Publié sur Opinions

Les villes, nouvel horizon pour la protection sociale

Les villes, nouvel horizon pour la protection sociale
Photo: Dominic Chavez/Banque mondiale


​Attardons-nous d’abord sur quelques chiffres : ce matin, pendant que vous preniez votre petit déjeuner, environ 15 000 personnes sont venues grossir la population urbaine mondiale. Elles seront 180 000 d’ici la fin de la journée et 1,3 million à la fin de la semaine. Alors que la planète ne manque pas de place, ce rythme d’urbanisation effréné revient à concentrer l’humanité toute entière dans un pays comme la France.

C’est dans les villes que vit la majorité de la population mondiale, que la croissance démographique sera de plus en plus importante et que la plupart des pauvres se trouveront bientôt.

Pourquoi les villes attirent-elles autant ? Rio de Janeiro, Nairobi et Mumbai enregistrent un afflux constant de pauvres en quête d’un avenir meilleur. Et les raisons qui poussent les plus démunis à gagner les villes ne sont pas absurdes ni illusoires. S’ils se massent dans les zones urbaines, c’est que les villes présentent des atouts qu’ils ne pourraient trouver nulle part ailleurs. De fait, dans les grandes villes, le taux de pauvreté des nouveaux venus est supérieur à celui des habitants plus anciens, ce qui montre que le sort des citadins peut considérablement s’améliorer au fil du temps.

Si l’afflux des populations dans les villes contribue au dynamisme des zones urbaines, nul ne peut ignorer les risques liés à la concentration de la pauvreté. Bien que cela facilite l’échange d’idées et le commerce, le fait de concentrer beaucoup de gens au même endroit favorise également la prolifération des maladies et les phénomènes de violence. Les risques sont multipliés pour les personnes en situation d’extrême pauvreté, car celles-ci disposent de moins de ressources pour surmonter ces problèmes par elles-mêmes.

Aussi une forte concentration de populations pauvres exige-t-elle des politiques publiques plus efficaces, capables de prendre en charge les coûts liés à la densité. Les risques sont également amplifiés pour les pauvres qui s’installent dans des zones exposées à des catastrophes naturelles telles que les inondations et les séismes. On estime que près de 870 millions de citadins devraient être exposés à ces risques d’ici 2050.

Pour toutes ces raisons, il est impératif que nous mettions sur la table la question du rôle de la protection sociale pour les personnes qui vivent en milieu urbain. Ce rôle doit être dynamique et moteur, et favoriser l’ascension sociale en améliorant l’accès aux prestations sociales, aux services sociaux, au logement et à l’emploi.

Je me trouve à Beijing, où le Forum 2015 pour le partage de connaissances Sud-Sud réunit environ 250 décideurs issus de 75 pays : ministres, maires, directeurs de département et experts de la protection sociale et du développement urbain. Il s’agit du premier événement mondial centré sur les nouvelles connaissances et innovations pratiques dans le domaine encore peu exploré de la protection sociale en milieu urbain.
 

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Keith Hansen, vice-président du Groupe de la Banque mondiale, accueille le conseiller d’État Wang Yong et le ministre des Affaires civiles Li Liguo au Forum 2015 pour le partage de connaissances Sud-Sud sur l’emploi et la protection sociale à Beijing. Photo : Mohamad Al-Arief/Banque mondiale

Ici, en Chine (a), nous aidons les autorités à intégrer les programmes d’aide sociale, y compris dans les zones urbaines. L’objectif est de veiller à la mise en place d’un programme national de protection sociale bien ciblé et fonctionnel, afin qu’il profite à plus de 20 millions de personnes qui vivent dans les villes chinoises.

Au Mexique (a), nous collaborons avec les autorités dans le cadre de leur nouveau programme innovant Prospera, qui tire parti de la grande expérience que le pays a accumulée via ses programmes de transferts conditionnels en espèces PROGRESA et Oportunidades. Prospera incarne un engagement renouvelé dans la lutte contre la pauvreté urbaine et une stratégie plus volontaire à cette fin. Notre appui contribue à ce que le programme profite à plus de 25 millions de personnes tout en améliorant la coordination et en enrichissant nos connaissances sur les solutions qui marchent.

Enfin, en Éthiopie (a), nous appuyons le nouveau programme mis en place par les autorités pour offrir une protection sociale « productive » aux populations urbaines. Ce projet, qui s’inscrit dans le cadre d’un plan décennal de lutte contre la pauvreté urbaine, devrait profiter à plus de 4,7 millions de citadins pauvres, en associant transferts sans conditions, programmes de travaux publics et activités destinées à stimuler l’auto-entrepreneuriat et l’emploi salarié dans les villes.

Tous ces programmes illustrent à quel point l’urbanisation constitue l’un des horizons les plus critiques et les plus stratégiques en matière de protection sociale. Si les pays ont accompli d’importants progrès et retiré d’immenses bénéfices en introduisant des dispositifs de protection sociale en milieu rural et en les étendant à grande échelle, nous avons encore beaucoup à apprendre sur la manière de mettre en œuvre ces systèmes de manière efficace en milieu urbain. Et pourtant, c’est là que vit la majorité de la population mondiale, que la croissance démographique sera de plus en plus importante et que la plupart des pauvres se trouveront bientôt.

Pour dire les choses simplement, l’avenir dépend des villes, de leur prospérité, stagnation ou déliquescence prochaine. Faisons en sorte qu’elles prospèrent !

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Auteurs

Keith Hansen

World Bank Country Director for Kenya, Somalia, Rwanda and Uganda

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