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La population mondiale de demain, en quatre graphiques

Tariq Khokhar's picture
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La semaine dernière, les Nations Unies ont publié une révision de leurs prévisions et statistiques démographiques (a). J’ai eu l’occasion de parcourir ces chiffres et de consulter le très intéressant document de synthèse des principales conclusions (a) (PDF, 1MB) qui les accompagne.
 
Mais avant de nous y plonger, posons-nous la question de l’exactitude de ces prévisions : de quelles pistes disposent les démographes de l’ONU ? La réponse la plus complète que j’ai pu trouver est donnée par Nico Keilman, dans un document de 2001 (a) auquel Hans Rosling se réfère dans cette vidéo (a). Il indique qu’en 1958, les Nations Unies avaient tablé sur une population mondiale d’environ 6 milliards d’habitants en 2000 (se projetant ainsi 42 ans dans l’avenir), soit une marge d’erreur de moins de 5 %... On peut donc considérer qu’en effet, ces prévisions sont plutôt fiables.
 
Revenons aux données de 2015 et aux grandes tendances qui s’en dégagent, selon moi (pour mémoire, j’utilise les groupements régionaux des Nations Unies plutôt que ceux de la Banque mondiale (a).

1) La population mondiale devrait atteindre 11,2 milliards d’habitants en 2100

 

La population mondiale actuelle est de 7,3 milliards d’êtres humains. Elle continue d’augmenter mais à un rythme moins soutenu que par le passé. Elle devrait croître de 1 milliard d’ici 15 ans et de 1 milliard supplémentaire d’ici 25 ans, pour atteindre 9,7 milliards de personnes en 2050.

Selon les projections des variations moyennes, qui tablent sur un recul du taux de fécondité et un allongement de l’espérance de vie, la probabilité que la population mondiale se situe entre 9,5 et 13,3 milliards d’habitants en 2100 est de 95 %. Conformément à ce modèle, la population mondiale devrait « pratiquement certainement » augmenter à court terme avec, à moyen terme, une probabilité d’environ 23 % qu’elle se stabilise ou qu’elle entame un déclin avant 2100.

2) D’ici 2100, l’Afrique ou l’Asie abriteront plus de 80 % de la population mondiale

 


Actuellement, près des deux tiers de la population mondiale vivent en Asie, majoritairement en Inde et en Chine. Un examen des prévisions ventilées par région révèle que d’ici 2100, l’Afrique et l’Asie abriteront respectivement 4,4 et 4,9 milliards d’êtres humains et représenteront, ensemble, 83 % de la population mondiale. Autrement dit, la part de la population mondiale non africaine ou non asiatique paraît réduite et relativement constante.
 

 

3) L’Afrique affichera la plus forte croissance démographique de toutes les régions entre 2015 et 2050

 

Plus de la moitié de la croissance démographique dans le monde attendue entre aujourd’hui et 2050 sera le fait de l’Afrique, dont la population augmentera sur la période de 1,3 milliard d’habitants. Proportionnellement, c’est la région qui connaîtra la plus forte évolution, avec une hausse de 109 %.

En termes absolus, l’Asie sera la deuxième région responsable de l’augmentation de la population mondiale tandis que l’Europe devrait voir sa population diminuer de 4,3 % dans les 35 prochaines années.
 

4) La moitié de la croissance de la population mondiale sera à imputer à 9 pays seulement

 

C’est pour moi la conclusion la plus intéressante de cette révision : d’ici sept ans (2022), l’Inde devrait détrôner la Chine, avec une population de 1,7 milliard d’habitants attendue à l’horizon 2050. Cette seule évolution représente 17 % de la hausse de la population mondiale entre aujourd’hui et 2050. Notons que les États-Unis, seul pays à revenu élevé figurant dans la liste des pays les plus peuplés, se retrouveront en quatrième position d’ici 2050, derrière l’Inde, la Chine et le Nigéria. De fait (voyez le graphique en prime !), la population du Nigéria devrait dépasser celle des États-Unis entre 2045 et 2050, pour frôler la barre des 400 millions.

 

Hypothèses, variations et implications

Comme je vous le disais le mois dernier, je suis un passionné de démographie — pour les précieuses informations qu’elle recèle et qui sous-tendent les décisions que nous prenons, individuellement et collectivement.

Je vous recommande vivement de consulter le document de synthèse (a) (PDF, 1MB) publié parallèlement aux nouvelles données (et de piocher vous-mêmes dans toutes ces informations). En plus de détails sur l’évolution des schémas de survie, la pyramide des âges et les migrations internationales, ce texte rappelle que l’avenir de la population mondiale est étroitement lié à l’évolution du taux de fécondité.
 
Pour établir les projections des variations moyennes évoquées ci-dessus, les experts ont tablé sur un recul du taux moyen de fécondité dans le monde à 2,4 enfants par femme autour de 2030 et 2,0 autour de 2100 (contre 2,5 aujourd’hui). Mais ces prévisions présentent un fort degré d’incertitude, surtout pour les pays aux taux de fécondité supérieurs à cette moyenne. Elles rappellent que si le taux moyen de fécondité augmentait de simplement 0,5 enfant, en 2100, la population mondiale atteindrait 16,6 milliards d’habitants, soit plus de 5 milliards supplémentaires par rapport aux prévisions des variations moyennes citées ci-dessus.
J’espère sincèrement que vous aurez l’occasion de consulter ces nouvelles données — et que vous nous direz ensuite ce qui vous a le plus intéressé !

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