Crise du coronavirus : pour les pays les plus pauvres, le pire est à venir

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Preparations for screening and preventing potential coronavirus (COVID-19) arriving in the Democratic Republic of Congo from Brazzaville, Republic of Congo. Photo: © Hugh Kinsella Cunningham/World Health Organization
Préparatifs au dépistage et à la prévention du COVID-19 (coronavirus) en République démocratique du Congo.
Photo : © Hugh Kinsella Cunningham/OMS

Trois mois après le début de l’épidémie de coronavirus, cet événement nous apparaît clairement pour ce qu’il est : une tragédie humaine qui porte à l'économie planétaire un coup d’une gravité sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale . Dans les économies développées comme dans les pays en développement, la vague de la pandémie a rapidement submergé les systèmes de santé, avec des répercussions sociales et économiques qui s’annoncent d’une ampleur inégalée.

Pour les pays les plus pauvres cependant, le pire est à venir. Car ils sont profondément défavorisés pour affronter la crise : leurs systèmes sanitaires sont fragiles et leur accès à des fournitures médicales indispensables précaire, tandis que leur économie est moins résiliente aux chocs et fortement tributaire des échanges commerciaux. Les pays les plus pauvres risquent d’être bientôt touchés sur tous les fronts, et la catastrophe économique et sociale qui les frappera aura des effets qui se propageront dans l’ensemble du monde, en favorisant la diffusion du virus et en mettant en péril le redressement de l’économie mondiale.

« La coopération pour aider ces pays à éviter le pire n’est pas seulement un impératif moral : elle est dans l’intérêt de tous. »

La coopération pour aider ces pays à éviter le pire n’est pas seulement un impératif moral : elle est dans l’intérêt de tous. Les choix que nous faisons aujourd’hui auront des effets durables sur la capacité des pays en développement à faire face à la crise sanitaire et économique. Trop de pays prennent actuellement des mesures de nature à compromettre l’accès aux produits médicaux et à déstabiliser les marchés alimentaires. Pourtant, le passé récent nous a appris que ces politiques, outre le fait qu’elles sont inefficaces, ont en réalité pour effet d’aggraver le mal qu’elles prétendent combattre. Il serait au contraire plus judicieux d’adopter une approche coordonnée afin d'accroître la production et de répondre aux besoins des plus vulnérables.

Si la grande majorité des cas d’infections au coronavirus signalés jusqu’à présent ont concerné des pays développés, le nombre de contaminations dans les pays en développement pourrait augmenter considérablement dans les prochains mois. Quoi qu’il en soit, les ravages économiques de la pandémie se propagent déjà : les chocs d’offre et de demande se conjuguent et se répercutent d’un pays à l’autre à travers leurs effets sur les voyages, le commerce, la finance, les marchés des produits de base et la confiance des investisseurs. Parmi les pays les plus touchés par le coronavirus, dix-sept sont des plaques tournantes essentielles dans les réseaux du commerce mondial, ce qui contribue à amplifier les répercussions économiques pour les pays en développement.

« La hausse des restrictions à l’exportation exacerbe les tensions sur l’offre et fait augmenter les prix. »

La pandémie est déjà à l’origine d’une pénurie mondiale de fournitures médicales. Or la hausse des restrictions à l’exportation exacerbe les tensions sur l’offre et fait augmenter les prix. Le Groupe de la Banque mondiale a récemment lancé une nouvelle base de données (a) afin de suivre l’évolution des effets de ces politiques commerciales. Nos travaux mettent en lumière la grande vulnérabilité des pays en développement en ce qui concerne l’approvisionnement en fournitures médicales : dans les 20 pays en développement les plus touchés par la pandémie, cinq partenaires commerciaux seulement assurent l’importation de 80 % des produits indispensables à la lutte contre le coronavirus. Selon notre analyse (a), les restrictions déjà imposées sur les exportations de masques de protection vont probablement entraîner une hausse des prix de plus de 20 % ; en cas d'escalade des restrictions, les prix pourraient même flamber de plus de 40 %.

Après les pénuries de fournitures médicales, les denrées alimentaires pourraient venir à manquer, alors même que les niveaux de production devraient atteindre des sommets en 2020. En cause, la désorganisation des chaînes d’approvisionnement, le manque de main-d’œuvre causé par une morbidité accrue et la chute de l'activité dans les petites et moyennes entreprises (PME), dont un grand nombre risquerait de devoir mettre la clé sous la porte. Les exportations chinoises de produits agricoles ont par exemple reculé de 12 % au cours des deux premiers mois de 2020.

