Rendre Internet abordable pour tous en Afrique ; les compétences suivront

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Depuis le début de la Révolution numérique, on s’interroge sur l’informatisation du lieu de travail et la façon dont elle se traduira en termes de production et d’emploi. Un grand nombre de personnes se bornent à voir la numérisation du lieu de travail comme une sorte de guerre déclarée aux emplois manuels : pourtant, rien n’est moins vrai.

En Afrique, où le travail humain est toujours considéré comme une matière première bon marché, les environnements professionnels évoluent, et des emplois numériques apparaissent plus fréquemment que d’ordinaire. Il est donc impératif que les jeunes Africains acquièrent les capacités qui les rendront compétents et productifs dans l’économie numérique.

Quelles sont donc ces compétences « nécessaires » dont parle le monde entier ? Devons-nous franchir le pas et enseigner à la jeunesse africaine la programmation de haut niveau ? Ou faut-il investir davantage dans les filières STEM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques) pour s’efforcer d’augmenter le nombre d’ingénieurs et de scientifiques ?

Bien entendu, enseigner la programmation et investir dans les STEM n’est pas une mauvaise idée, mais si nous nous en tenons là, nous n’avancerons pas d’un pouce en ce qui concerne le développement des compétences dont nous aurons besoin pour tirer profit de l’économie numérique.

Pour ce qui est de l’acquisition de ces compétences, le premier et sans doute le plus grand défi en Éthiopie (et dans nombre de pays africains), c’est le fait que la plupart des jeunes ne comprennent pas le phénomène d’économie numérique. Disons plus simplement que les gens ne le prennent au sérieux. Dans la plupart des pays du continent, monter une start-up technologique est beaucoup plus ardu qu’obtenir une licence commerciale. La passivité des politiciens africains, indifférents à la réalité de l’économie numérique, voilà ce qui empêche les jeunes d’acquérir les compétences qu’elle exige.

Pour résoudre ce problème, nous avons besoin en Afrique de politiciens et de dirigeants qui comprennent ce qu’est l’économie numérique et la nécessité urgente d’en faire une « réalité africaine ». Cela peut se manifester par un investissement massif dans l’alphabétisation numérique au sein des écoles primaires. Les enfants qui grandissent en apprenant au sein d’un environnement numérique peuvent acquérir les compétences nécessaires pour fonctionner efficacement dans l’économie digitale.

Deuxièmement, il faut que les pays africains en général, et l’Éthiopie en particulier, apportent massivement à leurs citoyens une connexion Internet haut débit à un prix abordable. Internet a permis à la connaissance de se répandre sans frontières et sans heurts. Il est désormais possible de passer un diplôme en ligne, de devenir un bon cuisinier en regardant YouTube, voire de lancer une entreprise prospère sans rien d’autre qu’un ordinateur portable et une connexion Internet correcte. Malheureusement la plupart des Africains sont toujours dans l'ombre car ils manquent d’accès à Internet. En fournissant à la jeunesse une connexion Internet abordable, les nations africaines, et notamment l’Éthiopie, peuvent doter leurs jeunes citoyens des outils indispensables pour réussir au sein de l’économie numérique.

En conclusion, l’économie digitale est aux portes de l’Afrique, et lorsqu’elle en franchira le seuil, elle apportera d’importantes opportunités, mais aussi des défis. En investissant dans l’alphabétisation numérique et en fournissant un accès Internet abordable pour les jeunes, il est possible d’amener une nouvelle ère d’économie numérique en Afrique, ainsi qu’une jeune génération compétente, munie des capacités exigées pour la stimuler et en devenir l’épine dorsale.

Auteurs

Olansis Mulugeta Wolde

Lauréat du concours Blog4Dev 2019 en Éthiopie, organisée par la Banque mondiale.

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