Cap-Haïtien en mouvement: Utiliser les nouvelles technologies pour analyser les schémas de mobilité

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Une rue de Cap-Haïtien à l’heure de pointe. Photo : Andrew Wiseman/Flickr
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La ville du Cap-Haïtien (Okap en créole) est la deuxième plus grande ville d’Haïti. Avec une population estimée entre 300 000 et 500 000 habitants, la ville a connu une croissance très rapide depuis le séisme du 12 janvier 2010.

Le schéma actuel de développement urbain présente toutefois un certain nombre de défis.

Les quartiers qui connaissent la croissance la plus importante se situent à l’est et au sud du noyau urbain, dans des zones de faible altitude fortement exposées au risque d’inondation. Malgré l’expansion rapide de la ville, on constate en outre un manque chronique d’investissements dans les infrastructures et les services publics tels que le drainage ou la collecte des déchets. L'utilisation de la voirie pose également problème : piétons, véhicules, vendeurs de rue… tous doivent cohabiter et tenter de trouver leur place dans les rues encombrées de la ville.

Dans ces circonstances, la circulation et l’insécurité routière sont devenues des préoccupations majeures. A titre d’exemple, les jours de marché, il faut près d’une heure pour conduire de l’aéroport jusqu’au centre-ville… un trajet de seulement 5km !

Pour réduire durablement la pauvreté au Cap-Haitien, il est indispensable de s’attaquer à ces défis. En effet, si elles sont bien gérées, les villes peuvent être des moteurs de productivité et de croissance économique - mais cela n’est possible qu'avec un système de transport urbain fonctionnel qui connecte efficacement la population aux emplois, aux services et aux opportunités.

La première étape pour améliorer les conditions de transport consiste à recueillir des informations précises. Où vont les habitants et dans quel but ? Quels modes de transport utilisent-ils ? Quels sont les axes les plus embouteillés et à quels moments de la journée ? Quels sont les principaux circuits et points d’arrêts de Tap-Tap, le système de transport informel prédominant en Haïti ? Ces données sont essentielles à une planification adéquate des infrastructures et à l’amélioration des politiques en matière de mobilité urbaine. Cependant, dans un environnement fragile aux ressources limitées, les données sont souvent rares ou inexistantes.

Pour y remédier, l'équipe de la Banque mondiale en charge des transports s’est associé à la municipalité de Cap-Haïtien et au Ministère des Travaux publics et des Transports et (MTPC) pour lancer une étude sur la mobilité urbaine au Cap-Haïtien. Pour mener à bien ces travaux, notre équipe a décidé de faire appel aux technologies numériques et « de rupture » (disruptive technology) pour collecter des données jusque-là inexistantes en Haïti :

  1. Modéliser les déplacements des individus : pourquoi, où et comment les habitants de la ville se déplacent-ils ? S'inspirant d'un autre projet de la Banque mondiale en Tanzanie et s'appuyant sur les analyses produites par les équipes de la Banque mondiale travaillant sur la pauvreté et les enjeux urbains, le projet comprendra notamment une enquête Origine-Destination, qui implique d’analyser sur une période d’un mois les déplacements de 1 200 hommes et femmes dans la conurbation du Cap-Haitien. Pour ce faire, la Banque mondiale collabore avec Mobile-Market-Monitor à l’adaptation de son application mobile au contexte haïtien et pour mettre en place une stratégie répondant aux défis des environnements à faible capacité. Grâce aux données qui seront fournies par les participants via l’application, il sera possible de déterminer les modes de transport choisis par les habitants, le but de leurs déplacements ainsi que leurs destinations. Le succès de cet exercice dépendra de la mise en place d’un contrôle qualité qui sera réalisé par des enquêteurs basés localement.

  2. Modéliser les déplacements motorisés : le trafic et les flux de circulation. L’équipe utilisera l’imagerie satellite pour analyser les caractéristiques et les causes des embouteillages dans la ville. Des vidéos enregistrées par des drones permettront aussi de comprendre les problèmes de circulation aux principales intersections. Cet exercice, rendu possible grâce à des algorithmes d’apprentissage automatique, nous permettra notamment de mesurer les volumes de piétons, de taxis-motos, de camions et de voitures dans les rues très encombrées, aux heures de pointe comme aux heures creuses.

  3. La ville et son étendue géographique. Pour compléter ce travail, le projet utilisera Open-Street-Map pour effectuer une caractérisation spatiale de la ville. Le territoire haïtien a été cartographié de façon très détaillée suite au séisme de 2010. Régulièrement mises à jour, ces cartes recèlent de nombreuses informations relatives à l’emplacement des équipements urbains, et seront un outil précieux pour faciliter les travaux d’analyse en cours.

  4. Les modes de transport. Avec l’appui de l’initiative Data Collaboratives et encouragée par un projet novateur à Freetown, l’équipe collabore avec WIMT pour développer un plan complet du réseau de Tap-Tap au Cap-Haitien en format GTFS, et recueille également des informations sur les tarifs et la fréquence des véhicules. Il s’agit là de la première initiative du genre, menée par le biais d’une application mobile avec la participation d’un groupe d'étudiants motivés et d’acteurs du secteur touristique de la ville.


Ces données nous aideront à comprendre comment les habitants se déplacent et à quelles fins, quels services sont proposés aux usagers et à quel prix, avec pour objectif de permettre aux décideurs locaux et aux partenaires de développement d’adapter les investissements et les politiques de transport en connaissance de cause. Ce blog est le tout premier d’une série qui vous présentera les résultats de ces initiatives ainsi que les leçons tirées de notre expérience...

