Ne laisser personne sur le bord du chemin. Réflexions sur la prise en compte de l’inclusion sociale dans les activités de CIWA

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La mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD), et notamment l’ODD 6 (garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement), repose sur l’engagement fondamental de « ne laisser personne de côté ». Il est essentiel, pour y parvenir, de privilégier les initiatives qui favorisent et renforcent l’autonomie des femmes (dans toutes leurs diversités), des plus pauvres, des personnes en situation de handicap, des minorités sexuelles et de genre et des populations les plus marginalisées au sein des communautés. Le programme de Coopération pour les eaux internationales en Afrique s’attache à promouvoir une compréhension générale de l’inclusion sociale à tous les niveaux et dans tous les secteurs des projets qu’il soutient.

Les avantages et désavantages qui découlent des attributs identitaires des hommes et des femmes sont de plus en plus évidents. Un certain nombre de facteurs peuvent expliquer la discrimination dont sont victimes les personnes défavorisées : l’ethnie, la race, la religion, l’orientation sexuelle, la caste, l’ascendance, le sexe, l’âge, le handicap, la séropositivité, la condition de migrant ou le lieu de résidence. Qui sont les victimes de l’exclusion, pourquoi sont-elles exclues et quels sont les effets de cette exclusion ? Cela dépend également du contexte et peut se manifester différemment aux niveaux local, national, transfrontalier ou à celui des institutions.

La Banque mondiale conçoit l’inclusion sociale comme un moyen de créer des opportunités pour tous, tout en s’attaquant aux inégalités systémiques profondément ancrées dans la société. Le programme de Coopération pour les eaux internationales en Afrique (CIWA) est un fonds fiduciaire de la Banque mondiale qui aide les pays riverains d’Afrique subsaharienne à éliminer les obstacles à la gestion et à la mise en valeur concertées des eaux transfrontalières. Il poursuit ses activités de manière à promouvoir l’inclusion sociale, car il est résolu à adopter une approche porteuse de transformation en matière de parité femmes-hommes et d’inclusion sociale. CIWA réalise des analyses de l’inclusion sociale pour déterminer si les hommes et les femmes, compte tenu de leurs identités sociales, peuvent avoir le même accès aux fonctions, au pouvoir et aux ressources, et en avoir le même contrôle aux niveaux institutionnel, régional, national et local.

« Si nous ne tenons pas compte de tous les avis, comment pouvons-nous espérer parvenir à des accords durables ? » — Anders Jagerskog, responsable du programme CIWA

Outre cette analyse, CIWA a pris certaines mesures importantes afin d’intégrer l’inclusion sociale dans ses activités de planification, qui consistent notamment à :

1. Recenser et mobiliser les parties prenantes afin d’identifier les groupes exclus.
CIWA procède à une activité cruciale, qui consiste à cartographier les parties prenantes avant d’entreprendre la moindre analyse de la parité femmes-hommes et de l’inclusion sociale. Cela lui permet d’identifier les groupes défavorisés susceptibles d’influencer, de manière positive ou négative, la réalisation des objectifs du projet ou du programme. L’étude analytique financée par CIWA dans le cadre du projet visant à améliorer la qualité de l’eau dans le bassin du lac Victoria a donné lieu à la recherche, sur Internet, des parties prenantes directement ou indirectement associées à l’utilisation des ressources en eau et connaissant la situation de groupes vulnérables particuliers ayant besoin d’un accès à l’eau potable dans la région des Grands Lacs.

