La blockchain transforme déjà le commerce et la logistique (et ce n’est qu’un début !)

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Le stockage et la gestion des données connaissent des bouleversements rapides à la faveur de la technologie de la chaîne de blocs. La blockchain ne repose pas sur une base de données centralisée, mais sur un réseau de blocs de données qui sont protégés et reliés entre eux à l’aide de procédés cryptographiques. L’essor de cette technologie ouvre des perspectives de transformation radicale dans de nombreux secteurs, et en particulier dans le domaine de la logistique des échanges internationaux et des chaînes d’approvisionnement mondiales. Les blockchains peuvent en effet permettre d’assurer un suivi plus efficace des expéditions, de réduire les tâches administratives en automatisant les formalités et de protéger les transactions dans l'ensemble de la chaîne logistique. 

Le centre de la Banque mondiale dédié aux infrastructures et au développement urbain a récemment organisé à Singapour une table ronde consacrée aux applications de la blockchain dans le domaine du commerce et de la logistique. Nous retenons trois enseignements importants de cette discussion : 

  1. La blockchain pourrait accroître l'efficacité des échanges commerciaux et des opérations de logistique en améliorant la transparence et la sécurité.
    • L'expédition de marchandises du fabricant au consommateur passe actuellement par un grand nombre d’intervenants différents : exportateurs, exploitants de terminaux, autorités portuaires, transitaires, douane, etc. Or, la plupart des opérations entre ces acteurs nécessite encore la remise de documents en mains propres. Parfois, une marchandise est déjà arrivée à bon port, quand les documents qui s’y réfèrent ne sont pas encore là. Les utilisateurs finaux n’ont souvent aucun moyen de savoir avec certitude où se trouve leur marchandise et quand elle leur parviendra. Soit autant d'inefficacités qui sont à l’origine de coûts supplémentaires. La blockchain peut y remédier car elle permet de : 
    • minimiser ou éliminer la nécessité de reproduire les mêmes informations dans divers documents ; 
    • enregistrer la signature électronique de chaque partie et donc renforcer la sécurité ; 
    • repérer et corriger des erreurs à chaque étape du processus ; 
    • garantir l'accès à l’information de tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement sur une plateforme commune. 
    • La blockchain réduit la situation de monopole dont bénéficient certains intermédiaires sur l'accès à des informations pourtant cruciales. De cette manière, chaque maillon d’une chaîne d’approvisionnement mondiale peut accéder à des informations en temps réel sur la localisation d’une marchandise, mais aussi repérer les erreurs qui ont pu se glisser dans les documents ou s’assurer de l'identité de ses partenaires. L’ensemble de ces améliorations pourrait considérablement faciliter l'entrée en jeu des petites et moyennes entreprises. 
    • Dans une chaîne de blocs, aucun participant ne peut modifier l’algorithme intégré au système sans l’accord préalable des autres acteurs participants. Cette exigence renforce la confiance des participants et garantit des règles du jeu équitables même pour les acteurs les plus modestes. 
  1. Voici quelques exemples d’applications de la blockchain dans ledomainedu commerce et de la logistique : 
    • Sécurité alimentaire : dans ce secteur, la technologie des chaînes de blocs a la capacité d’améliorer considérablement la traçabilité des denrées sur toute la chaîne de production et la chaîne logistique, avec, à la clé, une réponse des autorités bien plus rapide et efficace en cas de contamination alimentaire de grande ampleur. C’est précisément cette piste qui est à l’origine de l’alliance (a) créée en 2017 par Walmart et IBM autour des enjeux de la sécurité sanitaire des aliments. 
    • Paiements transfrontaliers (a) : la blockchain facilite les transferts d’argent internationaux et entre établissements, tout en réduisant les coûts liés aux intermédiaires, notamment en ce qui concerne les vérifications de conformité (a). Le réseau d’information interbancaire lancé par JP Morgan (Interbank Information Network), par exemple, est un registre distribué qui permet aux banques participantes de résoudre rapidement les problèmes associés aux processus de paiements internationaux — vérifications liées aux contraintes réglementaires, adresses erronées, données manquantes, etc. — et de faciliter la transmission de messages sécurisés de pair à pair. 
    • Financements internationaux : les blockchains peuvent faciliter le transfert de données et de documents numériques entre autorises financières de différents pays. Ce type de coopération est déjà à l’œuvre entre Singapour et Hong Kong (a), où les autorités monétaires concernées ont mis en place un système commun de blockchain pour pouvoir partager leurs informations dans le but de stimuler les échanges et les activités de financement du commerce entre leurs deux territoires. 
  1. Le potentiel de la blockchain dans le secteur du commerce international ne pourra se concrétiser que si une masse critique d’acteurs adopte cette technologie.
    • De même, il incombe aux pouvoirs publics d’actualiser la législation et la réglementation en vue de garantir la sécurité des blockchains et d’instaurer la confiance dans ces systèmes. Les autorités de Singapour ont déjà commencé à revoir leur loi sur les transactions électroniques afin de recourir à cette technologie pour faciliter le traitement des documents de logistique. 

On le voit, la blockchain recèle un immense potentiel pour le secteur du commerce et de la logistique. Mais son adoption massive n’est pas garantie : il faudra, pour cela, améliorer la cybersécurité, assurer la protection de la vie privée et accroître l’interopérabilité des systèmes afin de permettre leur montée en charge.   

La table ronde consacrée aux applications de la blockchain dans le domaine du commerce et de la logistique était organisée par le centre de la Banque mondiale dédié aux infrastructures et au développement urbain, situé à Singapour. Animée par Almud Weitz (responsable de la Région Asie de l’Est et Pacifique au sein du pôle mondial d’expertise en Transports de la Banque mondiale), la discussion a bénéficié de l'éclairage de Serene Ho (directrice de la Plateforme commerciale numérique des autorités douanières de Singapour) et de Vishal Batra (architecte en solutions blockchain au Laboratoire de recherche d’IBM à Singapour) sur les secteurs public et privé. Yin YinLam (spécialiste senior des transports au pôle mondial d’expertise en Transports de la Banque mondiale) et Marcus Bartley (spécialiste senior du secteur privé au pôle mondial d'expertise en Macroéconomie, commerce et investissement de la Banque mondiale) ont assuré la discussion, à laquelle ont également contribué à distance des participants de l’ensemble de la région.

Auteurs

Almud Weitz

Practice Manager, Transport, Southeast Asia and the Pacific

Yin Lam

Senior Transport Specialist

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