Les programmes d’inclusion économique : une solution pour échapper à la pauvreté ?

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Photo: Andy Trambly/World Bank
Portrait d'une égyptienne souriant à la caméra dans un marché d'Assouan - Photo : Andy Trambly/Banque mondiale

Un nombre croissant de données factuelles démontre que les interventions coordonnées en faveur de l'inclusion économique peuvent être un moyen précieux de sortir de l'extrême pauvreté.  Dans une publication récente — Rapport sur l’inclusion économique 2021 : le potentiel de l’échelle (a) (ou Rapport SEI 2021) — nous avons évalué l’impact des programmes d'inclusion économique dans différents contextes et confirmé que ces initiatives peuvent jouer un rôle clé en aidant les personnes qui vivent dans extrême pauvreté à s’en extraire et prendre un nouveau départ.

Alors que la plupart des données existantes provenaient de programmes mis en œuvre par des organisations non gouvernementales, notamment ceux qui appliquaient le modèle classique de l'insertion (a), les gouvernements ont été en pointe de la montée en puissance des programmes d'inclusion économique dans le monde entier ces dernières années. Cette évolution a relancé le débat sur les effets de tels programmes déployés à grande échelle, en raison des préoccupations relatives à leur complexité, aux capacités nécessaires et à leur rentabilité.

L'impact des programmes d'inclusion économique

La synthèse proposée dans le Rapport SEI 2021 porte sur 43 programmes gouvernementaux et 37 autres mis en œuvre par des ONG (Figure 1). Les données sont représentatives de la répartition régionale des programmes, la majorité concernant l'Afrique subsaharienne (38 %), suivie de l'Asie du Sud (20 %).

Figure 1. Répartition des programmes d’inclusion économique étudiés

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Figure 1. Répartition des programmes d’inclusion économique étudiés

Source : Rapport SEI 2021.

À court terme, les programmes d'inclusion économique aident les bénéficiaires à investir dans des actifs productifs, à épargner, à mieux gagner leur vie et à consommer davantage que ce qu'ils auraient pu faire sans eux (Figure 2). La plupart des programmes améliorent les revenus des ménages et leur résilience aux chocs en diversifiant les moyens de subsistance et les sources de revenus, en facilitant l'épargne et l'accès à des crédits abordables , et en renforçant les actifs et les cercles sociaux.

En élargissant les perspectives économiques, la possession d'actifs et les cercles sociaux, plusieurs initiatives ont également renforcé l'autonomie des femmes.  Les données sont limitées en ce qui concerne les résultats pour les enfants, mais elles révèlent néanmoins des effets largement positifs, ce qui suggère que les activités génératrices de revenus favorisées par ces programmes ne compromettent pas les investissements dans le capital humain.

Figure 2. Impact général des programmes d'inclusion économique

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Figure 2. Impact général des programmes d'inclusion économique

Source : Rapport SEI 2021. Note : Le graphique montre, pour chaque grande catégorie de résultats, le nombre d'évaluations pour lesquelles au moins un indicateur d'impact positif significatif (10 % ou plus) a été observé, ou bien l'absence d'impact.

Il existe inévitablement des zones de questionnement, notamment sur trois points : la pérennité des effets obtenus, le regroupement d'interventions (un marqueur des programmes d'inclusion économique) et l'impact à plus grande échelle.

Questionnement n° 1 : Les effets sont-ils soutenus dans le temps ?

L’impact des programmes d'inclusion économique est souvent persistant, au moins à moyen terme, même s'il est généralement de plus faible ampleur.  Dans la plupart des cas, les effets sont manifestes trois à quatre ans après la participation à un programme (pour les programmes ponctuels ou limités dans le temps, ils perdurent généralement un an ou deux après que les bénéficiaires sont sortis du programme).

Cependant, on en sait beaucoup moins sur les résultats à plus long terme. Des données limitées indiquent que l'effet à long terme se maintient jusqu'à sept ans, mais qu'il se dissipe après neuf à dix ans. La base de données factuelles sur la pérennité à long terme des effets obtenus doit donc être élargie au-delà du petit échantillon actuel, en particulier pour les programmes gouvernementaux.