2. Collecter des données qualitatives et quantitatives.
Si la réalisation d’études est pratique courante, CIWA a constaté que la prise en compte de l’inclusion sociale impose l’intégration systématique d’approches intersectionnelles de genre dans la collecte et l’analyse des données. Cette démarche permet de mieux comprendre les différences de traitement dont peuvent faire l’objet les femmes et les hommes selon les groupes sociaux et les régions dans lesquelles ils vivent. Le projet Untapping Resilience: Groundwater Management and Learning in the Horn of Africa’s Borderlands, qui concerne la gestion et l’étude des eaux souterraines dans les zones frontalières de la Corne de l’Afrique montre l’importance de recueillir des données se rapportant à une dimension spécifique de l’inclusion sociale. La région de la Corne de l’Afrique se caractérisant par la marginalisation de populations, les conflits et la fragilité, les données collectées pour cette étude portaient principalement sur les groupes vulnérables vivant dans le contexte de la fragilité, des conflits et de la violence (FCV). 

3. Identifier les différences liées à l’identité et les causes sous-jacentes des inégalités.
Une fois les données collectées et analysées, il importe de déterminer et d’examiner les différences et les sources d’inégalités dont souffrent les femmes et les hommes en raison des différents attributs qui constituent leur identité. L’initiative sur les eaux souterraines au Sahel visait notamment à recenser les meilleures stratégies à adopter pour éduquer, former et recruter des femmes hydrogéologues à l’échelon local. Il s’agissait plus précisément d’identifier les obstacles entravant l’accès à l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM) des femmes de différents milieux, qu’il s’agisse des filles les plus pauvres des zones rurales ou de femmes de classe moyenne résidant dans des villes.

4. Identifier des interventions permettant de lutter contre l’exclusion sociale.
Trop souvent, les analyses ne sont pas structurées de manière à identifier les interventions susceptibles de compenser les disparités et les inégalités qu’elles recensent. La note conceptuelle de CIWA vise à déterminer la manière dont le projet affectera la vie quotidienne des femmes et des hommes ou de groupes spécifiques de femmes et d’hommes, en tenant compte des inégalités intersectionnelles. La recherche de modes d’irrigation accessibles aux hommes et aux femmes a permis à l’Initiative sur les eaux souterraines au Sahel de comprendre comment la répartition des tâches liées à la production agricole et les mécanismes de prise de décision pouvaient compromettre la capacité des femmes à accéder aux technologies d’irrigation. L’adoption d’une optique d’inclusion sociale a nécessité la poursuite d’un examen des obstacles et des contraintes rencontrés par les femmes et les hommes de différents milieux qui souhaiteraient pouvoir utiliser et bénéficier au même titre des technologies d’irrigation. Il s’agissait notamment de savoir qui pouvait se procurer les ressources financières nécessaires à l’achat d’éventuels moyens d’irrigation et de comprendre qui contrôlait les revenus tirés de la vente des produits agricoles obtenus grâce à l’irrigation.

5. Planifier la mise en œuvre.
Il importe d’impliquer les groupes sous-représentés dans la mise en œuvre des projets afin de s’assurer que leurs différents besoins, préférences et contraintes sont pris en compte et que leurs savoir-faire et les stratégies de résilience qu’ils appliquent servent à élaborer des solutions plus efficaces et équitables. CIWA a fait de la parité femmes-hommes et de l’inclusion sociale une priorité de la deuxième phase du projet de gestion durable des eaux souterraines dans les États membres de la SADC. L’équipe du projet a en effet établi qu’il était essentiel de promouvoir l’inclusion au niveau de la gestion des ressources en eau pour produire des avantages économiques, sociaux, environnementaux et financiers et favoriser une mise en œuvre efficace des interventions de gestion des eaux souterraines. Le projet visait également à promouvoir le rôle des femmes et des populations vulnérables qui sont les principales responsables des pratiques domestiques et communautaires en matière d’eau et d’assainissement et sources de transmission des connaissances en ce domaine.

Si les mesures plus poussées mentionnées précédemment sont généralement prises par les spécialistes des questions de genre et d’inclusion sociale qui travaillent dans les équipes de CIWA, ce dernier cherche à promouvoir, de manière concrète, l’inclusion sociale auprès de tous ceux qui participent aux projets qu’il soutient, à tous les niveaux et dans tous les secteurs. Il vise notamment à dispenser des formations sur le genre et l’inclusion sociale au personnel des projets et aux partenaires, à élaborer des outils et des ressources sur l’inclusion sociale comme la récente trousse à outils sur l’inclusion sociale, mais aussi à faire part de l’expérience acquise dans ce domaine avec la note d’apprentissage sur l’inclusion sociale (voir ci-après).

