Publié sur Opinions

La jeune Afghane qui rappe contre les mariages forcés


C’est une mariée comme les autres, avec une robe blanche, le visage recouvert d’un voile et un bouquet entre les mains. Mais quand elle soulève son voile, il y a un code-barres inscrit sur son front. Son œil gauche est tuméfié et une cicatrice incandescente barre sa joue comme une blessure de guerre.

C’est un clip vidéo, et celle qui interprète Brides for Sale (« Mariées à vendre »), c’est Sonita Alizadeh. La jeune rappeuse afghane y dénonce les mariages forcés que les parents imposent à leurs filles dès le plus jeune âge.

Elle est bien placée pour en parler : elle avait 10 ans quand sa mère a voulu la vendre en mariage pour la première fois (a). L’argent devait servir à payer le mariage de son frère. Il y aura une deuxième tentative, six ans plus tard, mais Sonita Alizadeh se battra bec et ongles pour échapper à un mariage forcé

Contrairement à beaucoup de jeunes filles dans son pays, elle a osé défier sa mère et une tradition qui perdure depuis des générations.

« Beaucoup de filles sont sans aspiration ni espoir », a témoigné Sonita lors d’un forum sur les fragilités, les conflits et les violences (a) organisé récemment par la Banque mondiale.

Alors que la guerre sévit en Afghanistan, l’adolescente se réfugie avec sa famille en Iran. De nouveaux horizons s’ouvrent devant elle, tandis que ses parents évoluent.

« Mes parents ont compris que j’avais le pouvoir d’agir et ils ont cessé de penser que je devais me marier », a confié Sonita. « À présent, ils me soutiennent et m’encouragent dans mes choix. »

Selon elle, on ne parviendra à mettre fin aux mariages forcés qu’en gagnant la conviction des familles. « Les parents pensent qu’ils doivent marier leurs filles parce que c’est ce que veut la tradition. Il faut qu’ils se familiarisent avec des idées nouvelles et qu’ils puissent imaginer d’autres perspectives pour leurs filles. »

Et d’insister notamment sur la nécessité de communiquer auprès des chefs religieux et communautaires pour qu’ils contribuent à faire évoluer les traditions. Mais il est également indispensable, a-t-elle souligné, d’apporter aux filles le soutien dont elles ont besoin pour « comprendre qu’il existe d’autres voies et avoir confiance en elles ». Enfin, les États et les organisations doivent financer des programmes de lutte contre le mariage des enfants.

« Je suis convaincue qu’on peut y arriver. Vous savez pourquoi ? », demande Sonita d’un sourire timide.
« Parce que moi aussi je viens de là et qu’aujourd’hui je suis devant vous ! »

La jeune refugiée afghane vit aujourd’hui aux États-Unis, dans l’Utah. Elle a obtenu une bourse pour étudier la musique, et entend bien poursuivre ses études et se forger un avenir.

« Pour moi, la musique est un vecteur de changement social très efficace », explique-t-elle. « Je veux continuer à faire de la musique, mais pas seulement. Je veux devenir avocate afin de défendre les droits des femmes. Là où je suis née, on ne se soucie pas des droits des femmes, et je sais combien c’est néfaste pour les femmes et pour la société. »

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