« Limiter les exportations alimentaires pour renforcer la disponibilité des produits sur le marché extérieur : c’est précisément ce qu’il ne faut pas faire dans les circonstances actuelles. »

Et, là encore, on voit un petit nombre de pays (a) faire cavalier seul. Limiter les exportations alimentaires pour renforcer la disponibilité des produits sur le marché extérieur : c’est précisément ce qu’il ne faut pas faire dans les circonstances actuelles. Si l’on se réfère aux enseignements (a) de la crise alimentaire de 2008-2011, de telles mesures ont fait grimper les cours mondiaux de 13 % en moyenne et de 45 % pour le riz. Et ce sont les pays les plus pauvres qui en paieront le tribut le plus lourd parce qu’ils sont fortement tributaires des importations de denrées alimentaires : 80 % en moyenne des importations alimentaires des pays en développement proviennent de trois pays seulement, et cette proportion grimpe même à plus de 90 % dans les pays fragiles et en situation de conflit, ce qui les rend extrêmement vulnérables aux changements de politique commerciale dans les pays exportateurs.

Il sera par conséquent crucial de promouvoir une approche mondiale cohérente — axée sur la coopération internationale et la préservation d’un système commercial ouvert et fondé sur des règles — afin de garantir une réponse rapide face à la progression des infections et à la propagation, dans le monde en développement, des souffrances économiques causées par la pandémie dans les économies développées. C’est la raison pour laquelle j’ai appelé les ministres du commerce du G20 à prendre des mesures concrètes dans ce sens, tout en préconisant une initiative parallèle de tous les membres de l’Organisation mondiale du commerce :

  • s’abstenir d’imposer, ou limiter, de nouvelles restrictions à l’exportation sur les fournitures médicales essentielles, les aliments ou autres produits clés ;
  • éliminer ou réduire les tarifs et les barrières non essentielles sur les importations de produits liés à la lutte contre la pandémie de Covid-19, les denrées alimentaires et autres produits de base ;
  • veiller à ce que les produits essentiels puissent traverser les frontières en toute sécurité ;
  • assurer un accès continu aux capitaux et au financement commercial aux PME. 

Tous les gouvernements devraient agir sans tarder pour contrer la menace d’une pénurie de produits essentiels. Les achats de fournitures indispensables devront être coordonnés afin d’assurer une hausse de la production qui réponde aux exigences de coût-efficacité et de permettre l'acheminement rapide des marchandises des zones excédentaires vers des zones en demande.

Dans ce domaine, la Banque mondiale a plus particulièrement pris les devants en offrant à ses pays clients des services gratuits de facilitation des achats afin qu’ils puissent se procurer des produits et équipements médicaux indispensables. Nous les aiderons à identifier les fournisseurs disposant de stocks et à négocier les prix et conditions d’achat. Les emprunteurs concluront eux-mêmes les contrats, y compris en ce qui concerne la logistique. Parallèlement, dans le cadre de nos programmes de financement en faveur des PME, nous aidons également, dans la mesure du possible, à réorienter les capacités de production vers des produits médicaux.

« Toute notre action est guidée par une priorité : apporter des réponses rapides et modulables pour atténuer l’impact de la pandémie de Covid-19 tout en renforçant la coopération internationale. »

Toute notre action est guidée par une priorité : apporter des réponses rapides et modulables pour atténuer l’impact de la pandémie de Covid-19 tout en renforçant la coopération internationale. Dès le mois dernier, nous avons mis sur pied un mécanisme de financement accéléré de 14 milliards de dollars afin d’accompagner les efforts déployés par les pays et les entreprises pour prévenir, détecter et faire face à la propagation du coronavirus, en mobilisant notamment les dispositifs de financement commercial et de lignes de crédit de la Société financière internationale (IFC). 

L’importance de la coopération internationale et de mesures adaptées est encore plus grande au moment où nous entamons la prochaine phase de notre riposte pour consacrer nos efforts sur la reprise, avec la détermination de sortir plus fort de la crise. Le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont appelé à la suspension des paiements au titre du service de la dette pour les pays IDA sollicitant un délai de grâce, afin de leur permettre de disposer d’une plus grande marge de manœuvre budgétaire. En outre, nous nous tenons prêts à déployer, au cours des 15 prochains mois, un soutien financier de 160 milliards de dollars dans le but de continuer à aider les pays à faire face à la crise, améliorer leur résilience et favoriser leur redressement.

