Gestion des eaux pluviales : les inondations à Kigali montrent la nécessité d'une planification et d'une rénovation urbaines intégrées

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Chaque année, le Rwanda connaît une « petite saison des pluies », d'octobre à début décembre, et une « grande saison des pluies », de mars à début mai. Entre les deux, le pays bénéficie d’une période de répit à un moment idéal pour les vacances. Or, ce ne fut pas le cas l'année dernière. Le 25 décembre 2019, des pluies torrentielles ont provoqué des inondations de grande ampleur à Kigali, causant la mort d'au moins quatre personnes et endommageant une centaine d’habitations et 23 hectares de cultures.

Les pluies intenses ont duré tout au long de cette période traditionnellement plus sèche. Les 2 et 3 février, 400 à 500 mm d'eau sont tombés sur Kigali, provoquant des inondations catastrophiques qui ont fait 13 morts, deux blessés et détruit 15 habitations. D’après les relevés de l'Agence météorologique du Rwanda, les précipitations ont été supérieures à la moyenne à long terme pendant la période traditionnellement plus sèche. Elles ont en effet presque doublé en décembre et progressé de plus de 50 % en janvier et février.

Les défis de la résilience urbaine à Kigali

Kigali,   la plus grande ville du Rwanda abrite environ la moitié de la population urbaine du pays. C’est une ville qui se verdit à vive allure : habitants et institutions travaillent main dans la main pour améliorer les infrastructures tout en développant et en entretenant les espaces publics. Cet engagement ainsi que   les fruits de la mobilisation de la population et des pouvoirs publics attirent naturellement les entreprises, ce qui pourrait favoriser l'innovation et les possibilités de développement économique et urbain. Or, l'expansion galopante de la capitale rwandaise a donné lieu à la multiplication d’implantations informelles, où les habitants vivent dans un état précaire, avec un accès limité à des infrastructures adaptées et à des services de base et des conditions de logement rudimentaires qui menacent à long terme leur qualité de vie.

La situation géographique et les caractéristiques topographiques de Kigali, conjuguées au manque d'infrastructures de drainage bien planifiées et de solutions permettant d’accroître l'infiltration et de ralentir le ruissellement, exposent la ville à de fréquentes inondations ainsi qu'à des glissements de terrain. Les inondations limitent la mobilité des piétons, perturbent la circulation et provoquent des accidents et des encombrements, dont le coût est élevé pour les habitants. Dans les cas extrêmes, elles peuvent détruire des infrastructures essentielles (énergie et transports, bâtiments commerciaux) et des biens domestiques, et causer la perte de vies humaines. Leurs conséquences sont néfastes pour les moyens de subsistance et l'économie nationale.

L’urbanisation rapide et l'augmentation de l'intensité des précipitations liée au changement climatique vont se poursuivre. Face à la multiplication des situations d'urgence provoquées par les inondations, quelles solutions s’offrent aux pouvoirs publics ? Comment améliorer la planification ? Comment la Banque mondiale peut-elle soutenir les autorités et la population dans ce processus ?

La rénovation des implantations sauvages est une priorité pour la municipalité de Kigali comme pour les autorités nationales. La Stratégie nationale de réhabilitation des établissements informels (2017) et la Stratégie de réhabilitation des établissements non planifiés et mal desservis de Kigali (2019) illustrent les solutions  d'urgence apportées par les pouvoirs publics et témoignent de leur engagement à relever les défis actuels et futurs de l’urbanisation. En outre, sous l'impulsion du ministère de l'Environnement, la résilience climatique des établissements humains et la gestion intégrée des ressources en eau figurent au rang des priorités fixées par la Stratégie nationale de transformation (2017-2024).

Grâce au financement apporté par la Banque mondiale et le Fonds pour l'environnement mondial, les autorités mettent actuellement au point la deuxième phase du projet de développement urbain au Rwanda (RUDP II) qui permettra de concrétiser ces stratégies. Cette opération vise à améliorer l'accès aux infrastructures de base et à renforcer la résilience de la ville de Kigali par une approche globale de la gestion des risques dans l'environnement naturel et l'environnement bâti. Elle prévoit de soutenir des processus de réhabilitation et de planification des quartiers intégrés et pilotés par les habitants, et d’apporter une assistance technique à l’élaboration d’un plan directeur de gestion des eaux pluviales ; des investissements dans des infrastructures de drainage ; et le développement de solutions fondées sur la nature,  en complément des infrastructures « grises », afin de réduire le ruissellement dans les quartiers et de redonner aux zones humides la capacité d’atténuer les inondations et d’améliorer la qualité de l'eau.

Le gouvernement  et la Banque mondiale cherchent à s'inspirer des idées nouvelles au niveau mondial et local pour comprendre les inondations urbaines à Kigali, et planifier en conséquence en s’appuyant sur des solutions hybrides qui minimisent les perturbations et les situations d’urgence dans la ville. En outre, la mise en œuvre, dans les quartiers, de solutions reposant sur la nature et la réhabilitation des zones humides devraient apporter des bienfaits sociaux et environnementaux supplémentaires aux habitants de Kigali, dans les domaines de la biodiversité, du piégeage du carbone et de l'aménagement des sols.

Cette collaboration entre la Banque mondiale et le gouvernement rwandais apportera la preuve que la planification et la mise en œuvre de projets urbains durables et intégrés, fondés sur des données probantes, sont à même de créer des villes durables et résilientes grâce à des stratégies axées sur les paysages et présentant un bon rapport coût-efficacité (voir figure ci-dessous).

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Représentation schématique de la gestion des risques d'inondation depuis le bassin versant supérieur vers les zones humides, et du haut vers le bas des collines de Kigali
Représentation schématique de la gestion des risques d'inondation depuis le bassin versant supérieur vers les zones humides, et du haut vers le bas des collines de Kigali

Parallèlement à l'engagement du Rwanda en faveur de la résilience urbaine, ces mesures innovantes, qui s’appuient sur la gestion intégrée des ressources en eau en milieu urbain et ont été adoptées dans le cadre de la mise en œuvre du projet RUDP II, offrent une rare occasion de transformer l'urbanisation sur le territoire national et au-delà.

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Auteurs

Pablo Benitez

Senior Economist, Environment & Natural Resources, Africa Region

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