La réalité inacceptable et intolérable des châtiments corporels infligés aux enfants et aux jeunes

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A classroom
Photo: Claudio Cortes Aros (this work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 International License).

Les châtiments corporels sont une pratique qui reste répandue dans de nombreuses écoles du monde entier. C'est inacceptable. Nous accordons beaucoup d'attention aux interventions pédagogiques, aux innovations technologiques, à la fourniture de moyens de communication, et à de nombreux autres programmes et politiques pour améliorer l'apprentissage. Mais ces investissements pour l’éducation ne sont pertinent que si un enfant se sent en sécurité à l'école (et à la maison).  Le 30 avril est la Journée internationale pour mettre fin aux châtiments corporels des enfants. Malheureusement, près d’un pays sur trois (64 sur 199) n'interdit pas totalement les châtiments corporels à l'école.  La plupart des pays qui autorisent les châtiments corporels sont en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, mais la liste comprend également certains pays à hauts revenus.

 

Corporal punishment

 

Les châtiments corporels ainsi que le manque de sécurité à l’école et la violence, y compris le harcèlement et la violence basée sur le genre, affectent profondément la capacité des élèves à apprendre et la capacité des enseignants à enseigner. Les recherches suggèrent que les étudiants exposés aux châtiments corporels sont davantage susceptibles d'adopter des comportements négatifs et de régresser académiquement en termes d'apprentissage par rapport à leurs pairs qui n'ont pas été exposés à ces châtiments.

En Afrique francophone, selon les données du PASEC, environ un tiers des enseignants (hommes et femmes) de 6ème année déclarent avoir recours aux châtiments corporels en classe. Du côté des élèves, près de deux tiers des enfants déclarent avoir été victimes de tels châtiments en classe. De plus, un tiers des élèves déclarent avoir peur à l'école, ce qui a un effet négatif important et statistiquement significatif sur leur niveau d’apprentissage. Une étude pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord suggère que dans les écoles qui manquent de protection contre la violence et qui ont des pratiques disciplinaires inadaptées en classe, la performance des élèves est réduite.

Les châtiments corporels sont également un facteur associé au décrochage scolaire, à l'intimidation et à d'autres comportements antisociaux. Ils peuvent avoir un impact négatif non seulement sur les résultats scolaires mais aussi sur le bien-être social et émotionnel des enfants, laissant ainsi des cicatrices permanentes qui peuvent affectent leur productivité plus tard dans la vie.

Les enseignants peuvent contributeur au sentiment de sécurité des élèves. Mais ils ne reçoivent souvent pas la formation et les ressources qui leur sont nécessaires pour s'acquitter de leur tâche. Cette tâche est extrêmement complexe puisqu’il s’agit de gérer la classe et d'enseigner pour les élèves tout en répondant à leurs besoins émotionnels, sociaux et pédagogiques variés. Face à de telles situations, certains enseignants ont recours - de manière injustifiée - aux châtiments corporels. Il n'est pas surprenant que parmi les différents types d'interventions pour la prévention de la violence à l'école, celles qui visent à fournir aux enseignants les compétences qui leur sont nécessaires pour améliorer leurs relations avec les élèves et gérer les comportements des élèves ont des résultats plus solides et plus fiables en termes de réduction des comportements perturbateurs et agressifs en classe. Cela peut à son tour améliorer les résultats d'apprentissage et renforcer les comportements pro-sociaux plus tard dans la vie.

Offrir aux enseignants des opportunités de développement professionnel personnalisées, pratiques et permanentes axées sur l'amélioration de leurs compétences pour la gestion des classes, le renforcement positif, et l’amélioration des interactions entre enseignants et élèves est essentiel pour l'environnement de la classe. Grâce à la pratique et à la mise en rôle, les enseignants et les élèves peuvent acquérir de nouvelles compétences pour l'interaction sociale, le bien-être émotionnel et l'apprentissage, de sorte que les mesures extrêmes telles que les châtiments corporels ou toute autre forme de comportement violent puissent être évitées.

Les formations d’apprentissage social et émotionnel se sont également avérées efficaces pour améliorer les comportements pro-sociaux des élèves et leurs résultats d’apprentissage. Une méta-analyse des interventions de gestion de la classe les plus efficaces pour améliorer les compétences académiques et socio-émotionnelles et le comportement général des élèves met en évidence les avantages de ces programmes d’apprentissage. De plus, la recherche montre que l’apprentissage par l’expérience et les techniques d’apprentissage collaboratives améliorent également les résultats, les relations et l’image de soi des élèves. Le manuel de l'OMS sur la prévention de la violence à l'école fournit des ressources utiles sur la discipline positive pour les enseignants et les écoles.