Questionnement n° 2 : Le regroupement d'interventions multisectorielles coordonnées est-il utile ?

Une palette d'interventions multisectorielles et coordonnées semble avoir un impact plus important sur les revenus, les actifs et l'épargne que des interventions isolées.  Même si elle peut aussi avoir un impact, une intervention ponctuelle — un transfert monétaire, une distribution d'actifs ou une subvention aux entreprises, une formation ou un accès au financement par exemple — n'aidera pas nécessairement les personnes en butte à de multiples obstacles, ou elle n'y parviendra que dans une moindre mesure.

C'est ce que démontre l'étude de plusieurs programmes non gouvernementaux, mais des travaux supplémentaires sont nécessaires pour cerner : 1) les contributions marginales des composantes d'un programme à son impact global ; 2) la manière dont le calendrier, l’enchaînement et la coordination d’interventions groupées permettent de maximiser leur impact ; et 3) ce que cela implique en matière de rentabilité, notamment pour les programmes gouvernementaux.

Questionnement n° 3 : Les programmes d’inclusion économique gouvernementaux ont-ils un impact eux aussi ?

Parmi les programmes gouvernementaux, plusieurs ont produit des effets positifs sur les revenus, les actifs, l'épargne et la consommation. Selon ceux qui communiquent ces résultats, la plupart citent un impact positif sur les actifs (67 %), l'épargne (100 %), l'emploi et la diversification des revenus (75 %), et le revenu et la consommation (plus de 50 %).

Les programmes gouvernementaux ont également démontré leur capacité à obtenir des effets persistants, même lorsque leur périmètre et leur couverture ont été étendus — à l'image du programme JEEVika dans l'État indien du Bihar (a) et du programme Haku Wiñay au Pérou (a) — ou quand ils sont mis en œuvre dans des zones exposées aux chocs, comme par exemple les programmes de filet de sécurité sociale productifs au Sahel (a).

Toutefois, l'étendue et la précision des données factuelles sur les programmes pilotés par les gouvernements sont plus limitées que celles relatives aux initiatives non gouvernementales (Figure 3).

Figure 3. Répartition des études indiquant des résultats spécifiques, par organisme chef de file

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Figure 3. Répartition des études indiquant des résultats spécifiques, par organisme chef de file

Source : Rapport SEI 2021.

Les données probantes sur les programmes d'inclusion économique sont appelées à se multiplier de manière significative dans les années à venir.

La prochaine vague de données factuelles concernera les programmes gouvernementaux, sachant qu'un quart de ceux étudiés dans l’enquête 2020 du Partenariat pour l’inclusion économique (PEI) (a) évaluera leur impact à grande échelle. Par ailleurs, on peut s'attendre à mieux appréhender les aspects opérationnels tels que le regroupement et la coordination des interventions ainsi que les défaillances sous-jacentes du marché — voir Figure 4 et les programmes de recherche correspondants menés par Innovations for Policy Action (IPA) (a), BRAC (a) et le programme de la Banque mondiale sur la protection sociale au Sahel (a).

Figure 4. Pourcentage de programmes faisant l’objet d’une évaluation d’impact

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Figure 4. Pourcentage de programmes faisant l’objet d’une évaluation d’impact

Source : Enquête 2020 du Partenariat pour l'inclusion économique (PEI) sur la situation des programmes d'inclusion sociale. Note : Le graphique montre le pourcentage de programmes envisageant de mener une évaluation d'impact (sur 137).

Pour soutenir cette évolution vers une conception des programmes basée sur des données probantes, le PEI multiplie les innovations et intensifie ses activités d'apprentissage pour générer, traiter et exploiter des données factuelles dans les programmes d'inclusion économique. Grâce à cette démarche, les gouvernements, les équipes nationales de la Banque mondiale et toute la communauté des praticiens seront mieux à même de déployer des programmes d'inclusion économique à grande échelle au profit des populations les plus pauvres du monde.

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