Publié sur Opinions

Faire le lien entre transports, alimentation, eau et énergie pour préparer un avenir plus durable

Connecting the dots between transport, food, water, and energy for a more sustainable future Connecting the dots between transport, food, water, and energy for a more sustainable future

La présidence égyptienne accueille actuellement la 27e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. Alors que de plus en plus de pays et de communautés prennent conscience de la gravité de la crise climatique imminente, les enjeux — et les attentes — n'ont jamais été aussi considérables. La COP27 devrait permettre d'avancer sur plusieurs fronts, notamment l'adaptation, une transition juste vers la décarbonation et les financements climatiques. On s'attend également à plusieurs annonces et lancements de nouveaux projets et programmes, à l'image de l'Initiative pour des transports durables.  

Dans la perspective de cette conférence, d'autres nouveautés sont en cours de discussion qui concernent les investissements dans les domaines croisés de l'eau, de l'alimentation et de l'énergie. Ces initiatives semblent prometteuses, car elles tiennent compte d'une réalité fondamentale : face à un défi aussi complexe que le changement climatique, il ne faut pas cloisonner les sujets, mais au contraire trouver des moyens efficaces de travailler simultanément dans plusieurs secteurs. Agir de concert est la seule option réaliste dont nous disposons si nous voulons progresser rapidement et de manière significative dans la lutte contre le changement climatique.  

Au fur et à mesure que les discussions se concrétiseront, nous devrons également accorder la priorité à l'Afrique, une région particulièrement exposée au risque climatique malgré sa faible part dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Selon l'indice mondial des risques climatiques du Forum économique mondial, cinq des dix pays les plus affectés par le changement climatique en 2019 se trouvaient en Afrique.  

D'un point de vue thématique, se concentrer sur les liens entre le climat, l'eau, l'alimentation et l'énergie prend tout son sens, y compris dans le contexte africain. À l’approche de la COP27, une personne sur trois dans le monde n'a pas accès à l'eau potable et à une alimentation correcte , la crise climatique exerçant une pression croissante sur l'approvisionnement en eau et l'agriculture.  

Dans cette équation, les transports jouent un rôle essentiel pour obtenir de meilleurs résultats dans les autres secteurs. Inversement, nous voyons que la guerre en Ukraine a entraîné le blocage des ports de la mer Noire, ce qui a provoqué une grave crise alimentaire au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La crise s'est étendue à la Corne de l'Afrique, et des dizaines de millions de personnes dépendantes des céréales ukrainiennes et russes ont subi de graves privations alimentaires au Kenya, en Éthiopie et en Somalie (a). En Asie du Sud, les interruptions des systèmes de transport au Bangladesh (a) ont entraîné la perte de denrées périssables et un effondrement des prix à la production, compromettant par là même la sécurité alimentaire des agriculteurs. 

L’importance du transport pour d'autres secteurs 

Depuis l'agriculture jusqu'à l'approvisionnement en eau et en énergie, de nombreux secteurs et industries pourraient bénéficier d'investissements plus massifs et plus judicieux dans les transports durables.  Par exemple, il a été démontré que des systèmes de transport efficaces, sûrs et écologiques sont moins coûteux et, par conséquent, diminuent les prix des denrées alimentaires . C'est là un atout essentiel pour réduire le gaspillage de nourriture et assurer la sécurité alimentaire. 

Les possibilités de synergies intersectorielles ont souvent été négligées. Ainsi, nombre de grands corridors de transport ont été construits le long des systèmes de distribution d'eau et d'électricité. Une planification concertée entre ces secteurs aurait pu faire baisser les coûts et amplifier les avantages économiques et sociaux. 

Comme l'indique le récent rapport Mobility Performance at a Glance: Country Dashboards 2022 (a), il existe une grande marge d'amélioration si nous voulons créer des systèmes de transport plus durables et optimiser leurs contributions à d'autres secteurs. Ce rapport compile les profils des systèmes de transport et de mobilité de 183 pays à partir des dernières données disponibles pour 60 indicateurs, et classe ces pays en fonction de leurs performances.  

Les avantages des politiques intégrées 

Les objectifs de développement dans les secteurs de l'énergie, de l'alimentation et de l'eau ne peuvent être atteints sans politiques connexes dans celui des transports. Par exemple, il ne suffit pas d'investir dans l'agriculture et la sécurité de l'eau pour assurer la sécurité alimentaire. La mise en œuvre de politiques connexes dans les réseaux logistiques et les chaînes d'approvisionnement est également nécessaire.  

De même, il est désormais largement reconnu que la décarbonation des économies passera par des investissements et des mesures complémentaires dans l'énergie et les transports. Ainsi, une politique d'électrification des flottes de véhicules ne pourra atteindre son objectif de réduction des GES que si les énergies renouvelables peuvent être exploitées et développées.  
  
Malgré cette interdépendance, la plupart des gouvernements et des organisations internationales ont en général opté pour une approche cloisonnée. Des organismes distincts élaborent des politiques, des plans d'investissement et font des choix de développement pour les différents secteurs, avec peu ou pas de réflexion intersectorielle. Or, en concevant des combinaisons de politiques cohérentes entre les secteurs, nous aurons de meilleures chances de réaliser les ODD et les objectifs de l'accord de Paris.   

Mettre en commun les ressources et les investissements 

Les pays à faible revenu sont confrontés à de sérieuses difficultés de financement dans chaque secteur, à un endettement extérieur croissant, et à des arbitrages difficiles pour l’affectation de ressources budgétaires limitées. Là encore, une démarche décloisonnée pourrait contribuer à alléger la pression en permettant aux services gouvernementaux de mettre en commun les financements et d'utiliser plus efficacement des ressources réduites. 

Dans ce contexte, plusieurs programmes intersectoriels innovants suscitent un intérêt croissant, comme ceux visant à dessaler l'eau de mer à l'aide d'énergies renouvelables ou à produire de l'électricité à partir d'eaux usées et de biocarburants . De même sont à l'étude des investissements conjoints des secteurs du transport et de l'énergie pour une mobilité électrique durable, dans le cadre desquels le secteur des transports bénéficierait d'enseignements utiles en matière d'accès au financement. Dans le cadre de ce modèle économique, les compagnies d'électricité peuvent devenir à la fois partenaires et investisseurs dans l'e-mobilité, sachant que mutualiser des projets est un moyen de diversifier les risques inhérents aux projets, notamment celui lié aux recettes.  

Tous ces sujets ont été abordés le 5 octobre 2022, à l'occasion de la 13e réunion du Consortium (a) du Partenariat pour une mobilité durable pour tous (SuM4All). Avec pour thème « Amener les transports à la COP27 », les représentants des 56 membres du partenariat se sont penché sur ses contributions à la discussion, notamment autour du sujet du coût et de l'équité de la transition vers l'électromobilité dans les pays africains à faible revenu. Les participants ont également découvert un nouvel outil pour orienter la prise de décision dans le domaine de la mobilité électrique, ont exploré les synergies avec des investissements dans les énergies renouvelables, et discuteront de la manière dont nous pouvons réinventer les transports publics pour le développement économique post-COVID.  


Auteurs

Nancy Vandycke

Directrice de programme, Mobilité durable pour tous (SuM4All) et Économiste principale, Banque mondiale

Isabella Rolz Sandoval

Communications Officer, World Bank

Gurpreet Singh Sehmi

Economist, Sustainable Mobility for All (SuM4All), World Bank

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