Il est aussi important de se rappeler que la vie des enseignants et des élèves est interconnectée. Ils font partie d'un écosystème scolaire limité par des ressources, des capacités et des arrangements institutionnels qui ont des limites. La contextualisation des interventions et l'analyse critique des différentes variables influençant le comportement des enseignants et des élèves sont nécessaires.

Un programme qui a réussi à réduire la violence dans les écoles primaires, y compris les châtiments corporels, est le Good School Toolkit en Ouganda. Le programme fournit des techniques pratiques pour changer les comportements. Il se concentre sur l'établissement d'objectifs, la discipline positive, l'empathie et la réflexion, ainsi que la pratique de nouvelles compétences comportementales parmi les élèves et le personnel de l'école. Une évaluation suggère qu'après 18 mois de mise en œuvre, la programme a (1) réduit de 42% le risque de violence physique par les enseignants et le personnel de l'école contre les élèves; (2) réduit de moitié le nombre d'enseignants qui ont déclaré avoir recours à la violence physique contre les élèves; et (3) a amélioré la perception d’interdépendance des élèves, leur bien-être et leur sentiment de sécurité et d’appartenance à leur école.

Des programmes comme celui-ci sont souvent considérés comme utilisant une approche pour atteindre « l’entièreté de l’école» pour réduire la violence à l’école. Ils mettent l’accent sur le fait que de multiples parties prenantes ont un rôle à jouer dans la prévention de la violence. Le climat scolaire peut être transformé lorsque les enseignants, les élèves et la communauté scolaire travaillent ensemble pour renforcer le respect et la confiance, et lorsqu’ils reconnaissent que les châtiments corporels sont non seulement contre-productifs mais ont aussi un impact négatif sur l’apprentissage et le bien-être de l’enfant.

 

A vision of learning

 

La promotion d'écoles sans violence fait partie intégrante de l'approche de la Banque mondiale pour améliorer l'apprentissage (c’est le Pilier 4). Cette approche met l'accent sur le soutien pour des écoles sans violence et inclusives en veillant aussi à ce que les écoles soient équipées de l'infrastructure, des ressources humaines, des politiques et des normes nécessaires pour permettre à tous les enfants d’apprendre dans un environnement accueillant, exempt de discrimination, de violence, d'intimidation et de châtiments corporels. La Banque mondiale et le Partenariat mondial pour mettre fin à la violence contre les enfants sont en train de finaliser une étude pour encourager les investissements en faveur des politiques et programmes visant à mettre fin à la violence à l’école. L’étude devrait être publiée plus tard cette année.

La Banque mondiale aide également les pays à élaborer leur législation visant à favoriser des écoles sans violence et inclusives et à analyser et à modifier le cadre juridique existant pour interdire les châtiments corporels. Nous sommes prêts à aider les pays à mettre en œuvre des mesures visant à modifier les normes sociales et à favoriser un climat scolaire positif et un apprentissage sans violence, cela en impliquant les enfants, les parents, les éducateurs et les communautés.

Les écoles doivent permettre aux enfants de se sentir en sécurité. Cela nécessite une approche à l'échelle de l'entièreté de l’école et même au-delà de l'école pour éviter la violence et les abus. Toutes les formes de violence contre les enfants, y compris les châtiments corporels à l'école, doivent être interdites afin de fixer des normes claires pour tous. Mais il ne s'agit pas seulement d’adopter une législation et de la mettre en œuvre. Il s'agit de changer les mentalités. Cette tâche est urgente. Les enfants et les jeunes doivent se sentir respectés, valorisés, en sécurité et heureux à l'école. C'est probablement l'objectif le plus important de l'expérience éducative. Si un enfant ou un jeune ne se sent pas le bienvenu, n’a pas un sentiment d'appartenance et ne se sent pas heureux et en sécurité dans un établissement d'enseignement, les efforts pour la pédagogie et des technologies plus avancées ou de meilleurs espaces d'apprentissage ne mèneront pas aux résultats espérés. Les châtiments corporels sont inacceptables et intolérables. Ils représentent un obstacle majeur à l'apprentissage. Un des défis essentiels du développement est de mettre fin à ces châtiments.

Thèmes

Auteurs

Laura McDonald

Chargée des opérations, pôle mondial d'expertise en Éducation de la Banque mondiale

Chloe Fevre

Directrice, Safe to Learn Global Initiative

Manal Quota

Senior Education Specialist

Quentin Wodon

Économiste principal, Éducation, Banque mondiale

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