N’hésitez pas à nous suivre pour en savoir davantage sur l’évolution du projet !


L’étude sur la mobilité urbaine de Cap-Haïtien est financée en partie par le Fonds d’investissement pour la qualité de l’infrastructure (Quality of Infrastructure Investment Fund).

Prenez part au débat

SERGE SICARD
17 septembre 2019

jai lu avec passion le projet pour le Cap, et tant d'autres projets de diverses OI
la situation du Cap est la meme un peu partout dans toutes les villes du pays.
Haiti est un pays special et ne peut être vu ni dirige comme d'autres pays du monde
Haiti , la Perle des Antilles,a donne l'indépendance a beaucoup de pays dans le monde
qui a enrichi beaucoup de pays dans le passe,
qui a déraciné la traite des noirs,
abolit l'esclavage
établit les droits de la race noire dans le monde
est devenu le pays le plus pauvre
qu'avez vous petit Pays, petite perle,
maintenant vous voulez parlez d'étude de projets de circulation dans la ville du Cap
la solution est tres simple et ceci valable pour toutes les autres villes du pays
prenez en consideration la politique des pays développés visavis d'Haïti
politique de pays instable et insecure
politique de poubelles et vente des excès de vos produits en concurrence avec les produits locaux
plus d'investissements dans le pays
au lieu de financer certains projets bidons pourquoi ne pas aider dans l'agriculture,
implanter des factories, des usines de transformation, dans l'éducation modernes des jeunes
créez des jobs ou les gens du village ou des villes peuvent aller travailler au lieu de rester sur les trottoirs et dans les rues

a ce moment et seulement ce moment le pays pourra déraper vers le développement
et on assistera a une décentralisation de toute les rues des villes

Joel Ducasse
17 septembre 2019

Cette enquête considère les circuits existants qui sont et resteront embouteillés tant que l'entrée Sud de la ville rete coincée entre le bidonville de la Fossette à l'est et une montagne à l'ouest pour déboucher sur la gare routière de barrière Bouteille à l'entrée Sud de la ville.

Nous avions proposé la déviation à l'entrée de la ville passant au Sud de l'aéroport (ce qui a été fait), et de sortir la gare routière de barrière Bouteille pour la placer à cette intersection. La ville retrouverait avec cela son identité.

Makenson LAINE
17 septembre 2019

C'est plus qu'un constat, Cap-Haitien est saturé. Les coins et les recoins de la ville ne pouvaient pas recevoir l'exode des gens du Nord est, du Nord ouest, de l'Artibonite, en plus des 19 communes du département pour ne citer que les plus importants.
Le Cap est un véritable cacho. C'est comme un PC computer à une, deux ou trois portes d'entrées, qui ne pouvaient pas utiliser réellement en même temps... Il n'a pas de choix possible à circuler au Cap-Haitien, même les pietons n'ont pas de choix. Regarder ce qui se passe sur le pont, à barriére, rue 0, Ste Philomène. Enfin, on tourne en rond pour se retrouver là où vous éviter, l'intérieur de la bouteille.
On ne pas attendre un catastrophe pour sauver ses suicidaires. Le projet s'avère très important. La modélisation du transport de la ville du Cap-Haitien, Mais, qu'allez-vous faire pour freiner l'exode vers la ville du Cap, et la prolifération du transport à motocyclette qui est aujourd'hui une source de revenue importante pour surmonter le chômage et l'oisiveté d'un nombre important de jeune non scolarisé, sans profession manuel ou technique, sinon que la conduite de motocyclette. Nous ne parlons pas des déchets, leurs marchands et leurs acheteurs, le commerce à proximité et/ou dans les rues; je crois qu'ils faut approfondir la question. Mais, le projet serait à tout bout de champ un pas important vers le développement.

Guerdie Joseph
17 septembre 2019

Bonjour à vous,
Je viens de lire l'article et ça donne de l'espoir et j'ai hâte de voir les resultats de cette étude qui va être menée avec la technologie. Le plus gra nd problème avec le transport, c'est l'utilisation des motos-taxi qui se fait partout dans le pays et c'est la caus ede beaucoup d'accident graves. On attend déjà ce que cela va donner pour voir si on peut utiliser cette methode dans les autres villes du pays là ou il y a les même sproblèmes. Je vous remercie déjà.

Guerdie Joseph1

Djibril LY
17 septembre 2019

Bonjour chères Nathalie et Malaika.
Merci d'avoir partagé avec nous votre projet d'étude sur la mobilité urbaine en Cap-Haïtien. La méthodologie et les différentes méthodes que vous utilisez me paraissent assez intéressantes et novatrices.
Très certainement la planification spatiale "à vue d’œil" ne mènera qu'à des échecs structurels surtout quand il s'agit de s'attaquer à un problème aussi important que le transport en ville. J'ai hâte de pouvoir apprécier les premiers résultats de votre étude et j'espère qu'ils serviront d'expérience pour d'autres villes confrontées aux défis de la mobilité urbaine.
Bonne suite de travaux!

Louvensky PERMENTIER
17 septembre 2019

Je suis Louvensky, doctorant en aménagement du territoire et développement régional à l’université Laval. Je suis intéressé par ce projet car je travaille moi aussi sur l’organisation du transport collectif en Haïti notamment le département du Sud dans le cadre de ma thèse.
Si vous pouvez partager avec moi de vos progrès sur le terrain ce serait très utile. Je me suis lancé dans cette recherche mais il y’a un grand déficit de données. Je n’ai aucun financement mais je me suis dit il faut contribuer dans ce domaine pour mon pays.