« Les pays qui restent intégrés dans l’économie mondiale seront les mieux placés pour faire face efficacement à la crise à court terme et se relever plus rapidement à moyen terme. » 

La vitesse et l’ampleur avec laquelle s’est répandu ce virus meurtrier ces trois derniers mois ne laissent plus planer aucun doute sur le danger majeur qu’il représente. Faire cavalier seul n’est plus une option. Les pays qui restent intégrés dans l’économie mondiale seront les mieux placés pour faire face efficacement à la crise à court terme et se relever plus rapidement à moyen terme. Nous sortirons beaucoup plus forts si nous travaillons tous ensemble en nous concentrant résolument sur l’avenir.

Initialement publié sur The Telegraph.


VOIR AUSSI : L'actualité du Groupe de la Banque mondiale face à la pandémie de COVID-19

Auteurs

Mari Elka Pangestu

Directrice générale de la Banque mondiale pour les politiques de développement et les partenariats

Prenez part au débat

Zobo Claude Aline
11 avril 2020

Pourquoi escamoter vous l'idée de l'endogeneisation des solutions africaines ? Vous voyez bien que le chao prédit depuis des semaines est loin d'être réalisé et même réalisable compte tenu de la réaction des africains eux-mêmes qui conscients de leurs insuffisances s'approprient de mieux en mieux des bonnes pratiques et travaillent d'arrache-pied pour endiguer cette crise sanitaire et même contrôler ses effets économiques.
Merci!

Bathily
11 avril 2020

Il est très simple de lutter contre cette pauvreté il faut juste financer nos projets en tant que femme on peut réaliser nos projets facilement sur place pour diminuer la pauvreté tout en le faisant d'une manière prudente et diminuer la pauvreté a condition qu'on a des financements à mon avis si chaque femme avait déjà quelque économie ou un épargne queqlue part on allait pas arriver ici même les plus riches sont toujours devant la banque plus forte raison ce qui sont pauvres et organisés un dont pour chaque famille démunie

Abdoulaye Djibril Diallo
16 avril 2020

Avec cette crise qui n'a pas de frontières, des leçons doivent être y tirées. la conscience planétaire devrait être renforcée, les États doivent renforcer leur coopération pour une solidarité internationale.

SOULAIMANA MOHAMED
11 avril 2020

A suivre...

Thameur MAATOUG
11 avril 2020

Bonjour,
Sachant que le groupe de la Banque mondiale et le FMI, ont suffisamment de données sur la nocivité systémique qui gangrène l'activité économique au profit d'une oligarchie pesante sur les rouages de l'État, j'appelle les dirigeants du groupe de la Banque Mondiale a saisir le contexte très particulier de cette pandémie pour exiger des mesures immédiates afin de protéger et soutenir les PME et freiner l'appétit des banques tunisiennes.
Dans ce sillage je suggère les actions suivantes :
1/ passer à l'application d'un taux d'intérêt ne dépassant pas 5% avec un effet rétroactif sur les tranches de prêts déjà accordés et non encore échus et payés par les bénéficiaires.
2/ imposer aux banques de financer les bons de trésor au taux de 1%.
3/ Maintenir un TMM relativement élevé par la BCT de l'ordre de 5%.
Ces mesures pourraient mettre fin à l'accès au gain facile et injustifié des institutions bancaires et les pousser à accomplir leur vraie mission, celle de financer l'économie, donc essentiellement les PME.

Edmond
11 avril 2020

J'aimerais savoir les risques et incidents de cette pandémie sur le plan de l'éducation

11 avril 2020

Bonjour Edmong, voici un billet sur le thème de l'éducation dont nous vous recommendons la lecture : https://blogs.worldbank.org/fr/education/pandemie-covid-19-coronavirus-…

Abdoulaye Djibril Diallo
11 avril 2020

Le coronavirus, par sa propagation mondiale vient de confirmer que le monde est village planétaire. De ce fait, il n'y a pas de vraies fronctières entre les Etats. A mon avis, l'Humanité doit tirer une leçon de morale dans cette crise, celle de la conscience planétaire. Aujourd'hui, tous les Etats doivent renforcer leur coopération et proouvoir une solidarité internationale.

