Remédier aux pertes éducatives liées à la pandémie

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Des élèves d'une école à Dar es Salaam, en Tanzanie, lors d'un cours d'anglais. Photo : Sarah Farhat/Banque mondiale
Faire partie d’une classe, c’est éprouver un sentiment d’appartenance, qui contribue à forger l’estime de soi et l’empathie. Photo : Sarah Farhat/Banque mondiale

À l’approche d’une troisième année de pandémie de COVID-19, les salles de classe demeurent totalement ou partiellement fermées pour pas moins de 647 millions d’écoliers à travers le monde. Et même lorsque les classes rouvrent, de nombreux jeunes continuent d’accumuler du retard.

Il est désormais largement et tristement démontré que les enfants ont moins appris durant la pandémie. D’après les estimations de la Banque mondiale, les fermetures scolaires liées au virus risquent d’aggraver la « pauvreté des apprentissages » – la part des enfants de 10 ans qui ne savent pas lire un texte simple – jusqu’à un niveau de 70 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Cette perte éducative pourrait coûter à une génération entière d’écoliers 17 000 milliards $ de revenus au cours de la vie.

En pleine propagation du variant Omicron, de plus en plus de gouvernements pourraient être tentés de fermer les écoles. Or, si les infrastructures en ligne ne sont pas mises en place pour appuyer l’apprentissage, une telle démarche viendra alourdir les pertes éducatives, tout en privant les enfants des nombreux autres bienfaits d’une scolarité quotidienne, parmi lesquels la possibilité d’interagir avec leurs camarades, et de développer les compétences sociales nécessaires à un épanouissement personnel. L’échange avec les professeurs et les autres écoliers est essentiel pour acquérir les capacités indispensables à une collaboration dans le travail.  Faire partie d’une classe, c’est éprouver un sentiment d’appartenance, qui contribue à forger l’estime de soi et l’empathie.

Face à la pandémie, ce sont les enfants marginalisés qui souffrent le plus. Lorsque les classes ont rouvert cet automne à travers le monde, il est devenu évident que ces enfants avaient encore plus décroché que leurs camarades. Avant la pandémie, la parité des sexes (a) à l’école suivait une trajectoire d’amélioration. Or, d’après les estimations, les fermetures de classes sont venues exposer dix millions de jeunes filles supplémentaires au risque d’un mariage précoce, quasiment toujours synonyme de fin de la scolarité.

Si cette régression n’est pas inversée, la pauvreté des apprentissages et les pertes de capital humain associées pèseront très lourd sur les économies et les sociétés pendant plusieurs décennies. Il faut donner aux enfants une chance de retrouver la scolarité qu’ils ont perdue.  Ils doivent pouvoir accéder à des manuels de qualité, à des opportunités d’apprentissage numérique, ainsi qu’à des systèmes d’éducation reconçus pour les aider à se préparer aux défis de demain. Qualification suffisante des enseignants et utilisation efficace des technologies sont indispensables à cette démarche.

De nombreux pays ont mis en œuvre d’importants programmes de relance face à la crise sanitaire. Or, en juin 2021, moins de 3 % (a) de ces fonds concernaient l’éducation et le secteur de la formation. Ces ressources ont par ailleurs pour l’essentiel été dépensées au sein des économies développées.

Pour de nombreux pays à revenu faible, l’augmentation du coût de service de la dette signifie le renoncement à des dépenses sociales essentielles, dont l’éducation. Le faible niveau d’investissement qui en résulte en matière d’éducation et de formation menace d’accentuer les inégalités d’apprentissage qui existaient déjà avant la pandémie. Et si une utilisation plus efficace des ressources est nécessaire pour combler les inégalités d’éducation, le constat principal reste l’insuffisance des ressources. Pour les pays les plus pauvres de la planète, en particulier, une accélération de l’allègement de la dette en vertu du Cadre commun du G20apporterait la marge budgétaire nécessaire à davantage d’appui au capital humain.

L’investissement dans l’éducation doit prévoir le financement des technologies d’enseignement, en tenant compte de ce qui fonctionne efficacement dans différentes contextes à travers le monde.  L’Uruguay constitue ici un exemple de réussite (a) . Ces dix dernières années, les autorités uruguayennes ont investi dans les infrastructures, les contenus numériques et les effectifs d’enseignants, ce qui a permis au pays d’être davantage prêt à passer aux cours en ligne une fois les classes fermées. De même, avant la pandémie, l’État indien du Gujarat, misant sur l’analyse big data et l’apprentissage machine, avait mis en place des centres d’assistance numérique de pointe pour les établissements scolaires. Lorsque les écoles ont fermé, le Gujarat a pu réagir rapidement en distribuant (a) des contenus numériques, ainsi qu’en personnalisant l’éducation à distance en fonction du niveau d’apprentissage de chaque enfant. Enfin, au Kenya, tous les enfants, y compris en situation de handicap, peuvent accéder à des manuels numériques inclusifs et spécifiquement élaborés.

« En investissant judicieusement dans la reprise de l’éducation et l’utilisation des technologies, il est possible d’user de l’expérience pandémique comme d’un catalyseur afin d’améliorer l’éducation pour tous les enfants. »

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Groupe de la Banque mondiale travaillent ensemble pour faire en sorte que tous les systèmes d’éducation utilisent efficacement les technologies afin de combler les inégalités , et de contribuer à inverser les pertes d’apprentissage. L’intégration de l’utilisation des technologies à une stratégie globale destinée à mettre un terme à la pauvreté des apprentissages peut contribuer à améliorer les connaissances fondamentales, à augmenter le temps éducatif, ainsi qu’à exploiter les ressources le plus efficacement possible. C’est particulièrement crucial dans les pays à revenu faible, où les technologies peuvent conférer rapidement aux professeurs le soutien dont ils ont besoin.

L’accès au numérique peut faire office de grand égalisateur. Les ressources doivent être investies judicieusement, en tenant compte de l’infrastructure électrique et de la connectivité Internet des différents pays, ainsi qu’en prévoyant des appareils numériques utilisables par les écoliers les plus défavorisés, de même qu’une capacité de mise en œuvre et de gestion des données. Sans un processus réfléchi d’élargissement de l’utilisation des technologies, les meilleures intentions et les mesures politiques même les mieux conçues échoueront à opérer la reprise et l’accélération de l’apprentissage dont les pays en voie de développement ont besoin.

L’accès à une éducation de qualité était inégal avant la pandémie. Il l’est encore plus aujourd’hui. En investissant judicieusement dans la reprise de l’éducation et l’utilisation des technologies, il est possible d’user de l’expérience pandémique comme d’un catalyseur afin d’améliorer l’éducation pour tous les enfants. 

Cette tribune a initialement été publiée sur Project Syndicate

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