Publié sur Voix Arabes

Pour une reprise accélérée de l’apprentissage : les élèves et les systèmes éducatifs face à une nouvelle normalité

Des étudiants passent un examen au Caire, en Égypte, en mars 2021. (Shutterstock/Tamer Adel Soliman) Des étudiants passent un examen au Caire, en Égypte, en mars 2021. (Shutterstock/Tamer Adel Soliman)

L’an dernier, les enfants d’Arabie saoudite ont fini l’année scolaire à distance, et nombre d’entre eux ont repris les cours l’année suivante de la même manière. À la fin du mois de novembre, l’Arabie saoudite comptait parmi les 9 % de pays qui avaient uniquement recours à l’enseignement virtuel pour les élèves du primaire. L’accessibilité de ce type d’enseignement et les possibilités qu’il offre ont aidé les enfants à poursuivre leur scolarité. Il leur est toutefois parfois difficile de collaborer avec leurs camarades de classe et, dans le cas des plus jeunes, d’obtenir une réponse à toutes les questions qu’ils voudraient poser à leurs enseignants durant les sessions en ligne.

À quelque 2 000 kilomètres de là, en Égypte, les élèves ont repris leurs apprentissages en présentiel grâce à la mise en place de nouveaux protocoles. Ils doivent toujours porter un masque et ne peuvent pas participer à certaines activités en raison du risque posé par la COVID-19. Dans l’ensemble, les enfants expriment qu’ils préfèrent être à l’école, et qu’il est difficile de rattraper leur retard ; de fait, près d’un tiers d’entre eux doivent suivre des cours de rattrapage (a) assurés par des tuteurs.  

Dans la région MENA, l’apprentissage ne ressemble manifestement guère à ce qu’il était auparavant.  Bien qu’environ la moitié des pays (45 %) aient recommencé les classes en présentiel, les autres ont recours à des systèmes mixtes ou maintiennent les établissements fermés à certains niveaux ou pour certains élèves (figure 2). 

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Source : Global Éducation Recovery Tracker (GERT) et analyse de l’équipe.

Les perturbations qui ont débuté il y a presque deux ans ont touché plus de 110 millions d’élèves dans la région. Les établissements scolaires ont été fermés, en moyenne, pendant une centaine de jours : les cours ont repris en personne pour certains élèves au bout de quelques semaines tandis que l’apprentissage en ligne s’est poursuivi bien plus longtemps pour d’autres et continue même à ce jour dans certains cas (figure 3).  

Figure 3. Fermeture des écoles dans la region MENA (en jours)

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Source : World Bank analysis of UNESCO Institute for Statistics data.

Malgré l’accessibilité de l’apprentissage à distance durant la période de fermeture des établissements scolaires, les élèves de la région MENA ont pris du retard dans leurs études par rapport aux élèves des années précédentes. Selon une étude mondiale de McKinsey (a), qui compare les progrès accomplis par les élèves à la fin de l’année scolaire 2021 et les données correspondantes pour les années précédentes, les acquis ont considérablement pâti de la COVID dans la région MENA. En outre, le taux de pauvreté des apprentissages (c’est-à-dire la proportion d’enfants âgés de 10 ans qui ne sont pas en mesure de lire et de comprendre un texte simple), évalué à 63 % en 2019, a probablement augmenté pour atteindre près de 70 % en raison des perturbations provoquées par la pandémie (Banque mondiale). 

L’aggravation de la perte d’opportunités pour certains groupes vulnérables, comme les filles dans différents contextes, est tout aussi déconcertante.  Si la scolarité ouvre des perspectives à tous les élèves, investir dans la poursuite des études a un rendement plus élevé pour les filles (11 %) que pour les garçons (7,3 %) dans la région (a). Toutefois, selon les estimations de l’UNESCO, près de 500 000 filles pourraient ne jamais reprendre leur scolarité après la pandémie dans la région MENA (a). Ce brusque arrêt de leurs études causera une plus grande perte financière sur la durée de leur vie et risquera de les défavoriser davantage sur le plan social. 

Afin d’appuyer la relance, la Banque et ses partenaires ont intensifié leurs efforts pour fournir un appui aux autorités publiques, essentiellement en les aidant à assurer une reprise des enseignements et des apprentissages dans de bonnes conditions. Au Liban, le programme S2R2 apporte un soutien à l’État en finançant des subventions pour les enseignants. En Tunisie, le projet de renforcement des fondations pour l’apprentissage met en place une plateforme en ligne pour élargir l’accès des enseignants à des formations et à d’autres possibilités de développement professionnel, en les faisant bénéficier de contenus créés dans le pays et à l’étranger. En Arabie saoudite, l’assistance technique de la Banque appuie les efforts déployés par le ministère de l’Éducation pour évaluer les modalités d’enseignement numérique et à distance mises en place en raison de la pandémie, et pour mettre en évidence et exploiter les nouvelles pratiques les plus efficaces.

Ces efforts revêtent une importance cruciale dans une région où les résultats en matière d'acquis scolaires ont stagné ou bien reculé, et où la reprise post-COVID a de ce fait un caractère pressant. Il sera très important de déterminer l’ordre dans lequel les mesures et les interventions devront être poursuivies pour en assurer le succès.

Il est essentiel, en tout premier lieu, de rouvrir les établissements scolaires et d’assurer le retour des élèves en classe . La Banque mondiale, l’UNICEF et l’UNESCO ont collaboré à la formulation de directives pour une réouverture des écoles dans de bonnes conditions de sécurité. La disponibilité de vaccins dans certains pays permet d’assurer le retour à un enseignement en présentiel sans risque sanitaire.

Deuxièmement, il sera important de déterminer l’ampleur des pertes d’apprentissages en procédant à de rapides évaluations concises . Les autorités publiques pourront, grâce aux données collectées, adapter l’appui supplémentaire qu’ils fourniront, recadrer les programmes d’études et ajuster le calendrier scolaire pour optimiser l’impact de la reprise. 

Troisièmement, il faudra prévoir des programmes de soutien et de rattrapage à l’intention des groupes prioritaires (les enfants ayant des difficultés scolaires ou défavorisés sur le plan économique,  les enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux, les groupes courant un risque plus élevé d’abandonner leurs études, et ceux qui ont du mal à apprendre à distance). Bien que cette approche soit celle qui présente le plus de difficultés, il importe néanmoins de la poursuivre sans tarder pour combler les déficits d’apprentissage survenus au cours des dernières années. Les enfants profiteront mieux des mesures de rattrapage si ces dernières sont ciblées et adaptées à leur niveau d’instruction.

Enfin, le soutien apporté ne doit pas viser uniquement les élèves, mais profiter également aux enseignants . Ces derniers œuvrent désormais dans un nouvel environnement qui les confronte à un plus large éventail de niveaux de compétence et à des élèves ayant des besoins socio-affectifs différents. La formation habituelle des enseignants ne donne probablement pas à ces derniers les moyens de faire face à ces situations. Il faudra, enfin, que le développement professionnel des enseignants accorde une place prédominante au mentorat et à la formation de communautés de praticiens du savoir.

 


Auteurs

Kaliope Azzi-Huck

Chargée principale des opérations, Pôle mondial d'expertise en Éducation de la Banque mondiale

Andreas Blom

Manager, World Bank Education Global Practice, MENA Region

Keiko Miwa

Country Director for Cabo Verde, Gambia, Guinea-Bissau, Mauritania, and Senegal, Africa

Aarya Shinde

Consultante au pôle mondial d’expertise en Éducation de la Banque mondiale

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