Ensemble, élargissons le champ de négociation pour trouver un accord politique sur l’action climatique

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La Banque mondiale et le Sommet sur le climat 2014

À la veille du coup d’envoi de la Semaine pour le climat et à deux jours de l’ouverture du Sommet sur le climat, la « marche du peuple » qui se déroule aujourd’hui à New York traduit la montée des attentes qui se sont exprimées ces dernières semaines à la suite de l’appel à l’action climatique lancé par le secrétaire général des Nations unies.

Comment s’engager dans les diverses initiatives climatiques qui convergent aujourd’hui depuis tous les secteurs de l’économie ? Les clients du Groupe de la Banque mondiale, du côté des États comme de celui du monde de l’entreprise, sollicitent notre aide sur cette question et nous sommes là pour y répondre. 

En discutant avec d’autres parents dans la cour de l’école de ma fille, la semaine dernière, nous avons réalisé que nous y étions nombreux à participer à la marche. Notre paroisse a affrété des cars et mis des chambres à disposition à l’intention de ceux qui se rendent à New York pour ajouter leur voix à l’appel à l’action. Et New York n’est qu’une ville parmi d’autres : les organisateurs de la marche évoquent plus de 150 événements mis en place à travers le monde.

Avant de partir battre le pavé, je voudrais exposer en quelques mots les raisons pour lesquelles je crois que ce sommet peut contribuer à impulser une dynamique et donner à notre action la célérité et l’ampleur qui sont aujourd’hui nécessaires. 

1. Ce sommet peut étendre la zone d’accord possible

Pour reprendre la théorie de la négociation raisonnée, ce sommet peut permettre d’étendre la « zone d’accord possible » en élargissant l’espace négociable.

Il sera en effet la vitrine d’un formidable arsenal d’actions concrètes nées de partenariats qui sont autant de coalitions de ceux qui agissent et qui contribuent précisément à créer cet espace, avec pour commencer les initiatives de tarification du carbone. C’est une véritable lame de fond qui secoue actuellement le monde entier : de plus en plus de voix se prononcent en faveur d’une tarification du carbone, dans le sillage des pays, des régions, des villes, des provinces et des entreprises qui montrent comment on peut donner un prix au carbone, comment on peut dynamiser ainsi l’innovation et la création d’emplois, et comment on façonne l’avenir de cette façon. 

Le fait qu’autant de dirigeants soient déterminés à agir sur les moteurs économiques du changement climatique laisse entrevoir la possibilité d’un accord concluant lors des prochaines négociations internationales qui se tiendront à Paris en 2015. C’en est fini des vœux pieux (« si on pouvait fixer un prix pour le carbone, tout serait diffèrent, ça serait tellement mieux… »). De nombreux mécanismes de tarification du carbone sont déjà en vigueur, qui couvrent une part considérable de la population mondiale, tandis que de plus en plus de territoires se sont engagés à en faire autant. En outre, de l’entreprise qui produit notre petit déjeuner à celle qui fabrique notre téléphone portable, de la compagnie qui nous transporte dans le monde entier à celle qui fournit des services bancaires ou gère nos pensions, un nombre important de sociétés incorporent le prix du carbone dans leurs décisions (a). L’important n’est pas tant de savoir « si » et « quand » on se lancera. Ce qui importe c’est d’améliorer le « comment faire » et d’apprendre les uns des autres. 

2. Ce sommet établit une fois pour toutes que le climat est l’affaire de tous

Pour la première fois depuis le cycle de négociations de 2009 à Copenhague, le changement climatique est finalement de retour dans les dossiers des chefs d’État et de gouvernement. Le Groupe de la Banque mondiale s’emploie à accompagner les ministres de l’économie et de la planification aux prises avec la complexité que le changement climatique ajoute à leur tâche. 

Autre fait nouveau depuis Copenhague : la mobilisation de dirigeants issus de tout le spectre des secteurs d’activités et leur prise de conscience que l’action climatique occupe une place centrale dans la planification et la rentabilité à long terme des entreprises, quel que soit l’activité concernée. Et, ce qui a radicalement changé ici, c’est que du côté du secteur public comme de celui du secteur privé, on a désormais compris que les choses doivent se faire ensemble. Nous avons besoin de chefs de file sur les deux fronts et nous devons agir ensemble. 

J’irais même plus loin. Alors que la marche d’aujourd’hui voit défiler côte à côte groupes confessionnels, société civile, représentants d’entreprises, d’associations féminines et de gouvernements, son message est sans ambiguïté : « mon avenir dépend du changement climatique et ça me concerne  ».

3. Nous avons besoin de leadership

À l’approche du sommet, nous avons vu se multiplier les rapports économiques, relayés par nombre de commentateurs prêchant les vertus et la nécessité de l’action climatique : il est possible de changer notre trajectoire et d’atténuer le réchauffement à un coût abordable, mais plus nous attendrons et plus le coût de la lutte contre les effets du changement climatique sera élevé. 

Après le consensus scientifique de ces dernières années, on assiste donc à présent à l’émergence d’un consensus économique. Ce qui fait défaut aujourd’hui, c’est l’existence d’un leadership politique généralisé. Le secrétaire général des Nations unies a convié tous les dirigeants du monde à son sommet, et ils ont répondu présent : plus de 125 chefs d’État ou suppléants sont attendus à New York.

Le leadership est un ingrédient essentiel . Nos dirigeants ont sous les yeux les analyses scientifiques et économiques. Ils seront aux manettes au cours des 15 prochains mois et la qualité de leur leadership sera essentielle.
 
4. Le changement climatique est le facteur d’amplification suprême de la menace

Le changement climatique rend plus difficile chaque aspect du développement. À partir de maintenant et jusqu’en 2015, nos efforts pour tenter de parvenir à un accord sur le climat au-delà de 2020 se doubleront d’autres négociations : celles devant aboutir à la prochaine génération d’objectifs de développement. Le sommet rappelle à chacun d’entre nous le contexte dans lequel va s’inscrire la réalisation de ces objectifs : un monde soumis à la contrainte carbone et profondément déstabilisé par les effets du réchauffement, un monde où les pauvres sont encore plus vulnérables et où le changement climatique menace de replonger dans la pauvreté ceux qui s’en sont échappés.

Ce contexte modifie radicalement la manière dont nous parviendrons à atteindre les nouveaux « objectifs de développement durable ». Il fait de l’atténuation du changement climatique et du renforcement de la résilience deux priorités politiques et économiques capitales et, pour tout dire, le socle moral des futurs objectifs.

5. Un mouvement prend de l’ampleur parce qu’il concerne notre vie

La marche d’aujourd’hui, les activités de la Semaine du climat et le sommet des Nations unies sont autant de signaux qui montrent aux gens que cet enjeu nous concerne tous et que chacun peut se rendre utile. 

Ce dernier point est essentiel pour la suite du mouvement. Certes le changement climatique est une affaire mondiale et qui nous semble nous dépasser mais au fond c’est nous qu’elle concerne, vous et moi. Nos dirigeants ont la responsabilité de la décision mais c’est à nous qu’incombe la responsabilité du choix de nos dirigeants. Gouvernants, dirigeants d’entreprises, investisseurs, responsables religieux, nous avons besoin de tous ceux qui veulent bâtir un avenir vivable. Le monde a besoin de chacun d’entre nous.

Auteurs

Rachel Kyte

Directrice générale du programme SE4All

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