Améliorer les infrastructures scolaires afin que les élèves apprennent mieux

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Une salle de classe à Godineşti, département de Gorj, Roumanie. (Photo: Chiara Amato / World Bank)


Les infrastructures – bâtiments, salles de classe, laboratoires et équipements – constituent des éléments essentiels à l’apprentissage dans nos établissements scolaires et universitaires. Il existe de fortes preuves qu’une infrastructure de haute qualité facilite un meilleur enseignement, renforce les acquis scolaires et réduit l’abandon… entre autres.
 
Une étude récente, menée au Royaume-Uni, montre que des éléments environnementaux et architecturaux des infrastructures scolaires expliquent 16 pour cent de la variation de la réussite scolaire des élèves de l’enseignement primaire. Cette analyse montre par ailleurs que la façon dont une infrastructure scolaire est conçue a un effet sur les processus d’apprentissage en fonction de trois caractéristiques : elle doit être naturelle (ex. luminosité et qualité de l’air), stimulante (ex. couleurs et complexité), et individualisée (ex. flexibilité des espaces d’apprentissage).
 
Quoique les décideurs du secteur éducatif se concentrent de plus en plus sur la qualité de l’éducation et donc sur l’environnement scolaire, beaucoup de pays emploient encore une approche fragmentée dans les décisions concernant l’infrastructure scolaire. En Roumanie, par exemple, ces décisions ont été prises de façon décentralisée et non coordonnée, dans un contexte de besoins ponctuels et de ressources limitées… en l’absence totale de stratégie globale.


Un plan d’investissement fragmenté pose problème

Les établissements scolaires situés dans les zones marginalisées de la Roumanie sont ceux qui ont le plus grand besoin d’investissements… et leurs élèves et étudiants en sont doublement désavantagés car ces enfants, en général issus de familles rurales à faible revenu, sont donc obligés de fréquenter des établissements mal lotis.  Par exemple, 72 pour cent des collèges et lycées en zone rurale manquent de laboratoire de sciences, et presque 40 pour cent n’ont pas de latrines intégrées. Même si les établissements en zone urbaine sont mieux équipés, beaucoup sont en situation d’encombrement.  Un étudiant sur quatre en milieu urbain fréquente un établissement surpeuplé et plusieurs établissements, pour faire face à cette situation, s’organisent en vacations multiples. Les salles de classe encombrées, comme celle qui figure dans la photo ci-dessous, ne favorisent ni l’enseignement ni l’apprentissage.
 

Des pupitres alignés dans l’école Elena Văcărescu à Bucarest, Roumanie. (Fotografie: Peter Barrett / Banca Mondială.)


Depuis mars 2016, quatre phases du programme ont été exécutées :
 
Collecter et analyser des données. Notre équipe fait la collecte et l’analyse d’un très grand nombre de données provenant de plusieurs composantes du système éducatif roumain. La Roumanie ne s’était jamais attelée auparavant à une collecte de données d’une telle envergure. Au-delà du Système informatique intégré de l’éducation en Roumanie, nous nous sommes servis d’autres sources secondaires pour alimenter l’analyse autour de quatre grandes thématiques (voir le schéma ci-dessous) : (i) évolution démographique ; (ii) besoins des établissements scolaires ; (iii) solutions de transport alternatives ; et (iv) demande de compétences sur le marché de l’emploi.
 
Nous avons en plus collecté des données provenant de sources primaires… par exemple, sur l’état des infrastructures des maternelles et universités, et sur l’offre et la demande de savoirs au niveau de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur. Nous avons même collecté des données sur la qualité environnementale dans un échantillon de salles de classe à travers le pays, ce qui a montré que les niveaux de CO2 atmosphérique dans les établissements scolaires de Bucarest étaient entre deux et cinq fois supérieurs au seuil acceptable pour la qualité de l’air dans un cadre scolaire. 



Identifier les grands enjeux de l’éducation. Une analyse approfondie des données met le doigt sur une suite de problèmes, importants soit par leur étendu soit par leur acuité, selon le niveau d’études ou la zone géographique. Par exemple, les municipalités ayant plus d’élèves inscrits dans un établissement surpeuplé enregistrent aussi des taux plus élevés de répétition, d’abandon, et de disparité entre âge et année d’étude, ce qui suggère qu’une infrastructure inadéquate et, plus généralement, un environnement d’apprentissage appauvri, ont un impact négatif sur les élèves. Notre équipe a également découvert qu’il existe une corrélation significative positive de 0,15 entre l’encombrement et la disparité entre âge et année d’étude dans le deuxième cycle de l’enseignement secondaire (lycée).
 
Nous avons par ailleurs mené des consultations dans toutes les huit régions de la Roumanie. Puisque l’établissement scolaire est fortement ancré dans sa communauté, il était important de s’entretenir directement avec les acteurs locaux dans sur ces sujets.
 
Élaborer un ensemble de critères pour mieux prioriser les investissements à faire. En tant qu’État-membre de l’Union européenne, la Roumanie peut accéder à des fonds en dehors des seuls budgets national et municipal pour financer les infrastructures scolaires : le Fonds européen de développement régional et le Fonds européen agricole pour le développement rural. En tout, la Roumanie possède environ 850 millions d’euros (équivalents à plus d’un milliard de dollars américains) qu’elle peut investir dans l’infrastructure scolaire d’ici 2023.  Cette manne est une chance inouïe pour tenter de réduire les disparités, en matière d’infrastructure, entre les quelque 19.000 établissements scolaires qui accueillent au total plus de 3,4 millions d’enfants.
 
Afin qu’elles puissent évaluer et ensuite prioriser les projets de financement d’infrastructure qui leur sont présentés par les gouvernements municipaux, les autorités roumaines ont besoin de critères simples correspondant aux différents niveaux du système éducatif.  L’équipe de la Banque mondiale a élaboré et proposé un ensemble de critères regroupés par les quatre thématiques mentionnées ci-dessus. En appliquant ces critères, dans une approche qui se veut empirique, globale et ouverte, les autorités pourront s’assurer que les projets sélectionnés représentent l’équilibre optimal entre l’efficience, l’équité et les besoins spécifiques du secteur.
 
Suivre la mise en place du modèle nouveau. La dernière étape du processus consiste à suivre de près l’application des critères dans des situations concrètes et la distribution des fonds aux projet d’investissement. Dans cette optique, l’équipe de la Banque mondiale aide les autorités roumaines à établir un système d’information géographique (SIG).
 
L’expérience roumaine pourrait faire modèle
 
Au moment où les décideurs d’un peu partout s’intéressent de plus en plus à la qualité des apprentissages, l’expérience roumaine montre que les données multidimensionnelles peuvent être exploitées pour créer des environnements propices à l’enseignement. Là où les ressources sont limitées, les différents besoins en compétition, et les conditions de départ inégales, il est essential d’adopter une approche à la fois empirique et globale pour focaliser l’attention sur l’objectif commun : améliorer la qualité de l’éducation pour toutes et tous.

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Auteurs

Janssen Teixeira

Janssen Teixeira, Senior Education Specialist, World Bank Group

Jeremie Amoroso

Jeremie Amoroso, Education Consultant, World Bank Group

James Gresham

James Gresham, Education Consultant, World Bank Group

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