Six graphiques pour comprendre la crise de la sécurité alimentaire au Tchad

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Six graphiques pour comprendre la crise de la sécurité alimentaire au Tchad
Daniella Van Leggelo-Padilla / Banque mondiale

Exportateur net de pétrole depuis 2003, le Tchad a vu son PIB par habitant doubler entre 1995 et 2014, puis se réduire d’environ un quart depuis. En cause, notamment, la forte baisse des prix du pétrole, le changement climatique, la montée de l’insécurité et des conflits, et les troubles politiques.

Voici, en six graphiques, les principaux enseignements des derniers travaux de la Banque mondiale sur l’évolution économique récente du pays et sur les facteurs à l’origine de l'actuelle crise alimentaire.

1. Le pays entre dans sa deuxième année consécutive de récession

Le PIB du Tchad s’est contracté de 1,2 % en 2021, soit la deuxième année consécutive de récession. Un recul qui s’explique par la suspension, pendant deux mois, de la production de pétrole dans les raffineries Esso, les perturbations de l’activité économique causées par l’insécurité sociopolitique et des contraintes de liquidité dues aux retards accusés dans la restructuration de la dette. L’inflation a baissé de 3,5 % en 2020 à 1 % en 2021, à la faveur du rétablissement des chaînes d’approvisionnement nationales consécutif à la levée des mesures de confinement. Le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a quant à lui augmenté, passant de 5,8 à 6,2 millions d’habitants.
 

Figure 1. Croissance du PIB au Tchad, 2018-2024

Figure 1. GDP Growth in Chad, 2018–24

Source : Autorités Tchadiennes et estimations des services de la Banque mondiale.
 

2. Le déficit budgétaire s’établit à 6,7 % du PIB, limitant la capacité du Tchad à améliorer les services essentiels

Le Tchad a affiché un déficit budgétaire (hors dons) de 6,7 % du PIB en 2021, du fait de l’augmentation des dépenses publiques consacrées à la sécurité et aux domaines liés à la transition politique. Malgré une hausse significative des prix du pétrole, les recettes pétrolières réalisées ont été  faibles en raison du décalage d’un an auquel est soumise l’imposition de ces revenus. En outre, les besoins croissants de liquidités, découlant en partie de l’augmentation des dépenses politiques et de sécurité, et les niveaux élevés du service de la dette par rapport aux recettes intérieures, ont limité la capacité du Tchad à améliorer la fourniture des services essentiels et des infrastructures. La réussite du processus de restructuration de la dette au titre du Cadre commun du G20 apporterait un soulagement substantiel en contribuant à rétablir un équilibre budgétaire durable.
 

Figure 2. Situation budgétaire, 2018-2024 (% du PIB non pétrolier)

Figure 2.  Fiscal Position, 2018–24 (% of non-oil GDP)

Source : Banque mondiale
 

3. Près d’un million de Tchadiens sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë 

On estime à 970 000 le nombre de Tchadiens en situation d’insécurité alimentaire aiguë (sur la base des résultats du Cadre harmonisé sur l’identification des zones et personnes à risque pour la période allant d’octobre à décembre 2021). En tout, 1,7 million de personnes devraient se trouver dans cette situation pendant la période de soudure (juin-août 2022). La baisse de la production, les prix élevés des produits de base et la perturbation des chaînes d’approvisionnement ont aggravé un état de vulnérabilité déjà critique, ainsi que les besoins de la population. Les denrées alimentaires se font rares sur les marchés locaux. Le gouvernement prévoit un déficit céréalier de 291 000 tonnes pour 2021-2022. Le 8 janvier 2022, il a annoncé l’interdiction d’exporter des arachides et des céréales, à l’exception du sésame, afin de lutter contre l’insécurité alimentaire. Il a en outre lancé, avec ses partenaires des Nations Unies, un plan d’aide humanitaire de 510,9 millions de dollars en 2022.
 

Figure 3. L’insécurité alimentaire au Tchad

Figure 3. Food insecurity in Chad

Source : Banque mondiale
 

4. Les prix des denrées sont en hausse, accentuant davantage la crise alimentaire et la pauvreté

L’inflation a eu un impact sur la population en 2020 et 2021, et cette situation devrait perdurer en 2022. La dernière enquête nationale auprès des ménages (2018-2019) révèle que 20 % d’entre eux ont pâti de la cherté des denrées alimentaires au cours des trois dernières années précédant l’enquête. Les céréales sont les aliments les plus consommés, les ménages consacrant 29 % de leur budget alimentaire à ces produits. Selon des simulations réalisées à partir de cette enquête, des données de l’indice des prix à la consommation et d’une estimation du système de demande, les hausses de prix enregistrées en 2020, 2021 et 2022 s’accompagnent d’une augmentation des taux de pauvreté. Alors que les ménages ont pu connaître une augmentation de leurs revenus grâce à la croissance économique, leur pouvoir d’achat a diminué du fait de l’augmentation des prix.
 

Figure 4. Impact de l’inflation sur les taux de pauvreté

Figure 4. Impact of inflation on poverty rates

Source : Calculs des services de la Banque mondiale à partir des données de l’ECOSIT 4 et de l’indice des prix à la consommation
 

5. 88 % de la population tchadienne dépend de l’agriculture pour sa subsistance

Le Tchad connaît une aggravation de l’insécurité alimentaire, notamment en raison de l’impact de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. La plupart des ménages ruraux dépendent du secteur agricole pour leur subsistance. La part de l’agriculture dans le PIB a diminué au cours de la dernière décennie, passant de 42 % en 2010 à 38,5 % en 2019. Le secteur emploie environ trois quarts de la main-d’œuvre du pays.
 

Figure 5. Le secteur agricole au Tchad (en %)

Figure 5. Chad’s Agriculture Sector ( in %)

Source : PAM (2017) ; PRINDEX (2020) ; Banque mondiale (2020a, 2021) ; OIT (2021) ; ITC (2021).
 

6. Les graines de sésame, l’élevage de bétail et la gomme arabique peuvent accroître les revenus des populations rurales

Les trois principales cultures exportées par le Tchad sont la gomme arabique, les graines de sésame et le coton, mais ces exportations ne représentent qu’une faible part des marchés mondiaux. Le pays dispose d’un solide avantage comparatif révélé dans les graines de sésame et la gomme arabique, mais il doit développer davantage les chaînes de valeur de ces produits afin de tirer pleinement parti de leur potentiel. Les agriculteurs délaissent de plus en plus la production de coton au profit du sésame. Le bétail est une importante source de revenus dans le pays. Cependant, la complexité des filières de l’élevage et l’insécurité qui règne dans la région réduisent les gains des producteurs et la compétitivité du bétail tchadien.
 

Figure 6. Avantage comparatif révélé du Tchad dans l’agriculture, 2012-2018

Figure 6. Chad’s Revealed comparative advantage in agriculture -- 2012-18

Source : Calculs des services de la Banque mondiale.
Note : Rapport entre la part du produit dans les exportations totales du Tchad et la part du produit dans les exportations de tous les pays.

 

Auteurs

Fulbert Tchana Tchana

Senior Economist, Macroeconomic and Fiscal Management Global Practice

Aboudrahyme Savadogo

Economist, World Bank. Poverty and Equity Global Practice

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