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Quatre grandes tendances dans l’éducation que chaque pays devrait mieux connaître

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Étudiants à l’Université catholique du Pérou, Edgar Rivera, Pablo Suarez et David Ramirez (de gauche à droite) préparent leurs cours ensemble à Lima, le 27 juin 2013. Photo © Banque mondiale/Dominic Chavez

Nous avons récemment demandé à des spécialistes de l’éducation du monde entier quelles étaient à leur avis les plus grandes difficultés actuelles de notre secteur. À notre grande surprise, ils ont tous répondu que les problèmes les plus courants ne datent pas d’hier. Mais la grande nouveauté, selon eux, ce sont les méthodes novatrices adoptées par la communauté mondiale pour les résoudre.

Nos échanges ont en particulier porté sur les progrès des neurosciences, les cours en ligne ouverts à tous (ou MOOC, selon l’acronyme anglais), les chaînes de blocs et les conséquences d’une croissance démographique négative, ainsi que sur la façon dont ces phénomènes remettent en question notre façon d’envisager l’éducation. Certaines de ces évolutions sont plus connues que d’autres, mais nous sommes convaincus de la réelle importance de chacune, et les acteurs de l’éducation dans le monde entier devraient s’y intéresser de près. 

Les neurosciencesDès les années 90, des spécialistes ont cherché à rapprocher neurosciences et éducation, mais ce n’est qu’au cours de ces dix dernières années que le consensus s’est imposé : les neurosciences doivent jouer un rôle primordial dans l’éducation . Ainsi, des scientifiques soutiennent que la façon dont le cerveau assimile et traite l’information doit être au cœur d’une réforme de l’éducation, pour accélérer l’alphabétisation notamment, mais aussi pour améliorer l’apprentissage et le développement cognitif en général .

La lecture dépend de la capacité de notre système visuel à reconnaître des ensembles de petits motifs comme en forment les lettres. Les sciences cognitives nous expliquent que les personnes commencent à apprendre avec de petits éléments, comme les lettres, puis combinent ces lettres en mots jusqu’à ce que le cerveau les reconnaisse, de la même façon qu’il reconnaît les visages. Une fois cette étape franchie, les élèves peuvent lire, et ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils peuvent comprendre et apprendre.

Grâce aux outils des neurosciences, nous comprenons mieux le lien entre l’ouïe, l’acquisition des sons du langage et le processus d’alphabétisation, une donnée de plus en plus importante pour assurer que tous les enfants puissent apprendre à lire . Des outils d’alphabétisation basés sur ces nouvelles recherches ont déjà démontré leur efficacité, en particulier pour les enfants de familles pauvres. Ainsi, les données nouvelles que nous apportent les neurosciences peuvent être exploitées pour contribuer à l’apprentissage de la lecture pendant l’enfance.

Les MOOC. Les cours en ligne ouverts à tous ont un formidable potentiel. Si cette technologie n’a, en soi, rien de novateur (de nombreuses universités proposent des cours en ligne depuis des dizaines d’années, par le biais de vidéos par exemple), l’échelle à laquelle ces enseignements sont dispensés est, elle, radicalement nouvelle. Au début, nombreux étaient les partisans enthousiastes des MOOC qui prédisaient que ces cours supplanteraient l’enseignement supérieur traditionnel, en offrant un modèle plus économique, susceptible de « changer l’échelle » de l’enseignement supérieur.

Cela ne s’est pas produit, mais le potentiel des MOOC est toujours d’actualité. Par exemple, la Khan Academy propose à tous des cours en ligne gratuits de grande qualité, dispensés dans une quarantaine de langues. Environ 100 millions de personnes ont suivi ces cours dans des domaines aussi variés que les mathématiques, la programmation informatique, la grammaire ou l’histoire de l’art. Les MOOC proposés par des sociétés telles que Coursera traitent aussi de nombreux domaines. Ils attirent aujourd’hui plus de 23 millions d’étudiants par an, contre environ 81 millions au lancement de la plateforme il y a dix ans. Enfin, les MOOC permettent aussi d’offrir aux entreprises des possibilités de formation professionnelle à un coût raisonnable.

