant. De plus, un audit approfondi a porté sur les salaires des enseignants dans les dix provinces concernées par le projet. Si les décaissements ne sont pas un aboutissement en soi, ils témoignent des actions accomplies par les pouvoirs publics. Les provinces où s'est déroulé le projet ont par exemple vu à elles seules la signature de plus de 180 000 codes de conduite et l'inscription de plus de 36 000 instituteurs au registre du personnel. Ces résultats, ainsi que des exemples comme celui de Joyce et de sa famille, sont des signes tangibles de changements, et des capacités de la RDC à les réaliser.


Auteurs

Jean-Christophe Carret

World Bank Country Director for the Middle East Department

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