CIWA Social Inclusion Tool Kit

BOÎTE À OUTILS DE CIWA SUR L’INCLUSION SOCIALE

CIWA a élaboré une boîte à outils à l’intention des spécialistes du développement social et d’autres domaines connexes, chargés d’apporter leur savoir-faire technique pour l’élaboration et la mise en œuvre des activités de CIWA au niveau des institutions et des projets. Utilisée avec l’appui des équipes de CIWA, elle donne à ces spécialistes les informations nécessaires pour comprendre les mesures indispensables à prendre pour faciliter la prise en compte de l’inclusion sociale tout au long du cycle du projet. Elle a pour but de présenter aux collaborateurs et aux partenaires de CIWA une vue d’ensemble des principales mesures à prendre pour contribuer à l’élaboration et à la mise en œuvre de programmes favorisant l’inclusion sociale au niveau des projets et des institutions liées au domaine des eaux transfrontalières. 

CIWA Learning Note: Applying a Gender Equality and Social Inclusion Lens to the Transboundary Water Context

NOTE D'APPRENTISSAGE DE CIWA SUR L'INCLUSION SOCIALE

Cette note d’apprentissage vise à faire ressortir les principaux enseignements tirés de la prise en compte de l’inclusion sociale dans les activités de CIWA, ainsi que les meilleures pratiques en la matière. Cette démarche implique une ventilation plus fine des populations masculines et féminines ciblées afin de définir et de déterminer les mesures à prendre en fonction des vulnérabilités constatées. Cette note d’apprentissage s’appuie sur la méthode et l’expérience de CIWA concernant l’analyse de la parité femmes-hommes et de l’inclusion sociale (GESI) et présente les étapes suivies durant l’élaboration des projets relatifs aux eaux transfrontalières.

EN SAVOIR PLUS
Page Web de CIWA sur la GESI

Blogs:
Des logements verts au service du développement durable : promouvoir la résilience face au changement climatique dans les bidonvilles de Kampala (Ouganda)
Journée internationale de la femme rurale : gros plan sur les projets dans le secteur de l’eau qui renforcent la participation et le développement professionnel des femmes africaines

PUBLICATIONS
Cadre GESI

Notes d’apprentissage sur la parité femmes-hommes et l’inclusion sociale:

Parité femmes-hommes et inclusion social dans la gestion et la mise en valeur des ressources en eau transfrontalière du bassin du Nil (en anglais)

Veiller à ce que le genre et l’inclusion sociale soient pris en compte lors de la phase de conception du projet (en anglais)

Stratégie de la Banque mondiale pour l’égalité des sexes 2016-2023 (en anglais) [PDF]

Placer les femmes au cœur de la relance post-COVID

Caroline Moser, Mainstreaming gender & inclusion in urban programming ICED Facility – Feb, 2 2017

Troell, Jessic and Yaari, Elizabeth. “Tapping our Potential: Women’s Water Leadership in the Nile Basin” (PDF), Policy Paper, July 2019.

Fauconnier, Isabelle. Jenniskens, Annemiek and Page, Perry, et al. “Women as change-makers in governance of shared waters,” (PDF) 2018, International Union for the Conservation of Nature

World Bank Group and Water Partnership Program, “Toolkit for Mainstreaming Gender in Water Operations" (PDF), March 2016.

WWF-DFID, 2010. International Architecture for Transboundary Water Resources Management: Policy Analysis and Recommendations (PDF), London: Worldwide Fund for Nature and the UK Department for International Development.

Zwarteveen, M. 2008. “Men, masculinities and water powers in irrigation," (PDF): Water Alternatives, Vol. 1 No. 1: 111-130.

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