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Ce que le prix des légumes peut nous apprendre sur l'amélioration des habitudes alimentaires au Samoa

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Samoa is blessed with nutritious local vegetables, but reducing import costs could make imported favorites more affordable and widely available as well. © Samoa Agriculture and Fisheries Productivity and Marketing Project - SAFPROM Samoa is blessed with nutritious local vegetables, but reducing import costs could make imported favorites more affordable and widely available as well. © Samoa Agriculture and Fisheries Productivity and Marketing Project - SAFPROM

Changer ses habitudes, ce n’est pas toujours facile, mais ça le devient quand on est motivé par la santé de sa famille. Avec le concours de la Banque mondiale, les autorités samoanes s’appuient sur la fiscalité pour promouvoir un mode de vie plus sain auprès de la population. 

En témoignent les droits d’accises qui touchent désormais les cigarettes, les boissons sucrées, les en-cas à forte teneur en sel et certaines viandes grasses. Les pouvoirs publics ont également envisagé de réduire les droits d’entrée pour un certain nombre de produits bons pour la santé (légumes, viande fraîche de poulet et eau en bouteille, par exemple) afin de les rendre moins chers et plus accessibles.

Dans le cadre d’une récente collaboration avec plusieurs ministères samoans, l’organisation non gouvernementale locale Lutia i Puava Ae Mapu i Fagalele et le centre de recherche OLaGA sur l’obésité, le mode de vie et les adaptations génétiques (a), nous avons mené une enquête auprès des ménages (a) destinée à collecter des données de référence sur les comportements et les mentalités en matière d’alimentation, de boissons et de tabagisme. Cette initiative nous a permis d'acquérir de nombreux enseignements sur les habitudes de consommation des familles samoanes. Elle est venue confirmer des éléments déjà connus, tout en réservant quelques surprises. 

Manger sain pour moins cher

Signalons avant toute chose que, globalement, les participants à l'enquête estiment avoir compris l’importance d’une bonne alimentation. Les Samoans souhaitent préparer des repas sains pour leur famille et la quasi-totalité des répondants ont déclaré que, dans leur entourage, certains s'efforçaient activement de manger plus équilibré. Notons que la plupart des personnes interrogées ont précisé que bien manger demandait plus d’efforts, ce qui laisse entendre qu’elles essaieraient de mieux manger si les bienfaits étaient manifestes.

D’après l’enquête, la viande de poulet congelée est de loin la plus régulièrement consommée : plus de 90 % des personnes interrogées en mangent au moins une fois par semaine. Le poisson est également prisé chaque semaine (54 %), devant le poulet frais (16 %), le porc (12 %) et le bœuf (7 %). 

Ces résultats sur les habitudes de consommation de la population amènent à préconiser une baisse des droits d’entrée en vigueur sur les légumes importés. Certes, le Samoa a la chance de posséder une production locale nutritive comme le taro et le fruit à pain, mais la réduction des coûts d’importation permettrait à ses habitants de trouver plus facilement et à un prix abordable les légumes importés qu’ils apprécient, comme l’ail (consommé chaque semaine par 32 % des répondants), les carottes (19,6 %), les choux (19,5 %) et les brocolis (1 %).

Nous avons également voulu comprendre ce qui freinait l'adoption d'une meilleure alimentation : pour 80 % des répondants, c’est l’incapacité au sein de leur famille de préparer un bon repas avec des légumes importés, les autres raisons principales invoquées étant la méconnaissance des aliments sains (18 %), l’indisponibilité de ces produits là où ils vivent (23 %) et leur goût déplaisant (37 %). Le principal obstacle à une alimentation saine est de loin le coût : 80 % estiment que manger équilibré est plus onéreux. Ces chiffres indiquent nettement la marge de progression dont disposent les autorités samoanes et leurs partenaires pour aider les consommateurs à mieux comprendre comment une alimentation plus saine peut être un choix plus économique.

Des boissons traditionnelles nocives pour la santé 

L’enquête a confirmé que le Koko Samoa, boisson chocolatée traditionnelle, est le breuvage le plus consommé dans le pays : 78 % des répondants déclarent en consommer au moins une fois par semaine. Le thé/café agrémenté de crème et sucré (57 %), le thé/café noir (37 %) et l’eau en bouteille (21 %) sont également des boissons courantes. 

Parmi les choix les moins sains, figurent les boissons fruitées sucrées (22 %), le milo (13 %) et les sodas (12 %). Sans surprise, la consommation globale de ces boissons est la plus élevée dans le centre urbain d’Apia et plus répandue dans la tranche d’âge des 18-29 ans. Dans l’ensemble, les moins de 65 ans ont tendance à beaucoup sucrer leurs boissons chaudes, alors que les plus de 65 ans sont plus susceptibles de boire leur thé ou leur café sans sucre. 

Décourager les fumeurs

Parmi tous les participants à l’enquête, 36 % des hommes et 10 % des femmes déclarent fumer, sachant que la consommation de tabac est plus fréquente chez les 30-64 ans. 

Un fumeur interrogé sur quatre dit avoir réduit sa consommation au cours de l’année écoulée.  Les 18-29 ans invoquent le plus souvent des raisons de santé pour expliquer ce choix — une évolution qu’il faut imputer au moins en partie aux remarquables campagnes de sensibilisation menées récemment par les autorités. Chez les 30-64 ans, c’est le renchérissement du tabac qui est le plus fréquemment mentionné ; parmi les plus de 65 ans, la hausse des prix et les préoccupations liées à la santé sont citées en proportion égale. 

À l’aide d’un outil de simulation des hausses de prix des cigarettes, nous avons constaté que le relèvement progressif du coût des cigarettes industrielles pourrait faire baisser la consommation : une augmentation de 7 % du prix actuel conduirait un tiers des fumeurs à arrêter de fumer (en doublant le prix, la plupart des répondants ont déclaré qu’elles arrêteraient). Cette élasticité constitue un solide argument en faveur d’une surtaxe des cigarettes pour en réduire leur consommation.

Des choix plus sains

La fiscalité n’est qu’un des nombreux leviers qu’actionnent les autorités samoanes pour lutter contre les maladies non transmissibles.  Le gouvernement prévoit de prendre cette enquête comme base de référence pour évaluer l’efficacité des futures politiques de santé, en complément d’une série d’initiatives destinées à promouvoir des habitudes plus saines et à améliorer les résultats en matière de santé pour l’ensemble de la population. 

Ce travail a été financé par le fonds fiduciaire japonais Scaling Up Nutrition (a) et le fonds fiduciaire multidonateurs Advance UHC (a), un dispositif financé par la Banque mondiale et ayant pour objectif de promouvoir une couverture sanitaire universelle plus équitable dans la région Asie de l’Est et Pacifique. Parmi les bailleurs de fonds figurent le gouvernement australien (a), l’alliance GAVI (a), le Fonds mondial et la Fondation Bill et Melinda Gates (a).


Auteurs

Nicola Hawley

Associate Professor of Epidemiology and Anthropology at the Yale School of Public Health

Jutta Krahn

Senior Nutrition Specialist, World Bank

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