Préparer ses vieux jours : comment développer les systèmes de retraite

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Un jeune enfant dans les bras de son grand-père

Alors que d’aucuns s’emploient activement à retarder les effets de l’âge, le vieillissement démographique est un phénomène inévitable, prévisible et auquel les États peuvent se préparer.
Au fur et à mesure que les pays en développement s’enrichiront, leurs habitants vivront plus longtemps et, espérons-le, en meilleure santé.
 
Les projections indiquent que d’ici 2050 la proportion des plus de 65 ans dans le monde aura doublé, pour passer de 10 à 20 %. Et que 80 % des « séniors », soit près de 1,3 milliard de personnes, vivront dans des pays à faible revenu.
 
Mais ces pays sont-ils outillés pour répondre aux besoins de ces futures personnes âgées et s’assurer qu’elles auront les moyens de vivre dignement ? Seront-ils en mesure de garantir la justice entre les générations et une répartition équitable des ressources ?
 
Actuellement, les régimes de retraite sont loin de concerner toute la population :
  • Alors que les pays s’urbanisent et que les familles sont moins nombreuses, on assiste à un effondrement du modèle d’entraide familiale dont bénéficiaient traditionnellement les personnes âgées, sans que cette évolution ne s’accompagne de la mise en place de dispositifs formels alternatifs.   
  • Les systèmes de retraite rattachés à la vie active ne couvrent pas le très grand nombre de ceux qui, dans les pays en développement, travaillent dans le secteur informel et qui représentent dans certaines régions les deux tiers de la population en âge de travailler.  En outre, comme le montre la base de données de la Banque mondiale sur les retraites, la situation se détériore aussi pour les salariés du secteur formel qui sont entrés dans la vie active à partir de 1990, avec un allongement de la durée de cotisations qui a un impact majeur sur le montant de la pension de ces futurs retraités.
 
La paysage des retraites a beaucoup évolué au cours de la dernière décennie : en Europe comme ailleurs, de nombreux pays ont dû réformer des régimes par répartition devenus insoutenables financièrement, tandis que l’on a pu observer à travers le monde un essor notable des allocations versées aux personnes âgées. 

Nous savons qu’il n’existe pas de politique des retraites modèle qui pourrait s’appliquer à tous les pays.

Il faut au contraire faire preuve de souplesse pour pouvoir déterminer la meilleure solution qui permettra de faire bénéficier d’une pension de retraite un nombre de plus en plus grand de personnes âgées et faire en sorte qu’elles ne sombrent pas dans la pauvreté. Ces solutions peuvent s’appuyer sur les nouveaux instruments de la technologie financière ainsi que sur les apports de l’économie comportementale. Comme l’illustrent diverses expériences à travers le monde, il est possible de :
  • utiliser des techniques telles que l’inscription automatique à des plans de retraite pour accroître l’épargne des salariés. Plusieurs pays y ont déjà recours. En Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, par exemple, plus de six millions de personnes ont pour la première fois souscrit à un plan de retraite d’entreprise au cours des quatre dernières années. La Turquie est le dernier pays en date à avoir adopté cette démarche ;
  • tirer parti des progrès de l’inclusion financière : puisque de plus en plus de personnes ont accès à un compte courant pour déposer leur argent, effectuer des paiements et en recevoir, ce canal peut aussi être utilisé pour leur permettre d’accéder à des produits financiers adaptés à leurs besoins, du type épargne-retraite ;
  • utiliser des dispositifs de technologie financière novateurs pour développer l’épargne de court et long terme et inciter les populations à mettre de l’argent de côté pour leur retraite. L’Inde, le Kenya et le Mexique ont par exemple mis en place des mécanismes qui s’appuient sur des associations sociales pour recueillir les « cotisations de retraite » de personnes employées dans le secteur informel, permettent de créer un compte épargne-retraite à partir d’un téléphone mobile, et autorisent des versements sur ces comptes via des distributeurs automatiques de billets ou des commerces.
  • combiner les méthodes de l’économie comportementale et les nouvelles technologies pour introduire des comptes séparés et inciter en douceur les usagers à épargner pour leur retraite grâce à des versements ou des rappels automatiques.
Si les pays expérimentent des trajectoires de réforme différentes, en fonction de leur situation démographique et sociale, et de leurs objectifs de développement, ils ont en commun la volonté de développer l’épargne consacrée à la retraite avec des solutions aussi simples et peu coûteuses que possible.



Source: Worldbank dataset, Active Coverage, 3Q2014

Mais reste à savoir aussi comment et où investir cette épargne.
                                                                                                          
D’un côté, les pays s’attachent à mettre au point des systèmes de retraite qui couvrent au mieux leurs populations ; de l’autre, à l’heure où les comptes publics et les bilans des banques sont sous pression, la communauté internationale du développement envisage de plus en plus les fonds de pension comme une source de financement possible pour répondre aux besoins de développement de long terme, en particulier en matière d’infrastructure. 
 
Une telle perspective exige l’instauration d’une bonne gouvernance et la mise au point d’instrument d’investissement appropriés, l’enjeu étant de trouver un équilibre délicat entre les intérêts des bénéficiaires de ces dispositifs et ceux de la société dans son ensemble. Un pays comme l’Afrique du Sud, par exemple, envisage de mettre à contribution les fonds de pension pour financer, à travers des obligations cotées en bourse, son programme de développement des énergies renouvelables, suivant en cela les pas des pays d’Amérique latine, où les fonds de pension investissent déjà dans les autoroutes et autres projets d’infrastructures.
 
Au cours des vingt dernières années, le Groupe de la Banque mondiale a aidé des dizaines de pays à réformer leurs systèmes de retraite. Cette assistance technique a notamment porté sur les réformes visant à renforcer la viabilité des régimes à prestations définies et à améliorer l’efficacité des régimes à cotisations définies nouvellement mis en place.  

La semaine prochaine, le Groupe de la Banque mondiale organise la 7e conférence sur la retraite et l’épargne dans le monde (a), avec l’objectif de se pencher davantage sur les moyens qui permettraient d’accroître le nombre de ceux qui sont couverts par un système de pension, en particulier parmi les travailleurs du secteur informel, et d’investir les actifs financiers des régimes de pension au profit du développement économique.
                                                
Cette conférence contribuera à éclairer et façonner le programme des réformes de retraite à longue échéance. Le vieillissement démographique est inexorable mais les pays peuvent s’y préparer en veillant à ce que leur population puisse vieillir dignement et dans les meilleures conditions possibles.

Suivez la conversation sur Twitter @WBG_Finance et réagissez avec #WBPensions16 les 19-21 septembre.

Ce billet a d'abord été publié sur le Huffington Post (a).
 

Auteurs

Gloria M. Grandolini

Former Senior Director for Finance and Markets Global Practice, Finance & Markets, and Chair of the Global Remittances Working Group