Mamadou Gueye
11 avril 2020

Nos salutations d'abord et pour dire à l'endroit de cette calamité que je suis très attristé de ce qui se passe dans le monde :le nombre de morts puis le nombre de cas positifs.Ici au Sénégal c'est encore moins grave mais tout le temps nous nous consacrons à faire des prières pour une disparition totale du Covid 19 dans le monde et à la relance de l'économie mondiale. merci à bientôt.

Malki aissa
14 avril 2020

Solliciter et féliciter le rôle de la Banque mondiale
En urgence nous avons besoin de courage , stabilisation et adaptation avec ce phénomène Covu 19.
En locurence les questions climatologique doivent être traités en parallèle avec les questions sanitaires dans une charte commune.
Les financements des États et des organisations ainsi les entreprises doivent intégré le souci environnement au sens large.
Favoriser de plus les financements et aides en optant pour des partenariats Ppp.
Saluer les initiatives de banque mondiale pour contrecarrer ce virus .

balde
11 avril 2020

c'est très inquiétante dans nos pays avec l'arrivée de la saison pluvieuse qui est propice à la propagation du Virus ; je me rappel le pic pendant l’épidémie d'ébola et le manque d'appareil de réanimation dans les structures sanitaires. comment respecter le confinement où les personnes vivent du jour au jour . L'augmentation des réticences des contacts due à la tradition et les propos de certains de nos dirigeant . les voies de communication restent à désirer ou absentes pour transporter les malades d'un point à un autre.

Vérité
14 avril 2020

Merci beaucoup pour l'article

Allaoui Soihib ACHIRAFI
14 avril 2020

Décision capitale et salutaire prise par les autorités de la Banque. Ce pendant, pour qu'il soit efficace et efficience la mise en pratique de cette décision doit reconsidérer la pratique des acteurs de terrain dans ces Pays. Renforcement de capacités de gestion qui doit être accompagner par des mesures politiques et sociales plus solidaires de ce que nous avons connu jusqu'ici.

DAO
14 avril 2020

Cette pandémie est une opportunité pour l'Afrique de montrer au monde entier qu'elle n'a jamais été pauvre. Et ce, dans tous les sens du terme...

Charlie Dingui
14 avril 2020

Je suis d’accord avec l’analyse qui est faite concernant la vulnérabilité des pays en développement par rapport à la pandémie du Civid-19. Et pour moi, c’est une occasion pour ces pays de tout mettre en œuvre pour se doter des capacités nécessaire pour produire par eux-mêmes les biens de première nécessité. On voit bien qu’une intégration au commerce mondiale qui les maintient dans ce type de dépendance n’est pas tenable à long terme...

IDDI Mukasi
14 avril 2020

Merci beaucoup pour votre soutien sur cette crise mondiale de pandemie

Ramaroson Joseph
21 avril 2020

Les pratiques traditionnelles en matière médicale devront être soutenu si nous souhaiterons un développement durables, le traitement par les plantes médicinales montre son efficacité par ceux qui la pratique tant sur la prévention que sur le traitement proprement dit. Le développement de cette filière permettra aux petits exploitants agricoles d'accroître leurs AGR (activités génératrices de revenues) sur la production de ces plantes médicinales (75 à 80% de la population se trouvent dans le monde rural dans les pays en développement surtout l’Afrique) et l'amélioration du PIB du pays si le gouvernement se positionnera en tant que facilitateur du développement de la chaîne de valeur de ces plantes médicinales (production pharmaceutiques).

Mr Babacar NDIAYE
16 avril 2020

Cette article a dit tout sur cette catastrophe economique et saciale du COVIDV19 pour le secteur privé local et naational africain non dependant des aides institutionnelles. Donc est qu'il faut subir ou attendre les mesures institutionnelles d'urgence?

Sekou Sangaré
16 avril 2020

Cette pandémie de covid-19 est une preuve que le monde est un et indivisible; c'est pourquoi il est urgent que le monde s'unit et envisage des mesures coordonnées pour mettre fin à cette catastrophe. Le Monde ne pourra vaincre cette pandémie que par l'unité.

KEITA
21 avril 2020

Il importe que la banque mondiale accompagne les pays pauvres par la mise en place de partenariat approprié à leur situation sinon la reprise sera difficile

Bianzoumbe Boris
08 juillet 2020

Quelles peuvent être les politiques de relances dans les pays en développement après la crise sanitaire mondial

Keloudabi
21 septembre 2020

Nous sommes déjà immergés dans ce Chao pandemic...donc il va faloir repenser nos économie en ingérent plus de moyens dans la production interne de nos différentes pays.. ..