Aider la jeunesse du Bénin à trouver les opportunités économiques

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Aider la jeunesse du Bénin à trouver les opportunités économiques
Participants à une session d'information communautaire dans un village vulnérable au Bénin. Crédit : Solene Rougeaux,/Banque mondiale

Comme de nombreux pays voisins, le Bénin connaît une augmentation des menaces de conflit. Sa proximité avec le Burkina Faso, le Niger, le Nigéria et le Mali – tous aux prises avec l'extrémisme violent – l'expose aux activités criminelles et aux conflits.  Le manque d'opportunités économiques ainsi que l'accès limité à la santé, l'éducation et la protection sociale rendent les jeunes particulièrement vulnérables à l'influence des groupes extrémistes. 

Malgré une croissance économique satisfaisante et d'importantes réformes déployées au cours des dernières années, la jeunesse béninoise rencontre encore des difficultés pour se former, trouver un emploi et participer aux gouvernements locaux. Face à la poussée du risque de violence et de fragilité dans les pays voisins, il est devenu encore plus urgent de répondre à ces défis.

Comprendre ce qui entraîne le conflit et la violence dans les communautés locales est essentiel à la conception de stratégies de prévention des conflits adaptées, qui permettront à la jeunesse béninoise de participer davantage à la société et d'éviter la propagation de la violence.

Pour y parvenir, le projet d'inclusion de la jeunesse béninoise – financé par le Fonds pour la construction de la paix et de l’État (SPF) (a) a lancé une enquête par le biais de l'Institut d'études de sécurité. Cette enquête vise à comprendre les facteurs entraînant la violence et à formuler des stratégies pour identifier les villages et les quartiers exposés au risque, qui demandent des investissements ciblés pour s'attaquer aux facteurs de violence.

Comprendre les risques de violence

L'étude identifie trois formes principales de violence au Bénin : l'extrémisme violent, les conflits locaux et la violence basée sur le genre. Les communautés frontalières, particulièrement celles du nord du pays, se trouvent plus exposées en raison des frontières poreuses et de la faiblesse des services de l'État dans ces zones. Le conflit au Bénin est lié à une gouvernance déficiente et à des facteurs économiques tels que la concurrence pour les ressources, les activités illégales, la protection des activités génératrices de revenus, ainsi que l'accès insuffisant à l'éducation et la santé.  Les facteurs de faible gouvernance comprennent la déficience de l'État de droit, la marginalisation des femmes, les luttes de pouvoir, le faible niveau d'éducation et un taux élevé d'analphabétisme. 

Pour s'attaquer aux risques identifiés, il est nécessaire de se concentrer sur l'intégration professionnelle et économique des jeunes ainsi que sur leur participation au sein des gouvernements locaux. Le programme Azoli, développé dans le cadre du projet d'inclusion des jeunes Béninois, offre des services d'emploi des jeunes vulnérables, promeut l'inclusion économique à travers l'information, des formations aux compétences essentielles, des services d'entrepreneuriat, du coaching, des stages ainsi que des formations techniques.

« Il n'y a pas d'opportunités économiques pour la jeunesse ici à part travailler comme coiffeur ou mécanicien, alors beaucoup d'entre nous font de la contrebande d'essence provenant du Nigéria. Le programme Azoli représente une opportunité unique pour moi de trouver un emploi salarié et de décrocher des opportunités d'emploi en dehors de ma région. »
Un bénéficiaire du
programme Azoli

Identifier des zones à haut risque de violence 

L'étude identifie des zones à haut risque en utilisant des critères comme les localités frontalières qui sont parmi les plus pauvres et les moins accessibles, le manque d'infrastructures sociales, et l'accès limité à l'éducation, la santé, l'eau et aux marchés. Elle identifie aussi des zones menacées par l'extrémisme violent en raison de la présence ou d'incursions de groupes extrémistes et de jeunes radicalisés ainsi que les zones confrontées à une augmentation du taux de criminalité ou à des conflits locaux entre éleveurs et agriculteurs.

Un indice de vulnérabilité, développé en collaboration avec les autorités nationales, catégorise les zones en fonction de la probabilité de leur exposition à la violence. La violence basée sur le genre reste sous-représentée du fait du manque de données disponibles.

Le gouvernement, les donateurs et les autres parties prenantes utilisent une base de données numérique pour mieux planifier le développement des interventions. Le projet d'inclusion des jeunes Béninois et le projet de cohésion sociale des régions nord du golfe de Guinée utilisent l'index de vulnérabilité pour identifier les zones fragiles et adapter les activités de sensibilisation. L'étude a bénéficié de la participation d'un processus national impliquant des acteurs étatiques et locaux tels que l'Agence de gestion des frontières et la Commission nationale de lutte contre la radicalisation, l'extrémisme violent et le terrorisme. Plus de 400 commissaires de police régionaux ont participé à la collecte de ces données, offrant une carte détaillée des zones exposées à la violence – une première au Bénin. 

« Le ciblage géographique est très bien fait. Tous les villages ciblés par cette intervention dans ma municipalité sont en effet des villages connus pour leurs situations économiques et sociales très délicates. La plupart du temps ce sont des localités très éloignées, avec une faible fourniture de services publics. »
Le maire de la municipalité de Ze
après sa visite du projet, juin 2023

Une prévention efficace des conflits nécessite la capacité à opérationnaliser les recommandations, des partenariats solides avec les autorités, l'appropriation des solutions au niveau local, une assistance technique en temps voulu , ainsi que le temps nécessaire pour identifier un suivi adapté et des indicateurs d'évaluation.

L'étude vise à renforcer l'intégration de la prévention des conflits dans les programmes de développement, permettant aux parties prenantes de concevoir des approches spécifiques et de prioriser les activités dans les villages et quartiers les plus exposés au risque de violence dans le pays. 

Le Fonds pour la construction de la paix et de l’État (SPF) est un fonds fiduciaire multidonateurs administré par la Banque mondiale qui collabore avec ses partenaires pour traiter les facteurs et les impacts liés à la fragilité, au conflit et à la violence, et pour renforcer la résilience des pays et des populations, des communautés et institutions affectées. Le SPF est soutenu par le Danemark, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède, la Suisse et la BIRD.

Les auteurs remercient Cynthia Raquel Delgadillo et Aline Coudouel pour leur précieuse contribution.

Auteurs

Solene Rougeaux

Social Protection and Jobs Global Practice in Europe and Central Asia

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