Cette technologie est révolutionnaire pour les professionnels de l’éducation qui cherchent à élargir l’accès au savoir dans le monde en développement. D’ailleurs, des études montrent que les MOOC ouvrent des perspectives aux personnes n’ayant qu’un accès limité à l’éducation . Les pays en développement devraient par conséquent rechercher des moyens de renforcer l’accès de leurs populations à ces outils. 

Les chaînes de blocs. Si les chaînes de blocs (ou blockchains) ne sont pas encore très utilisées dans le monde de l’éducation, elles le seront très bientôt. Aujourd’hui, nos transactions bancaires, nos achats, nos communications, etc. peuvent s’effectuer en ligne. Ces actions sont enregistrées et la chaîne de blocs collecte et rassemble les données correspondantes dans des blocs cryptés qui ne peuvent en aucun cas être modifiés. La transmission des données s’effectue au travers d’un réseau mondial de nœuds ou d’ordinateurs distribués (utilisateurs).

Cette technologie pourrait permettre de changer les modalités du partage de l’information entre fournisseurs et utilisateurs de l’éducation, en garantissant l’intégrité et l’interopérabilité des données d’une manière qui profitera certainement au secteur de l’éducation dans son ensemble. Les chaînes de blocs offrent des possibilités de décentralisation, améliorent la transparence, la rapidité et l’efficacité, suppriment les intermédiaires inutiles, réduisent les coûts et facilitent les processus d’audit. Des ONG utilisent déjà ce type de solutions pour renforcer l’efficacité de l’aide, grâce à des plateformes permettant à toute personne, où qu’elle se trouve dans le monde, de se doter d’une identité sûre. Les migrants, par exemple, ont des compétences ou des diplômes qu’ils veulent faire reconnaître dans leur nouveau pays et le fait de disposer de cette identité sûre et indestructible aide les pauvres et d’autres personnes vulnérables à participer plus équitablement à l’économie mondiale.

Les conséquences de la décroissance démographique. Dans certains pays, la population diminue en raison d’une baisse du taux de fécondité et un nombre grandissant de jeunes plus instruits s’installe dans les zones urbaines. Par conséquent, le nombre d’élèves du primaire se réduit, des écoles ferment ou se regroupent. Dans les régions peu peuplées, le nombre d’enfants a baissé encore plus, et le regroupement d’établissements scolaires augmente la distance entre le domicile et l’école pour nombre d’élèves.

Cette situation a des conséquences disproportionnées sur les populations vulnérables et risque de compromettre un accès équitable à l’éducation. Paradoxalement, avec moins d’étudiants dans le système éducatif, la qualité globale de l’enseignement risque de baisser si le système devient moins regardant en ce qui concerne la sélection de nouveaux étudiants. En outre, sur un marché de l’emploi dynamique, les travailleurs les plus âgés auront besoin d’une offre de formation réactive pour acquérir les nouvelles compétences exigées par la concurrence mondiale. Par conséquent, les pays dont la croissance démographique est négative devront imaginer de nouveaux mécanismes, plus incitatifs, afin de préserver l’implication des étudiants et de la société en faveur de l’éducation. Enfin, il serait peut-être temps de réintroduire les classes à plusieurs niveaux pour faire face au nombre croissant de petites écoles.

Les systèmes éducatifs, en particulier dans les pays en développement, doivent relever plusieurs défis, le plus urgent étant d’améliorer la qualité de l’apprentissage à tous les niveaux. Et bien qu’il existe différents moyens d’atteindre cet objectif, nous sommes convaincus que les quatre aspects que nous avons explorés ici constituent un excellent point de départ.

Pour en savoir plus sur l’action du Groupe de la Banque mondiale en matière d’éducation, consultez notre site Web et suivez-nous sur Twitter.

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